Au Sénégal, les menaces de déstabilisation rôdent plus que jamais
La parole à Oumar Diouf, coordinateur de la Ligue panafricaine des travailleurs pour la démocratie et la solidarité.
- Actualité internationale, Sénégal

Ousmane Sonko et Diomaye Faye ont été libérés de prison, vendredi, à dix jours du scrutin. Comment expliquer ce geste de la part du pouvoir ?
Oumar Diouf : Les Sénégalais savent tous que depuis 2019 le principal challenger du président Macky Sall est Ousmane Sonko, leader du Pastef1Pastef : Patriotes africains du Sénégal pour le travail, l’éthique et la fraternité.. Et il a fallu beaucoup de combines, voire des tentatives pour le liquider – qui ont toutes échoué – pour qu’il soit finalement arrêté en juillet 2023 et que son parti soit dissout. Malheureusement pour le président Macky le peuple s’est levé pour continuer à réclamer la libération d’Ousmane Sonko et pour celle de ceux qui sont maintenant qualifiés de détenus politiques (la plupart membres du Pastef), des militants incarcérés sous de multiples chefs d’accusation.
Dans le même temps, Macky Sall s’est choisi un candidat en la personne de Benno Bokk Yakaar, dit BBK. Ce qui n’a absolument pas calmé la contestation, au contraire. Cette crise au sommet s’est également soldée par le départ de plusieurs ténors de son parti, l’APR. Car ces mises en disgrâce ont mis en appétit certains cadres de l’APR qui se sont aussitôt portés candidats à la candidature…
Ces déboires successifs avec ses proches et le climat politique de plus en plus délétère à l’approche des échéances électorales ont poussé Macky Sall à entamer des démarches secrètes, par l’intermédiaire d’émissaires dûment mandatés par le pouvoir ; qui ont notamment abouti à la libération de plusieurs centaines de détenus politiques et enfin à la libération du leader du parti Pastef et de son lieutenant Bassirou Diomaye Faye, lui-même incarcéré depuis avril 2023, et qui avait été désigné candidat par Ousmane Sonko, après son arrestation. Diomaye était en détention pour « outrage à magistrat » ou « diffusion de fausses nouvelles », entre autres.
Ces négociations secrètes entre Macky Sall et Ousmane Sonko, baptisées « protocole du cap Manuel », concernaient en particulier le report de l’élection présidentielle, le vote d’une loi d’amnistie et la mise en place d’un dialogue national, propositions qui ont été toutes rejetées.
Quelle appréciation portes-tu sur les principaux candidats, sur cette élection ?
Les candidats retenus par le Conseil constitutionnel sont au nombre de 19 (après désistement d’une candidate). Il faut reconnaître que beaucoup sont des novices en politique, en dehors de ceux qui proviennent de la coalition Benno Bokk Yakaar qui sont l’ex Premier ministre, Boun Abdullah Dione, les ministres Aly Ngouille Ndiaye et Mame Boye Diao, tous candidats du système. D’autres, comme Amadou Ba (membre de la coalition de Macky Sall), sont pour le maintien du système, malgré leurs promesses électorales. Le candidat Boubacar Camara paraît plus sérieux, tout comme d’ailleurs Diomaye Faye qui, lui, prône la rupture totale.
La jeunesse et les travailleurs se sont mobilisés pour la tenue des élections. Quelles sont aujourd’hui les menaces qui pèsent sur le scrutin ?
La date de l’élection présidentielle au 24 mars a finalement été maintenue, malgré le recours du parti PDS et des candidats dits spoliés. Mais le Sénégal continue d’être sous la menace d’une déstabilisation car les candidats misent tous une victoire dès le premier tour. Ils en sont convaincus. Il y a un véritable risque d’un manque de « fair-play » au soir du premier tour, surtout de la part de certaines grandes coalitions, et de celle du parti Pur (très proche d’une secte islamique) qui mise sur l’accession au pouvoir. Sans compter sur les innombrables lobbies qui sont toujours à l’affût de moments favorables pour infiltrer l’espace politique.
