Défilé à l’Elysée : pour quels buts ?

Deux mois après le résultat des élections, Macron toujours à la recherche d’un premier ministre.

Par Michel Sérac
Publié le 4 septembre 2024
Temps de lecture : 4 minutes

Quand le président de la République brave le désaveu de la majorité du peuple, il ne fait pas offense aux institutions, comme certains le prétendent. Ces institutions sont exactement faites pour ça, pour permettre à un homme seul de défier la démocratie, et pour qu’un « gouvernement à poigne » déchaîne la violence sociale.

Des millions de travailleurs, qui avaient travaillé et cotisé pour leur retraite sont en ce moment volés, exploités deux années de plus. Personne n’a voté cela, nulle part. Le président de la République en a décidé ainsi. « C’est légal parce que je le veux » était la devise des monarques absolutistes, jusqu’à la Révolution. Les institutions légalisent ce cruel coup de force (article 49.3), comme elles permettent au président-monarque de congédier un parlement, de dédaigner le résultat du scrutin convoqué par lui.

L’ignominie des despotes, selon les Encyclopédistes du XVIIIe siècle, jusqu’à la Révolution, se manifestait d’abord par leur pouvoir exorbitant de décider seul de guerres dévastatrices. La Constitution de 1958 restitue ce pouvoir au trône élyséen, elle laisse le président, même notoirement battu et minoritaire comme aujourd’hui, chef absolu des armées ; toute la diplomatie, toutes les relations internationales d’un pays de 67 millions d’habitants sont livrées à son humeur personnelle ! Dernier élément en date : il y a une semaine, Macron s’est déplacé en Serbie pour… vendre des armes !

Tout cela est conforme à la Constitution. N’en déplaise aux prétendus experts, érudits et politologues, qui veulent lui trouver des vertus démocratiques, un « équilibre des pouvoirs », et autres mirages, cette Constitution fut rédigée, sciemment, contre la démocratie.

Suprématie d’un seul sur les représentants du peuple

« La dissolution est la décision d’un homme seul » (Bruno Le Maire, ministre). Il suffit de se reporter au site du Conseil constitutionnel, définissant le régime. Cet organe suprême de contrôle n’est pas élu, mais désigné par les pouvoirs en place ; en revanche il peut casser une loi, quand même les 577 députés l’auraient votée à l’unanimité… Il dispose donc du droit de veto qui fut, un temps, celui de Louis XVI : la suprématie d’un seul sur la volonté de dizaines de millions.

L’Elysée dicte sa volonté au Parlement, « fixe la moitié de l’ordre du jour afin de faire examiner ses projets de loi et les propositions de loi choisies par lui », peut ordonner à l’Assemblée « de se prononcer par un seul vote sur tout ou partie du texte, ne retenant que les amendements proposés ou acceptés par lui », avec bien sûr le diktat du 49.3, et autres violences contre la représentation nationale.

Monarchie absolue quinquennale

A ceux qui avancent que le despote actuel « maltraite les institutions », nous conseillons de consulter la confession authentique, à la fin de sa vie, du fondateur de ces mêmes institutions.

Chassé du pouvoir, et par la grève générale et par le référendum, dispensé désormais de précautions de langage, de Gaulle formula sans détour à la fin de sa vie ce qui était son objectif, au moment du coup d’Etat de 1958 : « Saisir l’occasion historique que m’offre la déconfiture des partis pour doter l’Etat d’institutions qui lui rendent, sous une forme appropriée aux temps modernes, la stabilité et la continuité dont il est privé depuis 169 ans ».

Un rapide calcul permet à tout un chacun de vérifier que 1958 -169 = 1789. Nos institutions actuelles ont été fondées, pour rendre à l’Etat la stabilité de l’Ancien régime, de la monarchie absolue, placer l’Etat tout-puissant au-dessus des « désordres » de la démocratie.

Un humain, un seul, pense et décide pour la population entière, il est plébiscité tous les sept ou cinq ans, il a tout pouvoir d’écraser la démocratie représentative, née en France de la Révolution. Il ne répond de ses actes devant personne…

Putréfaction des anciens partis, impasse de la Ve République

Eperdu, désavoué, battu, Macron a convoqué le 2 septembre un étrange défilé à l’Elysée.

Son comparse Cazeneuve, ministre de la Police à l’époque de sa loi Macron (travail du dimanche), de la loi El Khomri, loi vile et servile de Hollande en faveur des patrons, Cazeneuve, auteur satisfait de la loi honnie sur le « refus d’obtempérer », est cité pour gouverner. Outre le bourgeois Cazeneuve, chroniqueur à l’Opinion, propriété du milliardaire Arnault, ont défilé Sarkozy et Hollande.

Ainsi, ceux qui durant dix-sept ans (2007-2024), se sont relayés sur la même politique réactionnaire pour aboutir à l’effondrement social, sanitaire, éducatif du pays, cherchent ensemble à se sortir du pétrin, à sauver leur régime. Comment utiliser encore ces institutions viciées, corrompues, pour perpétuer la domination de leur maître à tous, l’aristocratie financière ? Comment barrer la route aux revendications vitales, en souffrance depuis des décennies, qui mandatent et engagent le Nouveau Front populaire ?

Les partis « historiques » qui ont gouverné depuis 66 ans, qui ont alterné, cohabité, fusionné enfin avec Macron, sont en déroute. Ils s’accordent, avec les médias des milliardaires, pour faire comme si Macron avait encore une légitimité, comme si son plébiscite de 2022 faisait encore autorité, malgré, encore, 100 députés de moins !

Tandis que ces vieux partis rassemblent leurs débris pour maintenir le peuple sous le joug, le Rassemblement national, nourrissant de leurs forfaits sa démagogie mussolinienne1« Nous opposons à la société matérialiste des multinationales et des banquiers (…) ce sentiment fraternel qui unit les Français entre eux, d’où qu’ils viennent, quelle que soit leur origine, quelle que soit leur couleur de peau, quel que soit leur niveau social » (Marine Le Pen). On cherche cependant vainement dans le programme Bardella de 2024, le moindre tracas causé aux banquiers, aux multinationales, aux classes riches. On trouve en revanche des dispenses d’impôt sur les sociétés, des dispenses de cotisations patronales, pas un mot sur les salaires, bien entendu, mais une multitude de mesures racistes de « préférence nationale », c’est-à-dire d’apartheid en France., cherche à utiliser les institutions à ses propres fins.

Danger des institutions

« Les députés du Rassemblement national respectent les institutions dans lesquelles ils évoluent » (Sébastien Chenu, député RN) ; Marine Le Pen souhaite mener « une opposition responsable, c’est-à-dire respectueuse des institutions et toujours constructive ».

L’intérêt du RN est sans doute la préservation scrupuleuse des institutions, de tous les articles autoritaires de la Constitution, légalisant toutes les répressions, prévoyant même la suspension de toutes les libertés, et la dictature présidentielle (article 16). Ce n’est pas pour rien que le gouvernement italien de Meloni, rassemblant droite parlementaire et néo-fascistes présente au vote des chambres en ce moment le vote d’institutions baptisées par eux « semi-présidentielles à la française »  : un Premier ministre élu pour cinq ans, avec le pouvoir de cet « exécutif fort » de bâillonner le Parlement. Les néo-mussoliniens aimeraient perfectionner le système français, qu’ils admirent, avec une « prime de majorité » au chef (Duce ?) ainsi plébiscité qui aurait obligatoirement la majorité au Parlement…

Toutes ces agitations de cette petite classe politique à bout de course représentant les capitalistes reposent sur une espérance inquiète : que des millions acceptent de se soumettre… ou qu’on les soumette par la force. Mais ce n’est pas si simple, pour eux… Par-delà les tentatives affolées, la réalité incontournable est la cause profonde de toutes ces agitations : des millions ne veulent plus…