Autriche : du nouveau du côté du parti social-démocrate SPÖ

Un nouveau président, ancien ouvrier d'usine, a été élu à la tête du parti à la surprise générale, après une erreur dans le décompte des votes des adhérents. Axel Magnus, responsable syndicaliste social-démocrate, nous en explique le contexte.

Andréas Babler, représentant du courant gauche au sein du parti a été élu, le 5 juin, responsable du parti social-démocrate autrichien (SPÖ) (photo AFP).
Par la rédaction d’IO
Publié le 23 juin 2023
Temps de lecture : 3 minutes

Note de la rédaction : Deux jours après l’annonce de l’élection du nouveau responsable du Parti social-démocrate autrichien (SPÖ), le 3 juin, retournement de situation : la commission électorale déclare que le candidat proclamé vainqueur, représentant l’aile droite du parti, n’était pas le bon du fait d’une erreur informatique, les résultats ayant été inversés. C’est donc Andreas Babler, représentant du courant gauche au sein du parti, qui prend la tête du SPÖ.

 

Andreas Babler, ancien ouvrier de l’usine de pneus Semperit, a été élu président…

Axel Magnus : Au sein du parti, Doskozil, le très droitier gouverneur de la région du Burgenland, a intrigué contre l’ancienne présidente Rendi-Wagner jusqu’à ce que le comité directeur du parti décide de consulter les membres pour savoir lequel des deux serait le futur président. Plus de 70 autres candidats ont été bureaucratiquement exclus d’une candidature. En dehors de ces deux personnes, seul Babler, le maire de Traiskirchen, une ville industrielle traditionnelle, a été autorisé à participer. Traiskirchen abrite le plus grand camp de réfugiés du pays. Babler n’a cessé de dénoncer cette situation tout en menant une politique antiraciste dans la ville, ce qui a permis au SPÖ d’atteindre plus de 70 % lors des dernières élections municipales et qui a rendu Babler célèbre dans tout le pays. Plusieurs groupes au sein du SPÖ, par exemple « Syndicalistes pour Babler », ont créé de toutes pièces en très peu de temps une campagne de base pour Babler qui a fait pâlir les deux autres candidats. Parallèlement, Babler a fait le tour du pays et s’est rendu dans toutes les sections du parti qui le souhaitaient.

Est-ce que cela a un rapport avec la situation sociale en Autriche ? Nous avons entendu parler de grèves pour de fortes augmentations de salaire…

L’Autriche est l’un des pays de l’UE où le taux d’inflation est le plus élevé. Le gouvernement continue de servir le capital alors que beaucoup s’appauvrissent. Dans cette mesure, l’exigence de Babler de ne pas détruire d’emplois et de s’engager pour l’impôt sur la fortune a été décisive.

Alors que les paroles creuses de la bureaucratie n’ont pas été suivies d’actes depuis longtemps, il a mis en œuvre dans sa ville une politique contre la paupérisation, ce qui explique pourquoi les gens croient qu’il est sérieux. Et quelques jours après l’élection, il était présent pour soutenir une assemblée de grève à Vienne.

Dans d’autres pays, des millions de travailleurs cherchent à rompre avec le capital, avec le capitalisme, comme les millions de personnes qui ont voté Mélenchon en France. A ton avis, ce « sentiment de renouveau » avec Babler a-t-il un contenu similaire, sous des formes différentes ?

Ceux qui sont actifs en politique dans ce pays savent qu’il y a depuis longtemps de nombreuses personnes à la recherche d’une alternative de gauche. Les grandes manifestations contre le racisme et l’avant-dernier gouvernement composé de l’ÖVP1Parti populaire, conservateur. et du FPÖ2Parti de la liberté, extrême droite. ou encore la multiplication des grèves dans le secteur social et de la santé l’ont clairement montré. Dernièrement, lors des élections régionales à Salzbourg, le KPÖ3Parti communiste autrichien. a pu obtenir des mandats pour la première fois depuis plus d’un demi-siècle et est même arrivé en deuxième position dans la capitale régionale.

Jusqu’à il y a quelques semaines, il n’y avait cependant aucun parti sérieux capable de donner une expression politique à ce souhait.

Avec un SPÖ qui va nettement se déplacer vers la gauche, beaucoup sont justement en train de militer pour la première fois ou de nouveau dans le parti. Le SPÖ compte 10 000 nouveaux adhérents. L’évolution est donc similaire à celle observée il y a quelques années au Royaume-Uni ou actuellement en France et en Italie. Il existe à nouveau un parti qui peut servir d’outil à la classe ouvrière pour la réalisation de ses intérêts.

L’Autriche n’est pas non plus une île en temps de guerre. Qu’en est-il du budget militaire, quelles sont les perspectives de lutte contre celui-ci ?

Le budget militaire autrichien devrait presque doubler au cours des prochaines années. Il ne s’agit toutefois que d’environ 2 % du budget. Pour le grand public, ce n’est pas un sujet d’actualité, car le gouvernement a instrumentalisé la guerre en Ukraine pour faire passer un réarmement de rattrapage comme une nécessité. La redistribution massive du bas vers le haut pourrait être un point de départ pour faire prendre conscience à la classe ouvrière que le réarmement est une forme, au même titre que les prétendues aides économiques accordées dans le cadre de la pandémie, qui finalement permet d’augmenter massivement les profits. Selon une étude récente de la Banque nationale, les profits sont responsables à 60 % de l’inflation.

Toutefois, aucune force politique n’est actuellement prête à lutter contre le réarmement. Même le SPÖ, qui vire à gauche, se soumet actuellement à la « contrainte » du réarmement.

Cela montre que la lutte pour un véritable parti de la classe ouvrière ne fait que commencer.

Propos recueillis par Frank Arnold