1794-1848 : les révolutions des esclaves imposent l’abolition

Le nouveau numéro des Cahiers du Cermtri est paru. Il est le premier des deux Cahiers que le Cermtri va consacrer aux dernières colonies françaises de la Caraïbe et de la Guyane.

Par Françoise Charpenel
Publié le 15 mai 2023
Temps de lecture : 2 minutes

Le fait majeur, que dissimule l’histoire officielle, est que les abolitions de 1794 et 1848 n’ont pas été octroyées : elles ont été imposées à la Ire République comme à la IIe par les révolutions des esclaves.

Deux abolitions, car, en 1802, Bonaparte va imposer par la force le rétablissement de l’esclavage. Mais, à Saint-Domingue, en 1803, son armée sera vaincue, et Saint-Domingue, devenue Haïti, proclamera la première république noire de l’histoire (voir le précédent numéro d’Informations ouvrières). 

En 1848, c’est l’abolition définitive qui est arrachée. Abolition, mais pas émancipation : la IIe République prive des droits économiques, sociaux, puis politiques les « nouveaux libres » pour les besoins de sa politique, dont les mots d’ordre sont l’oubli du passé d’esclavage, l’indemnisation des esclavagistes, la réconciliation avec les anciens (et toujours) maîtres, l’ordre colonial, l’exploitation poursuivie.

Ce sont ces faits qu’il a fallu cacher pour nourrir, depuis près de deux siècles, le mythe d’une mère patrie généreuse, la France émancipatrice. Elle est incarnée par Schoelcher1Victor Schoelcher était sous-secrétaire d’Etat à la Marine et aux Colonies dans le gouvernement provisoire de 1848. Il est l’initiateur du décret du 27 avril 1848., « le libérateur », symbole d’une prétendue réussite de la colonisation à la française, puis de l’union entre la France et ses Dom : le 21 mai 1981, onze jours après son élection, Mitterrand déposa une rose sur sa tombe au Panthéon. « Il fut le plus efficace, le seul absolu, donc le seul conséquent des abolitionnistes », affirma Henri Emmanuelli dans son  intervention au Sénat, le 3 juin 1981. C’était là un vernis de générosité appliqué sur des décrets qui, selon Schoelcher lui-même, « étaient réellement faits pour concilier l’indépendance rendue aux anciens esclaves avec les droits des anciens maîtres ».

Avec la montée des revendications nationales, la figure de Schoelcher et la date du 27 avril2Date du décret d’abolition du gouvernement provisoire de la République, en 1848, qui prévoyait l’indemnisation des esclavagistes et une application reportée de plusieurs mois afin de maintenir les esclaves sur les plantations pour la période de récolte de la canne à sucre. comme date officielle de l’abolition de l’esclavage n’ont cessé d’être contestées au profit de la commémoration de l’insurrection victorieuse des masses esclaves. Ces combats ont abouti à la reconnaissance en 1983 d’un jour férié de commémoration de l’abolition de l’esclavage, le 22 mai en Martinique, le 27 mai en Guadeloupe, le 10 juin en Guyane.

Mais droite et gauche de la Ve République se sont entendues en 2006 sur une date nationale de commémoration (non chômée) différente des dates imposées par le combat des descendants des esclaves, celle du 10 mai.

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