Loi Rist : c’est l’essence même de la médecine qui est menacée

Le mercredi 10 mai, a été votée à l’Assemblée nationale la loi « portant amélioration de l’accès aux soins par la confiance aux professionnels de santé dite loi Rist », alors même que le gouvernement organise la pénurie de médecins.

Avec la loi Rist, c’est une « médecine à deux vitesses et des pertes de chances pour les patients » dénonce l’Ordre des médecins (Photo Nicolas Duprey CD78).
Par Marie-Paule LEMONNIER
Publié le 19 mai 2023
Temps de lecture : 3 minutes

Pour faire face à la pénurie de médecins que lui-même entretient, le gouvernement, par cette loi, introduit un accès direct aux infirmières de pratique avancée (IPA), aux kinésithérapeutes et aux orthophonistes.

Et ce, malgré l’importante manifestation de milliers de médecins libéraux le 14 février, à l’appel de la quasi-totalité de leurs syndicats, avec à leurs côtés des syndicats de médecins hospitaliers et d’internes et même, chose totalement inédite, le Conseil national de l’Ordre des médecins qui, depuis le début, s’est opposé à cette loi, devant le risque « d’une médecine à deux vitesses et de perte de chance pour les patients ».

Il ne s’agit en rien d’un repli sur soi corporatiste des médecins qui chercheraient à défendre leur pré carré ni d’une meilleure reconnaissance du travail des IPA. En effet, parallèlement au vote de la loi, le gouvernement cherche à impliquer les organisations syndicales dans la casse du statut des infirmiers.

« Menace sur le décret des actes et le diplôme d’Etat d’infirmier », titre dans un communiqué du 9 mai la Fédération santé et action sociale CGT, qui poursuit :

« Dans un cadre de tensions sur les effectifs et de sous-financement des mesures, la pénurie des personnels médicaux et soignants ne pourra être compensée par de nouvelles répartitions de tâches et de missions (…). C’est la gravité de la situation qui a poussé l’intersyndicale fonction publique hospitalière CGT, FO, Unsa et Sud à continuer à refuser de siéger au sein des instances impulsées par le ministère de la Santé. »

Une « médecine » de protocole voulue par le gouvernement

Une « médecine » sans médecins : voilà ce que voudrait le ministre de la Santé, qui a fait voter en dernière minute, le 10 mai, un amendement autorisant les pharmaciens des laboratoires d’analyses médicales à pratiquer les frottis de dépistage des cancers du col de l’utérus. Il ne s’agit pas de remettre en cause leurs compétences, mais de simplement se poser la question : en cas de résultat positif, que pourront-ils proposer à la patiente ? Rester avec son angoisse en cherchant désespérément un gynécologue qui puisse la voir en consultation ?

L’accès direct aux infirmières n’est pas un énième rafistolage mis en place par le gouvernement pour pallier le manque de médecins. C’est l’essence même de la pratique médicale qui est attaquée.

C’est mettre en place une médecine de protocole à la place d’une médecine adaptée individuellement à chaque patient. Isolée face à un patient reçu en urgence, une IPA ne pourra qu’appliquer les recommandations du gouvernement, de la Haute Autorité de santé ou des sociétés savantes, dont un passé proche a montré qu’elles n’œuvraient pas toujours au bénéfice exclusif du patient. Et le fait qu’elles exercent en maison de santé, qu’un médecin soit présent dans l’établissement comme l’a souhaité le Sénat, n’y change rien.

 

Appel au 15, c’est le « tri des patients »

Le 15 mai, sur Franceinfo, François Braun a osé affirmer que le plafonnement des revenus des médecins intérimaires n’a pas eu de conséquences sur la prise en charge des patients. La réalité est tout autre.

Le directeur du CHU de Clermont-Ferrand (Puy-de-Dôme) a décidé de rendre obligatoire, du 12 au 15 mai, de façon « expérimentale », l’appel obligatoire au 15 pour tout patient. (France Bleue, 11 mai).

« Tri des patients à l’entrée des urgences », titre le syndicat FO de l’hôpital dans un communiqué de presse du 11 mai, rappelant que, faute de médecins intérimaires, le Smur, les services des urgences de Riom et d’Ambert ont dû faire face à des limitations d’activité et des fermetures répétitives, ce qui a conduit à un afflux important de patients aux urgences de Clermont-Ferrand. « A partir de vendredi 12 mai, les patients qui n’ont pas contacté le 15 avant de se rendre aux urgences seront refoulés ! Une prestation de sécurité privée est prévue pour faire face à la colère des patients ! (…) Cette situation est inacceptable. »

Le syndicat rappelle que, conséquence de la politique de François Braun et des gouvernements précédents, 460 lits ont été fermés en vingt ans au CHU de Clermont-Ferrand. Il réclame des lits, des postes et l’augmentation des salaires des personnels hospitaliers.