Au Pérou, une situation insurrectionnelle

Après le 7 décembre, lorsque le président Pedro Castillo a décidé de dissoudre le Parlement (voir Informations ouvrières n° 737), et après la réaction de ce dernier qui l’a remplacé par sa vice-présidente Dina Boluarte, se sont développées dans tout le pays différentes mobilisations, des grèves et des marches contre le vote de la majorité du Congrès de destituer Castillo et exigeant la convocation d’une Assemblée constituante.

Les partisans de l'ancien président Pedro Castillo défilent dans les rues pour exiger une nouvelle constitution et la fermeture du Congrès à Ayacucho, au Pérou, le 20 décembre 2022 (photo AFP).
Par correspondant
Publié le 8 janvier 2023
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Il faut rappeler que la Constitution en vigueur au Pérou fut promue par la dictature de Fujimori, en 1993, et que malgré ses promesses, le président Castillo ne l’avait toujours abrogée durant ses dix-sept mois de mandat.

4  janvier : appel à une grève générale illimitée

Au sein des mobilisations qui se sont développées ces dernières semaines et malgré la trêve de Noël, la macro-région du sud du pays composée de sept départements (Puno, Arequipa, Ayacucho, Madre de Dios, Cuzco, Apurimac et Moquegua) a occupé une place d’avant-garde. Cette région est à majorité rurale et paysanne, une des principales bases sociales de Pedro Castillo et de son parti Peru Libre.

La majorité des organisations populaires et syndicales de la région a appelé à une grève illimitée. Les revendications sont communes à tout le pays : élection anticipée d’une Assemblée constituante, démission de Dina Boluarte, libération des emprisonnés, y compris Castillo, justice pour les victimes de la répression qui s’est abattue depuis le 7 décembre et qui a causé la mort d’au moins 28 manifestants (dont plusieurs jeunes adolescents).

Cette mobilisation qui part du sud du pays risque de se voir séparée du reste du pays, notamment de la capitale Lima et du nord du pays.

La nouvelle présidence n’a aucun soutien social

Dina Boluarte s’est vue contrainte de quitter, le 31 décembre, précipitamment une conférence de presse qu’elle donnait dans la ville de Cuzco au siège du gouvernement régional, pris d’assaut par les manifestants qui exigeaient sa démission aux cris de « Dina assassine ! Dina génocidaire ! ». Le même jour, le ministre de l’Intérieur avait annoncé que la police nationale – qui tire à balles réelles contre la population – organisait à Lima une manifestation « pour la paix ». Le 2 janvier, le même Victor Rojas annonçait renoncer à autoriser la manifestation afin de prévenir d’éventuels affrontements.

La CGTP appelle à préparer une grève nationale

La Confédération générale du travail du Pérou (CGTP), principale organisation ouvrière au Pérou, implantée du nord au sud et étroitement liée à la Confédération générale des paysans (CGC), a lancé un appel le 29 décembre rejetant « la dictature civilo-militaire de Dina Boluarte et exigeant le respect des droits de la classe ouvrière ».

La direction de la CGTP avait pris ses distances vis-à-vis du gouvernement Castillo, sachant qu’il ne respectait pas les droits des travailleurs et qu’il ne stoppait pas le processus de privatisation des entreprises extractrices, en particulier de ressources minières – principales ressources du Pérou. Les Etats-Unis et l’Union européenne poussent de leur côté depuis des décennies à mettre la main sur l’exploitation de ces ressources, un des éléments essentiels du fait que le Pérou connaisse une crise structurelle qui éclate aujourd’hui ; l’ambassade des Etats-Unis ayant immédiatement reconnu la nouvelle présidente Dina Boluarte – ce qui n’est pas un hasard.

Dans sa déclaration du 29 décembre, la CGTP appelait à préparer les conditions pour organiser une grève nationale sans préciser la date. Or, depuis lundi 2 janvier, la centrale a convoqué un rassemblement au centre de Lima pour la suspension du Congrès, une Assemblée constituante et la solidarité avec les frères du sud.

 

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