« Marchons pour l’Ukraine. » Pour quelle Ukraine, et avec qui ?

A propos des manifestations appelées dans toute la France, le 25 février, par une soixantaine d'organisations, et qui n'ont pas attiré grand monde.

Biden et Zelnsky à Kiev, le 20 février (photo Dimitar Dilkoff / AFP)
Par la rédaction d'IO
Publié le 3 mars 2023
Temps de lecture : 3 minutes

Samedi 25 février, les manifestations « marchons pour l’Ukraine » n’ont pas eu, et dans toute la France, un grand succès. Elles étaient pourtant convoquées par 64 organisations, partis, syndicats, associations et groupements divers.

En cause, la période de vacances scolaires, « l’égoïsme des Français », le manque de compassion, le désintérêt, l’indifférence ?

Non. Parmi le peuple, personne ne peut être indifférent aux, déjà – en estimations basses -, 150 000 morts dans chaque camp. Pour les travailleurs, les jeunes, les militants, et même au-delà, le rejet, la condamnation de l’invasion de l’Ukraine par Monsieur Poutine est unanime. Tout comme les destructions de villes, les exactions de soldats, les horreurs du groupe Wagner. Monsieur Poutine tue des Ukrainiens et envoie des hommes et des femmes russes au massacre.

Qui n’a pas été ému devant ce reportage, bien vite disparu des grandes chaînes TV, où des jeunes russes habillés en soldat sont envoyés dans le dénuement le plus complet à la mitraille ? Au point que des mères ukrainiennes les ont accueillis « pour leur donner à manger, parce qu’ils crevaient de faim ».

Non, le manque d’engouement pour ces manifestations n’est pas là.

Il y a inquiétude, interrogation, gêne ou refus pur et simple de « se faire avoir ». Depuis quand est-ce avec l’Onu, l’Otan, les institutions internationales, avec les gouvernements des capitales européennes, avec les capitalistes américains, leurs généraux et leurs armées qu’on défend les libertés, la démocratie et les intérêts ouvriers ?

Que, eux le prétendent, cela a toujours été le cas. Mais dans les faits ?

Au Vietnam, écrasé, « ramené à l’âge de pierre » par l’armée des USA ? En Irak, pays purement et simplement détruit ? Au Moyen Orient, par l’appui inconditionnel à l’Etat d’Israël, dont l’évolution terrorise un nombre croissant d’Israéliens, pour casser les Palestiniens ? Avec les gouvernements français toutes nuances confondues pour écraser les Algériens ? Ou pour détruire la Libye ?

PC, PS, EELV, Ensemble, Attac…, jusqu’au NPA…, dont personne ne peut mettre en doute la réelle volonté que la guerre s’arrête et qu’il y ait la paix,  pourraient tenir compte des faits. Rien ne les empêche de constater que Zelensky est invité, sous la houlette de M. Biden, par bon nombre de gouvernements en Europe et même par le Congrès aux Etats-Unis. Et pour cause, il fait en Ukraine la même politique qu’ils pratiquent chez eux : privatisations, remise en cause du Code du travail, interdiction ou dénigrement des organisations ouvrières… Sans compter que cette politique sert d’abord et avant tout les intérêts des capitalistes américains : l’affaire de la destruction des gazoducs Nord Stream, l’affaire du gaz de schiste en témoignent.

Que vont-ils faire dans ce camp-là ? D’autant qu’ils s’y retrouvent avec M. Macron, Mme Borne, les Attal et Braun, jusque y compris avec M. Bardella.

Et l’argument « mais si vous n’êtes pas du côté de Zelensky et des USA, vous êtes du côté de Poutine » est éculé. Mieux vaut qu’ils se rendent compte qu’il avait déjà été utilisé avec Saddam Hussein qui n’avait rien à envier à M. Poutine.

Sans même attendre les révélations de cette honteuse manipulation des prétendues armes chimiques, tous les travailleurs et les démocrates s’étaient retrouvés contre la politique des généraux et capitalistes américains. Voter les résolutions proposées par Macron ou au Parlement européen pour plus d’armes, plus de milliards pour la guerre pour M. Zelensky est contradictoire aux intérêts des travailleurs et des peuples, russes, ukrainiens, français, américain…

Cela relève d’une autre logique tragiquement mise en œuvre depuis la guerre de 1914-18.

Notons pour finir qu’il n’y a aucune gêne, aucune inquiétude à se regrouper et se mobiliser massivement derrière les organisations, en particulier syndicales, dès lors qu’elles ont compris qu’il valait mieux s’unir sur des bases claires pour contrer le gouvernement et ses plans ; la préparation du 7 mars, et ses suites déjà sérieusement envisagées voire même programmées, en témoignent. Ceci explique peut-être cela et vice versa.