La première victime de la guerre est la vérité

Sur les plateaux des chaînes « d’information » françaises, placées sous tutelle de généraux et d’amiraux, une question est interdite : quels sont les intérêts financiers du « camp » de l’Otan, opposé au « camp » des oligarques russes ?

Manifestation contre la « réforme » des retraites, à Toulouse, le 11 février (photo AFP)
Par Michel Sérac
Publié le 28 février 2023
Temps de lecture : 5 minutes

La guerre actuelle jette les travailleurs et les pauvres d’une nation contre ceux d’une autre, au profit de ceux qui ne meurent pas mais s’enrichissent par la guerre. Dans les autres pays comme la France, tout le poids de la guerre retombe, là aussi, sur les opprimés, les classes sociales qui vivent de leur travail.

Les premiers à se frotter les mains de ces morts et de ces misères, ce sont les capitalistes du gaz et ceux de l’armement. Telles sont les conclusions de l’importante réunion du 25 février à la Bourse du travail de Paris.

Un juge devint célèbre, lors de l’Affaire Dreyfus. A chaque fois qu’un témoignage prouvait le complot de l’Etat-Major, la fabrication de faux pour faire condamner un innocent, le juge coupait la parole en criant : « La question ne sera pas posée. »

Sur les plateaux des chaînes « d’information » françaises, placées sous tutelle de généraux et d’amiraux, une question est interdite : quels sont les intérêts financiers du « camp » de l’Otan, opposé au « camp » des oligarques russes ? Il s’agit de faire croire que ce premier camp n’existe pas, que ce n’est pas une guerre entre grandes puissances, pour se disputer des
marchés.

Biden, Macron, l’Otan : libérateurs des peuples ?

Nous devrions être crédules au point d’admettre que les envahisseurs, les occupants militaires, les massacreurs américains de l’Afghanistan, de l’Irak, auparavant du Vietnam, etc., sont devenus des « libérateurs ». De même pour Macron, chef impérialiste de la Françafrique.

Ces questions qui « ne seront pas posées » sur les chaînes de l’union sacrée pour la guerre, les internationalistes, et démocrates les ont posées, à Paris et en Europe, le 25 février. Posons-les ici.

1.-  Les cinq majors capitalistes du pétrole, dont TotalEnergies, affichent 200 milliards de bénéfices de guerre. Pourquoi ce profit immense, exceptionnel ? Parce que le marché européen, approvisionné à 45 % en pétrole et gaz russes auparavant, est contraint subitement d’absorber à la place la production américaine de gaz de schiste.

Et on voudrait nous faire gober qu’entre ce remplacement du gaz sibérien par le gaz du Texas, et le déclenchement de la guerre, il n’y a aucun rapport ?

2.-   Cette captation du marché européen de l’énergie, pour écouler les excédents américains les plus forts depuis 1949, au prix d’une gigantesque pollution, nécessite, nous dit-on, pour être complète, la construction sur plusieurs années  d’infrastructures de transport du gaz liquéfié.  « La guerre durera plusieurs années  », répètent, par coïncidence, les « experts militaires » chargés de notre « information »…

La fable de la simple « opportunité »

3.-  Ces immenses profits de guerre des producteurs du gaz de schiste texan, dont TotalEnergies, scandalisent la population plongée dans le besoin et la misère. Alors les jusqu’auboutistes  de cette guerre, les partisans de la guerre à outrance, qui combattent le cessez-le-feu, ont inventé une fable. Il s’agit d’innocenter les profiteurs de guerre, dont TotalEnergies, protégée et soutien de Macron, multinationale française  du Texas et du Nouveau-Mexique. Voici cette fable, apparemment gobée par certains petits-bourgeois de « gauche », qui ne veulent voir qu’ une seule grande puissance  (russe) dans cette guerre, et se mettent docilement à la remorque des « libérateurs » Biden, Macron et l’Otan.

Ces derniers, et les capitalistes du gaz, de l’armement, ne sont pour rien  dans l’invasion russe, disent-ils ; ils n’ont fait que saisir l’attaque russe comme une aubaine, une divine surprise, une opportunité, pour envahir et dominer le marché européen, empocher le pactole. Ils ne portent aucune responsabilité. Que vaut cet argument ?

La nature  d’une guerre et son « commencement »

4.-   Les oligarques russes ont en effet imposé cette guerre aux peuples russes et ukrainiens, déclenché cette guerre, tout comme le Japon l’avait déclenchée à Pearl Harbour le
7 décembre 1941.

Dans une guerre entre rapaces, entre puissances militaires, il y en a toujours un qui commence.

Mais tous les historiens et tous les démocrates, notamment américains1Voir par exemple Howard Zinn, Une histoire populaire des Etats-Unis, chapitre XVI., savent que trois mois auparavant, fin juillet 1941, les trois impérialismes américain, britannique, néerlandais, féroces colonialistes rivaux des colonialistes japonais en Asie, avaient, par un embargo total, interdit au Japon 88 % de ses importations de pétrole, et les trois quarts de ses échanges commerciaux. Cette agression économique  ne laissait au Japon d’autre issue que la guerre, voulue par Roosevelt.

Voyons la politique récente des chefs américains de l’Otan que les jusqu’auboutistes guerriers de « gauche » veulent innocenter, pour camoufler leur alignement sur « leur » Etat, dirigé par Macron.

5.-  Que veut dire le haut diplomate américain Charles Freeman, un temps responsable des agences de renseignement américaines, en déclarant que la politique suivie par son Etat consiste à « combattre la Russie jusqu’au dernier Ukrainien »  ?

Est-il exact que l’actuel directeur de la CIA Burns écrivait autrefois : « L’entrée de l’Ukraine dans l’Otan est la plus rouge des lignes rouges » , que cette doctrine de prudence a été exprimée durant des années par Kissinger, McNamara, Kennan et des dizaines de hauts diplomates : une telle décision sur l’Ukraine entraînerait la guerre ?

Les peuples sacrifiés au profit

… Dès lors, n’est-ce-pas en pleine connaissance de cause  que Blinken, représentant Biden, a déclaré en 2021 : « Nous soutenons l’entrée de l’Ukraine dans l’Otan », et a garanti à Zelensky, en novembre 2021, tout l’armement nécessaire à la guerre ? Après ces provocations, utilisant et sacrifiant les peuples ukrainiens et russes, sitôt la guerre commencée par les oligarques russes (un mois après !), les accords étaient signés pour la vente en Europe de milliards de mètres cubes de gaz américain, remplaçant le gaz russe.

6.-   A ceux qui, en France, sont héroïques à bon compte et appellent à la guerre à outrance en ayant l’indécence  de comparer cette guerre entre grandes puissances  avec la guerre de libération du peuple algérien, une réponse a été donnée en deux phrases, le 25 février. Elle vient d’une Franco-Algérienne, dont la famille a combattu l’impérialisme français : « Nous étions seuls, nous n’avions pas l’Otan avec nous. »  Point final à cette honteuse manœuvre.

Dès que les vérités économiques sont dites, dès que les provocations délibérées à la guerre sont dénoncées, nous entendons la rituelle accusation de « complotisme ».

En ce XXIe siècle, après l’aveu par Colin Powell que la guerre la plus meurtrière, en Irak, a été fomentée par des faussaires de la CIA, après ces mensonges au monde entier, reconnus par celui qui les a formulés à l’Onu, que faut-il de plus, à moins de niaiserie incurable, pour se défier des ruses hypocrites des gouvernements fauteurs de guerre ?

Cette semaine, sur un plateau d’union sacrée, un amiral a déclaré : la population russe est trois fois plus nombreuse que celle d’Ukraine, il faut donc que les Ukrainiens tuent trois fois plus de Russes.

Ce langage de boucherie impérialiste, nous l’entendons un siècle après la boucherie de 1914-1918, alors que le combat pour la réhabilitation des 639 soldats fusillés pour l’exemple n’est pas achevé.

Nous, internationalistes, combattons pour le cessez-le-feu immédiat. Ni le camp de Poutine et des oligarques ni celui de Biden, Macron, Total et ses semblables, capitalistes américains, ne sont les nôtres.

Notre camp est celui des victimes, les peuples, selon les paroles de l’Internationale :

« Les rois nous saoulaient de fumée,

Paix entre nous, guerre aux tyrans »