« J’aime tellement l’Allemagne que je suis ravi qu’il y en ait deux » (François Mauriac, 1967)

Comment comprendre que la classe ouvrière allemande, une puissante classe ouvrière, qui a tenté par deux fois, en 1919, en 1923, de renverser le système capitaliste ait pu se retrouver soumise à Hitler et au nazisme.

Joachim Von Ribbentrop, ministre des Affaires étrangères du IIIe Reich, Joseph Staline et Viatcheslav Molotov (assis) lors de la signature du pacte Molotov-Ribbentrop à Moscou, le 23 août 1939. (©Farabola/Leemage)
Par Lucien Gauthier
Publié le 27 septembre 2024
Temps de lecture : 5 minutes

Dans la citation en titre de cet article, l’écrivain François Mauriac exprime le sentiment de la bourgeoisie française qui, après avoir développé une campagne nationaliste anti-allemande en 1914, a largement collaboré sous Pétain avec les nazis. Après-guerre, pour se justifier, la bourgeoisie rejette la responsabilité sur le peuple allemand qui serait spontanément nazi. Le PCF qui, lors du pacte germano-soviétique (août 1939), avait cherché à collaborer avec les nazis en France, a basculé, après l’attaque de l’URSS par Hitler (juin 1941), dans une campagne nationaliste anti-allemande : « A chacun son Boche », « Un bon Allemand est un Allemand mort ».

A l’inverse, les militants trotskystes de la IVe Internationale, dans la clandestinité, éditaient un journal en allemand, Arbeiter und Soldat, « sous l’uniforme, un soldat reste un travailleur », pour chercher à organiser les jeunes Allemands enrôlés dans la guerre par la force. Plusieurs cellules trotskystes de travailleurs allemands sous l’uniforme ont été organisées en France avant d’être dissoutes par la Gestapo. Staliniens et bourgeois se retrouvaient dans la haine de l’Allemand.

La crainte de l’extension de la Révolution russe de 1917

La réalité est tout autre. On ne peut pas comprendre la situation qui s’ouvre à cette époque sans partir du fait qu’au cours même de la Première Guerre mondiale, la Révolution d’octobre 1917 en Russie l’emportait. Jusqu’à cette date, les Etats-Unis, sous couvert de politique « isolationniste », regardaient leurs principaux concurrents, Allemands, Français et Anglais, se déchirer et s’affaiblir. Quelques mois après le début de la Révolution d’octobre, les Etats-Unis décidaient d’intervenir en Europe par crainte de l’extension révolutionnaire russe à toute l’Europe. C’est de cette période que date le tournant par lequel l’impérialisme américain va prendre (…)


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