Italie : « Baissez les armes, augmentez les salaires ! »

Les travailleurs italiens sont de nouveau en grève et dans la rue.

Lors de la manifestation du 2 décembre, à Rome (Photo AFP)
Par correspondant
Publié le 11 décembre 2022
Temps de lecture : 3 minutes

Après la grande manifestation du 5 novembre, 12 000 travailleurs italiens ont de nouveau manifesté à Rome, le 3 décembre, sous le slogan « Baissez les armes, augmentez les salaires ! », pour l’augmentation des salaires, contre la vie chère et contre la guerre. Ce mouvement comprenait aussi un appel à la grève interprofessionnelle, le 2 décembre, avec des manifestations et des rassemblements dans les plus grandes villes italiennes. Cette grève était appelée par sept syndicats dont l’USB (Unione Sindacale di Base, Union syndicale de base) et la Cobas (Confederazione dei Comitati di Base, Confédération des comités de base).

Les organisations politiques Unione Popolare et Potere al Popolo (Pouvoir au peuple) étaient également présentes avec leurs cortèges dans les différentes manifestations, pour appeler à « construire l’opposition sociale à ce gouvernement ».

Les syndicats majoritaires, comme la CGIL et l’UIL, ne se sont pas joints à cette grève.

La première grève interprofessionnelle contre le gouvernement Meloni

Cette grève interprofessionnelle concernait tous les secteurs publics et privés, de la santé à l’école et des usines aux transports. C’est la première grève interprofessionnelle contre le gouvernement Meloni, sa loi sur le budget et sa politique de guerre.

Meloni impose des économies sur le dos des travailleurs, souhaite supprimer en 2024 le « Reddito di cittadinanza » (un équivalent du RSA) et n’hésite pas à augmenter de plusieurs milliards d’euros les dépenses militaires pour l’envoi des armes.

Un communiqué du syndicat USB indique qu’en Italie aujourd’hui, le salaire moyen d’un employé en CDI est de 1 500 euros et celui d’une caissière de 1 100 euros. Les salaires italiens sont parmi les plus bas d’Europe, ils ont diminué de 3 % en trente ans et rien que cette année, l’inflation monte à plus de 10 %.

Des revendications contre la vie chère, contre la guerre et pour l’augmentation des salaires

Le communiqué d’appel à la grève de l’USB indique : « La guerre, que la majeure partie des travailleurs refuse, a permis une spéculation colossale sur les prix, notamment dans le secteur de l’énergie et dans les dépenses militaires ». L’USB demande « l’augmentation des salaires supérieure à l’inflation de 10 %,la réintroduction de l’échelle mobile des salaires qui lie les salaires à l’augmentation des prix, l’introduction dans la loi d’un salaire minimum de 10 euros de l’heure, baissez les armes, augmentez les salaires ! ».

On retrouve aussi dans les revendications des organisations qui appelaient le 2 décembre le gel des dépenses militaires et de l’envoi des armes en Ukraine, un investissement massif dans l’école, la santé et les transports, l’arrêt de la contre-réforme de l’école avec l’alternance école-travail, l’arrêt de l’augmentation des prix de l’énergie, la baisse du temps de travail avec maintien du salaire.

Edorado Sorgen, syndicaliste membre de la coordination nationale de la Cobas, a déclaré dans la presse italienne : « Ce sont des cortèges de travailleurs et travailleuses, de chômeurs, avec une référence claire à l’opposition à la guerre. Notre pays est en guerre avec l’envoi continu d’armes en Ukraine. Dans un con-texte de crise économique, ils continuent à faire peser les coûts sur le dos des travailleurs et sur la classe prolétaire, alors que les dépenses militaires augmentent et que les salaires sont misérables ».

 

« Pendant des années, on nous a dit qu’il n’y avait pas d’argent, qu’on ne pouvait pas rompre avec le budget contraint de l’Union européenne, mais là, il y a de l’argent pour les armes »

Marta Collot, porte-parole de Potere al Popolo et membre de Unione Popolare, à la manifestation de Bologne, le 2 décembre, cortège de l’USB

« Nous devons construire une opposition sociale à ce gouvernement, une véritable opposition. (…) Ce gouvernement Meloni est arrivé au pouvoir seulement parce que tous les partis lui ont permis d’être une fausse opposition au gouvernement de Mario Draghi. Après avoir poursuivi pendant quarante ans la même politique, ces partis qui sont toujours au Parlement viennent nous dire que ce gouvernement représente une alternative. On sait bien que c’est faux, et on le voit bien avec la loi de finances qui ne montre aucune rupture avec le gouvernement Draghi.

A peine au pouvoir, ce gouvernement est d’ores et déjà un serviteur de l’Otan, de l’Union européenne et des Etats-Unis, tous ceux qui portent la politique de guerre, détruisant la population en Ukraine et qui détruisent aujourd’hui nos vies ici. (…)

Pendant des années, on nous a dit qu’il n’y avait pas d’argent, qu’on ne pouvait pas rompre avec le budget contraint de l’Union européenne, mais là, il y a de l’argent pour les armes, qui ne servent à rien d’autre qu’à provoquer mort, souffrance et pauvreté. (…) Contre la guerre, contre l’économie de guerre, pour l’augmentation des salaires, pour un salaire minimum, pour remettre en question ce modèle et tous ceux qui le soutiennent. C’est nous qui produisons la richesse du pays. Aujourd’hui, nous envoyons un signal clair ».