Les Cahiers du Cermtri n°180 viennent de paraître
Les Cahiers du Cermtri publient deux dossiers : « Les révolutionnaires aux Etats-Unis : le Socialist Workers Party de 1928 à 1946 », et « Indépendance ouvrière contre union nationale : le journal ”Front ouvrier”, 1944-1947 ».
- Histoire

Présentation
Le premier dossier relate, avec des documents pour certains inédits en France, le combat mené aux Etats-Unis par les révolutionnaires du SWP, section américaine de la IVe Internationale, contre leur propre impérialisme entre 1928, date de la naissance de l’Opposition de gauche au stalinisme aux Etats-Unis, et la fin de la guerre impérialiste. La période de la fin de la guerre est marquée par le plus grand soulèvement de l’histoire du mouvement ouvrier américain, en même temps qu’une vague de révoltes sans précédent menace de désintégration l’armée américaine.
Le second dossier revient sur la période de la Libération et de l’immédiate après-guerre (1944-1947) en France, à la lumière d’extraits du journal Front ouvrier, rédigé par des militants ouvriers de différentes opinions, parmi lesquels les militants trotskystes.
Ils y défendent l’unité du front ouvrier contre l’union nationale – partis de la bourgeoisie, PS-SFIO et PCF – alliés contre les revendications ouvrières et pour la restauration de l’Etat bourgeois.
Dans le premier dossier
« La seule guerre qui vaille la peine d’être menée est la guerre des travailleurs contre les patrons ! » Manifeste du 1er Mai 1940 du Socialist Workers Party
« Travailleurs d’Amérique, (…) vive la solidarité internationale du travail contre tous les patrons, “démocratiques” ou fascistes !
Joignez-vous à nous avec la ferme résolution que, quoi qu’il arrive, la classe ouvrière américaine ne se rendra pas aux faiseurs de guerre ; que dans le “temps de paix” qui reste encore et dans le temps de guerre que le gouvernement et les patrons ont déjà planifié dans les moindres détails, nous poursuivrons sur tous les fronts la lutte de la classe ouvrière contre les patrons et leur gouvernement. Pas de renoncement aux droits et aux justes revendications des travailleurs au nom du patriotisme !
Des dizaines de millions de nos frères ont été fourrés dans des uniformes avec des fusils dans les mains pour qu’ils s’entretuent. Consacrons-nous aujourd’hui à mettre un terme à ce massacre des travailleurs par les travailleurs. Si beaucoup d’entre nous sont condamnés à mourir, alors mourons dans la seule guerre qui vaille la peine de se battre, la guerre de la classe ouvrière internationale contre la classe capitaliste internationale !
Il n’est pas nécessaire de répéter cette année les avertissements que nous avons lancés lors des précédents 1er Mai, à savoir que la classe capitaliste, dans son agonie, fera peser sur les travailleurs, en plus de la faim et du chômage, l’horreur finale de la guerre. Car la guerre est maintenant là. Non seulement en Europe, en Asie, en Afrique, en Australie, mais aussi en Amérique. (…)
Les Etats-Unis ont profité de la Première Guerre mondiale pour s’imposer comme la principale puissance mondiale. Se souvenant avec regret de l’étreinte de l’Oncle Sam en tant qu’allié, les impérialistes anglo-français calculent désespérément à quel niveau de soumission l’“aide” américaine va les placer pendant cette guerre.
Les soixante familles américaines vont à la guerre uniquement pour leurs propres intérêts, pour augmenter encore la part gigantesque des marchés mondiaux, des sources de matières premières et de la main-d’œuvre qu’elles contrôlent déjà.
Car c’est l’époque de l’agonie du capitalisme mondial. La classe dirigeante la plus riche du monde n’est nullement épargnée par cette agonie et cette décomposition.
Le système capitaliste ne peut même pas nourrir ses esclaves salariés dans le pays le plus riche du monde. Sur ses propres vastes marchés, il ne peut vendre ses produits ou investir son capital. Il est poussé par ses contradictions internes à trouver de nouveaux champs d’investissement et de marchés. Mais le monde est déjà divisé, et la redivision ne peut se faire que par la force des armes. C’est l’objet de cette guerre (…). »
Socialist Appeal, vol 4, n° 17, 27 avril 1940.
Dans le second dossier
Front ouvrier : « La deuxième libération », éditorial du 5 janvier 1945
« La première libération, c’était la libération de la Gestapo, contre laquelle l’ouvrier révolutionnaire français a mené, dès le début, une lutte implacable, Il n’y a plus de Gestapo, mais sommes-nous libres ?
Celui qui travaille à l’usine, dont le salaire est toujours insuffisant et qui est toujours mal nourri, est-il libre ? Celui qui travaille dans les mines ne doit-il pas ruiner sa santé et se faire exploiter comme avant ? Et la liberté du chômeur à 1 600 francs par mois n’est-ce pas tout simplement la liberté de crever de faim ? Nous, les ouvriers, sommes-nous maîtres de notre destin ou toujours les esclaves de la “condition prolétarienne” ? Elevons-nous nos enfants dans la santé et le bonheur, ou sommes-nous, avec eux, toujours, proie facile de la tuberculose ? Ne sont-ce pas toujours les riches, les bourgeois, les capitalistes, les hauts fonctionnaires qui ont les belles maisons, viande et beurre à volonté, tandis que nous n’avons pas assez de pain pour nos gosses ?
Si nous nous sommes battus contre les tortionnaires, ce n’était pas pour faire plaisir à notre bourgeoisie, pour la “libérer” d’une concurrence, gênante. Nous nous sommes battus pour nos droits, et pour notre liberté à nous. Nous ne nous arrêterons pas à la première étape.
Evidemment, les organisations ouvrières officielles sont rétablies, on s’exprime plus librement qu’avant, on lutte ouvertement pour la démocratie complète.
Mais, attention, les mêmes qui, hier, voyaient notre lutte avec un œil bienveillant, s’apprêtent aujour-d’hui à nous mettre la corde au cou. Voulons-nous rependre souffle, recommencer la lutte, la lutte sociale pour la libération du travail, pour l’abolition de l’esclavage du salariat, pour la chute du capitalisme, bref pour la deuxième, notre véritable libération ?
Poser la question, c’est y répondre. La résistance ouvrière doit continuer. Ce n’est pas nous, les ouvriers, qui avons inventé la lutte des classes. C’est vous, messieurs les bourgeois, qui nous l’imposez. Nous avons souffert, vous vous êtes enrichis. Nous voulons qu’on saisisse vos profits illicites et qu’on les emploie pour nourrir, vêtir et chauffer nos vieillards et nos gosses et cela sous le contrôle de nos comités d’ouvriers !
Nous avons lutté, vous avez collaboré. Nous voulons l’épuration totale de tous les patrons antisociaux et de tous ceux qui les ont aidés. Et que cet avertissement à tous les exploiteurs se fasse sous le contrôle des comités d’ouvriers !
Que nos comités d’ouvriers contrôlent le ravitaillement, pour qu’on donne enfin moins aux fainéants et des rations plus grandes aux travailleurs !
Nous sommes dans des taudis, vous êtes dans des palais. Nous formerons nos comités d’ouvriers pour faire baisser le prix de nos loyers et pour la gratuité des loyers pour les chômeurs !
Nous faisons le labeur, vous volez ses fruits. Nos comités d’ouvriers, établissant le contrôle ouvrier dans les usines, vous montreront que nous n’avons pas besoin de vous ! »
