En Serbie, « nous voulons créer des possibilités de coopération contre la guerre »
La parole à Milena Repajic, responsable du Left Radical Party : « Nous savons à quoi ressemble la guerre et nous voulons être prêts pour s'y opposer. »
- Actualité internationale, Serbie

La Serbie a une forte tradition dans le mouvement ouvrier, comment voyez-vous la situation actuelle avec le problème de la guerre, l’escalade guerrière ?
La Serbie a, en quelque sorte, une place historique marquée par le fait que nous avons subi les bombardements de l’Otan en 1999, ce qui a rendu la majorité de la population fortement anti-impérialiste. Mais notre gouvernement, au pouvoir depuis 2012, est le premier à pousser notre pays dans le bloc de l’Otan.
Même si la Serbie est officiellement neutre, elle exporte des armes vers l’Ukraine, Israël, etc. et tout cela se fait en catimini pour que la population ne réagisse pas, car elle est en général très hostile à l’Otan.
Nous nous trouvons donc dans une situation schizophrénique, où le gouvernement prétend être neutre et opposé à la guerre auprès de la population, alors qu’en pratique, il est fermement dans le bloc de l’Otan et aide la guerre à se poursuivre, et nous craignons qu’il ne soit prêt à soutenir toute nouvelle escalade.
Y a-t-il des actions, des manifestations contre la guerre auxquelles les syndicats participent ou qu’ils initient ?
Nous avons des syndicats plus petits, comme les syndicats anarcho-syndicalistes et d’autres, qui sont actifs dans le mouvement anti-guerre mais, malheureusement, les principales confédérations ou fédérations sont sous le contrôle ferme de l’Etat. C’est malheureusement le résultat de l’histoire, du fait que la Yougoslavie socialiste a placé tous les syndicats sous le contrôle de l’Etat, et c’est la situation qui prévaut aujourd’hui encore. Les syndicats, les syndicats traditionnels, les grands syndicats, ne font donc vraiment rien. Nous avons des militants dans ces syndicats qui sont actifs dans le mouvement anti-guerre de manière indépendante, mais en tant qu’organisations, nous ne pouvons pas dire que les grands syndicats font quoi que ce soit.
Comment voyez-vous les bénéfices de cette conférence contre la guerre pour vous, pour votre combat dans votre pays ?
Nous trouvons cette conférence européenne contre la guerre, très, très utile. Nous établissons des contacts non seulement par le biais de la partie formelle, mais aussi par le biais de la partie informelle. Et nous avons organisé, en préparation de cette conférence européenne, une conférence anti-guerre dans les Balkans, avec des camarades de toutes les régions de l’ex-Yougoslavie, connues pour la guerre qui s’y déroulait, etc. mais aussi d’autres pays des Balkans.
Tous ces contacts nous sont très utiles dans notre lutte et nous permettent de travailler non pas seulement aux niveaux de conférences, mais aussi sur des choses très pratiques, parce que nous savons à quoi ressemble la guerre, et nous voulons être prêts pour la nouvelle guerre quand elle aura lieu, être capables de créer une sorte d’infrastructure, de liens et de possibilités de coopération contre la guerre. La plupart des partis en Serbie sont partiellement ou totalement dépendants des partis allemands, parce que les partis allemands ont des fondations (la fondation Konrad-Adenauer pour les conservateurs, Heinrich-Bell pour les Verts, Rosa-Luxemburg pour Die Linke, etc.) La fondation Konrad-Adenauer agit donc par procuration, car les partis serbes ne peuvent pas être financés directement par l’étranger, mais ils ont des ONG qui sont financées par les partis allemands. C’est pourquoi la politique allemande est très importante pour la Serbie, en raison de ce lien financier entre les entités politiques serbes et les partis allemands.
