Quand Macron proclame « la fin de l’abondance »
Les prix de l’énergie explosent en Europe. En Allemagne, le tarif de l’énergie a augmenté de plus de 30 % en juillet. Au Royaume-Uni, le prix plafond de l’énergie va passer en octobre de 2 332 € par an et par foyer moyen à 4 198 €, soit une hausse de 80 % : presque le triple de l’hiver dernier. En Belgique, le quotidien L’Echo a calculé que la facture annuelle d’électricité et de gaz pourrait atteindre 8 000 € par ménage.
- Chronique politique, France

En France, plus de 1 000 euros le mégawattheure pour début 2023, contre encore 85 euros l’an dernier.
En France, les prix sur le marché de l’électricité s’affolent : plus de 1 000 € le mégawattheure (MWh) pour début 2023, contre encore 85 € l’an dernier à la même période sur les marchés de gros. Plus de 10 fois plus qu’il y a un an.
C’est dans cette situation qu’Emmanuel Macron s’est exprimé à l’ouverture du Conseil des ministres, mercredi 24 août, dans la continuité de sa déclaration à Bormes-les-Mimosas la semaine passée. Face à « un grand bouleversement du monde », le chef de l’Etat a sonné trois « fins » : « fin de l’abondance, fin de l’insouciance, fin des évidences », ajoutant que cela « peut supposer des sacrifices » et des « efforts ».
Venant d’un président qui n’a eu de cesse de créer les conditions d’une abondance jamais connue jusqu’à présent en faveur du capital financier, il est clair que la « fin de l’abondance » ne s’adresse pas aux patrons du Cac 40, mais bien à la population laborieuse. Les invitations polies adressées par la Première ministre, Elisabeth Borne, aux patrons réunis en universités d’été du Medef à l’hippodrome de Longchamp, en début de semaine, à propos de la sobriété énergétique des entreprises, sans la moindre contrainte et sans aucun délai de mise en œuvre, ne laissent pas de place au doute.
« L’impérieuse nécessité d’embarquer tout le monde dans les efforts à consentir pour éviter les Gilets jaunes »
En réalité, ce ton solennel et grave employé par le chef de l’Etat, qui cherche à préparer les esprits à des mois difficiles, vise à créer un climat politique permettant, selon lui, l’acceptation de ses mesures réactionnaires par la population, tout en cherchant à camoufler sa collusion totale avec le capital financier pour aider ce dernier à maximiser les profits ; rappelons que les profits records réalisés au premier semestre 2022 (72,5 milliards d’euros) par les entreprises du Cac 40 ont été réalisés avec l’autorisation et la bienveillance du gouvernement.
C’est ce que souligne, à sa manière, l’éditorialiste du journal patronal Les Echos (30 août), qui parle de « l’impérieuse nécessité d’embarquer tout le monde dans les efforts à consentir sur l’énergie » en vue d’ « éviter des “ gilets jaunes” » .
Cette volonté s’explique parce que ce gouvernement est affaibli et minoritaire, dans la population jusque dans l’Assemblée nationale : le vote du budget 2023 prévu à l’automne risque, de ce point de vue, d’en donner une illustration saisissante. Un poids lourd du groupe Renaissance cité par Le Parisien (30 août) prophétise à ce sujet : « Non, nous n’aurons pas de majorité. » Un ministre de premier plan ajoute comme une évidence : « Je ne vois pas comment cela ne se finira pas par un 49.3. » (Idem.)
« La recherche d’un consensus pour avancer sur des sujets qui demandent des réformes lourdes »
C’est en ce sens qu’il faut comprendre la tentative d’installer la semaine prochaine un « conseil national de la refondation » (CNR), dont l’objectif affiché est de « tendre la main à tous ceux qui souhaitent agir » aux côtés du chef de l’Etat, en mettant « de côté les querelles partisanes » , afin de « mener à bien les grands chantiers » du gouvernement. Commentaires des Echos (30 août) : « Le président de la République, qui n’a plus de majorité à l’Assemblée, est à la recherche d’un consensus sur la méthode pour avancer sur des sujets sensibles qui demandent des réformes lourdes. »
Or, le moins qu’on puisse dire, c’est que ce conseil a du plomb dans l’aile : aussitôt annoncé, le groupe LFI a déjà informé qu’il entendait ne pas y participer. Du côté des soutiens traditionnels du gouvernement que sont les groupes LR et RN, c’est la même chose : Gérard Larcher (LR), président du Sénat et troisième personnage de l’Etat, a annoncé par courrier qu’il boycottera l’initiative. Même du côté du camp présidentiel, c’est le doute qui domine : le journal Le Parisien (30 août) rapporte à ce sujet les soupirs d’un ministre et la perplexité d’un député Renaissance… Enfin, s’agissant des organisations syndicales, méfiance et circonspection sont de mise, le journal L’Opinion (30 août) indiquant que « l’absence probable de l’ensemble des oppositions fait l’effet d’une petite bombe dans le monde syndical » .
Celui qui n’hésite pas à invoquer la « fin des évidences » et le « renforcement des régimes autoritaires » en continuant à diriger le pays par un Conseil de défense – qui n’a, par définition, de compte à rendre à personne –, pas plus tard que ce vendredi 2 septembre, sur la question de l’approvisionnement en gaz et en électricité, est en passe de faire la démonstration en cette rentrée qu’il est plus isolé que jamais, face à la menace permanente d’un accident sur le terrain de la lutte des classes qui embraserait le pays, à l’image de ce qui continue de se passer en Grande-Bretagne.
« Peur des grèves »
De ce point de vue, L’Opinion (30 août) s’inquiète, en titrant : « Les grèves font tache d’huile au Royaume-Uni », et s’interroge : « Les grèves vont-elles se généraliser ? » Le titre de l’éditorial du Monde (24 août) prévient : « Royaume-Uni en roue libre, avertissement pour l’Europe ». Le Parisien (29 août) ajoute : « Après d’intenses manifestations et des grèves, les ménages menacent désormais de ne carrément plus payer », en référence au collectif Don’t pay UK qui rassemble désormais des dizaines de milliers d’Anglais qui refusent de régler leurs factures.
En France, Les Echos (30 août) titre : « Réforme des retraites : le Medef met le pied sur le frein » . En cause, la « peur des grèves » sur ce sujet hautement explosif : « Il y a quelques mois déjà, certaines fédérations (patronales, Ndlr) avaient exprimé leurs doutes sur la nécessité d’aller vers un conflit social en pleine période de reprise. “Des grèves dans le bordel actuel, ça fait toujours peur à certains” , résume abruptement le dirigeant patronal. »
Des craintes qui s’intègrent également dans un contexte politique où se discute actuellement la proposition de Jean-Luc Mélenchon, reprise lors des AmFIs d’été de La France insoumise qui se sont déroulées du 25 au 28 août (cf. pages 3-4-5-6), d’organiser à la mi-octobre une « marche contre la vie chère » , appuyée par la tenue d’assemblées populaires de la Nupes dans les circonscriptions, qui doivent se tenir tout au long des prochaines semaines. Marche dont un des éléments du succès n’en doutons pas résidera dans la clarté des exigences pour lesquelles la population sera appelée à manifester, à commencer par le blocage des prix, le Smic à 1 500 euros et l’augmentation des salaires. Bref, une situation politique marquée par une résistance sur de multiples fronts : et la rentrée scolaire n’a pas encore eu lieu…
