A notre avis…
Alors que des millions manifestent dans la rue leur rejet du projet de « réforme » des retraites, Macron et le gouvernement ont raté leur coup à l'Assemblée nationale. Grâce à l'acharnement des députés insoumis, Macron et Borne ne peuvent se prévaloir d’aucune légitimité parlementaire.
- France, Retraites

De tous les coups tordus et rebondissements en trompe-l’œil qui ont animé le spectacle et l’agitation parlementaires de ces derniers jours, que retiendra-t-on ?
Pour passer à marche forcée, le gouvernement, puisant dans l’arsenal antidémocratique de la Ve République, avait décidé de limiter la discussion de son projet de loi contre les retraites à quelques jours seulement. Avec raison, les députés LFI ont refusé de se soumettre au carcan imposé par le pouvoir et les institutions. Ils n’ont pas lâché le gouvernement.
Aujourd’hui, au terme de 9 jours de débats, Macron et le gouvernement ne peuvent se prévaloir d’aucune légitimité parlementaire sur leur projet de réforme.
Le dernier jour des discussions à l’Assemblée nationale, on a vu le gouvernement pris au piège de ses propres mensonges, acculé, incapable de répondre aux questions.
Au même moment, le groupe des députés LR se fracturait en pleine séance. Le tout sous les yeux médusés des bancs macronistes littéralement tétanisés. La crise de nerfs finale du ministre du Travail, chargé de porter la réforme, en dit long sur l’état de panique au sommet de l’exécutif.
Fragilité de la mouvance macroniste
Aux yeux du plus grand nombre, tout cela ne peut qu’amplifier le caractère totalement illégitime du projet du président Macron contre les retraites. Et c’est le résultat du rejet et de la résistance formidables qui, depuis plusieurs semaines, s’expriment dans la classe ouvrière et la population de ce pays.
Dès le lendemain, Aurélien Pradié, qui avait tout au long des débats posé des questions fort pertinentes au gouvernement, l’acculant dans ses retranchements, était brutalement démis de ses fonctions de premier vice-président de LR.
Couper des têtes pour éviter la contagion ne fait que confirmer la fragilité de la mouvance macroniste. Devant un tel rejet massif de la population, nombreux sont ceux, y compris aussi des macronistes pur jus, qui, accrochés à leur siège à l’Assemblée, finissent par devenir réalistes et commencent à se dire que, pour être élus, encore faut-il trouver des électeurs qui votent pour eux.
De leur côté, les députés du PC et du PS se sont battus. Reprenant les arguments de LFI, les précisant, trouvant toutes les failles des mensonges du projet gouvernemental. Ils n’ont pour autant pas su, pas pu résister aux pressions des macronistes et autres leur enjoignant de se plier au plan de la macronie. Ils ont retiré leurs amendements.
Soumis ou insoumis
Il faut les comprendre. Laminés à l’élection présidentielle, sauvant quelques sièges de députés par leur participation à la Nupes, par une répartition généreuse de LFI, ils ont du mal. Installés depuis des années et des années dans les institutions de la Ve République à l’Assemblée nationale ou au gouvernement, couper réellement avec les arrangements, les compromissions, les accords politiques ou de coulisses, les clins d’œil complices n’est pas chose aisée. Mieux vaudrait qu’ils tirent toutes les conclusions de cette puissante mobilisation. Surtout pour eux. Plus la situation se tend, plus le dilemme pour eux, comme pour beaucoup d’autres, est crucial : soumis ou insoumis.
Ce clivage n’est pas propre aux questions françaises : voir à quel point ces « gauches » se rangent sans le moindre discernement derrière l’Otan et Biden et, par voie de conséquence, derrière Macron, pour la guerre à outrance est, cette fois encore, stupéfiante. Encore plus pour ceux qui s’intitulent « extrême gauche. »
Il est frappant de constater à quel point la macronie en a conscience. A la fin des débats, publiquement, sans gêne, Mme Borne a décerné au groupe PC un salut appuyé pour son sens de l’ordre, sa bonne tenue et sa respectabilité. On se souvient qu’elle avait adressé les mêmes compliments à Fabien Roussel.
Philippe Martinez, quant à lui, n’a pas pu s’en empêcher. Secrétaire général d’un syndicat, la CGT – un des plus puissants –, engagé à fond contre la réforme des retraites, toutes composantes et sensibilités unies, il décide d’aller jusqu’au bout de sa logique et il plonge jusqu’au cou dans l’arène politique.
Comme n’importe quel leader politique, invité par BFMTV dont la nature n’est plus à démontrer, il se livre à une charge brutale, forcenée et sans nuances contre Jean-Luc Mélenchon et LFI. Pense-t-il que cette posture ouvertement politique et sociétale va aider à souder son syndicat dont les travailleurs ont besoin ?
Lui qui a fustigé le désordre, le « spectacle » des séances de l’Assemblée nationale, pense-t-il que ses déclarations et accusations ad hominem peuvent correspondre de près ou de loin à cette formidable pression populaire pour l’unité qui pose tant de problème aux Macron, Borne, Attal, Dussopt, etc. ?
Un problème et une crainte pour les tenants de l’ordre établi
Et encore aujourd’hui (21 février), des pages et des pages dans Le Parisien pour participer eux aussi du dénigrement de LFI et de Jean-Luc Mélenchon. Arguments éculés, déjà utilisés à l’époque contre Adrien Quatennens ou puisés dans les fonds de tiroir de LFI.
C’est qu’il y a un problème pour les tenants de l’ordre établi : au moment où LFI se battait à l’Assemblée nationale, pendant que des millions sont mobilisés derrière leurs syndicats unis, Jean-Luc Mélenchon rassemblait à Montpellier 1 500 personnes pour appuyer la lutte.
Pour tous leurs détracteurs, face à l’intransigeance gouvernementale et la mise à nu du rôle des institutions de la Ve République, avec cette fois une force politique qui ne se soumet pas, la crainte que cela ne « déborde » sur un mouvement d’ensemble, qui pourrait bien poser la question du pouvoir, est réelle.
A discuter, évidemment.
Macron à Rungis. Décidément, ça ne passe pas…Après une séquence internationale où Emmanuel Macron a endossé son costume de chef de guerre sur fond de conflit en Ukraine, le président était en visite à Rungis aux côtés des travailleurs « qui se lèvent tôt » mardi 21 février. Arpentant les allées du plus grand marché de produits frais du monde, entre les étals de grossistes en volaille ou professionnels de découpe du veau, Emmanuel Macron s’est exprimé sur les retraites après le camouflet enregistré à l’Assemblée nationale vendredi 17 février. Et comme à son habitude, il a fait la leçon en appelant « au bon sens » des Français. Il a martelé le report de 62 à 64 ans de l’âge de départ. « Dans l’ensemble, les gens savent qu’il faut travailler un peu plus longtemps en moyenne, tous, car sinon on ne pourra pas bien financer nos retraites », au nom de la défense d’un système qui est un « trésor » et constitue selon lui « le patrimoine de ceux qui n’en ont pas ». Toujours le mensonge, le mépris. Pourtant, dans les échanges avec les travailleurs du marché, la tonalité est tout autre. Un boucher interpelle Macron : « Vous en pensez quoi, vous, des gens qui travaillent dans des conditions comme ça et qui vont devoir partir plus tard avec votre réforme des retraites ? » Un autre un peu plus loin : « Croyez-moi, je partirai à 60 balais » Décidément, cette réforme ne passe pas… R. A. |
