Brésil : répondre au peuple, pas aux spéculateurs !
Lu dans O Trabalho n° 942 : « Les institutions fonctionnent… contre le peuple. Cette affirmation n’est pas nouvelle dans ce journal, loin de là. Mais elle se renouvelle, à des intervalles de plus en plus courts. »
- Actualité internationale, Brésil

Les institutions fonctionnent… contre le peuple. Cette affirmation n’est pas nouvelle dans ce journal, loin de là. Mais elle se renouvelle, à des intervalles de plus en plus courts.
Au Congrès, la fête aux amendements parlementaires se poursuit, tandis que progressent des projets qui nient des droits fondamentaux aux femmes, notamment concernant le droit à l’avortement, même en cas de viol ou d’abus sur des enfants.
A la Cour suprême, tandis que deux ministres (Cristiano Zanin et Gilmar Mendes) ont déjà voté en faveur des écoles civico-militaires du gouverneur Tarcísio de Freitas de São Paulo – le même dont la police militaire a jeté un jeune homme d’un pont –, le contrat de travail intermittent (alternant périodes d’activité et d’inactivité, durant lesquelles les travailleurs ne perçoivent pas de salaire), issu de la contre-réforme du travail de 2017, a été validé. Le ministre Nunes Marques a cyniquement déclaré que c’était un « instrument valide pour offrir de nouvelles opportunités aux travailleurs. »
Impunité des généraux putschistes
Les généraux, impliqués jusqu’au cou avec Bolsonaro dans le complot prévoyant un coup d’Etat et même l’assassinat de Lula, Alckmin et Alexandre de Moraes, restent impunis, malgré quelques inculpations. Et cela depuis les crimes de la dictature militaire (1964-85). A la suite de compromis successifs avec les généraux, les amiraux et les brigadiers, ces derniers continuent de superviser la République via l’article 142 de la Constitution, relatif aux GLO (Garanties de la loi et de l’ordre). Tous étaient au courant du complot. Tous sont coupables et doivent être jugés, selon une procédure régulière, pour conspiration contre un gouvernement élu, participation au plan, prévarication ou omission.
Mais de l’omission, on n’en attend pas de la part du président Lula. Il doit d’urgence s’adresser à la nation au sujet du plan des militaires contre la démocratie, le vote populaire, et même contre sa propre vie.
Qu’ont en commun les généraux, les hauts magistrats et la majorité du Congrès national ? Ils sont soutenus par la Faria Lima1Avenue de São Paulo, centre du pouvoir économique brésilien., les banquiers, l’agrobusiness… et la main de l’impérialisme américain. Et le gouvernement élu en 2022, malgré une gigantesque vague de fraudes électorales ? Il a la force du peuple, s’il choisit de s’appuyer dessus tant qu’il est encore temps.
Coupes budgétaires
Pour l’instant, le paquet fiscal annoncé par le ministre Haddad va dans le sens contraire. Les coupes budgétaires touchent directement ce dont dépendent 67 % des travailleurs du pays : le salaire minimum, la prime salariale et le BPC2Allocation de prestation continue, prestation sociale d’un montant équivalent au salaire minimal pour les personnes âgées ou handicapées ne pouvant être pris en charge par leurs familles.. Quant à la possibilité de toucher aux privilèges des militaires, elle a été écartée.
La voie à suivre doit être autre. Que Lula réponde aux spéculateurs qu’il ne coupera rien. Et qu’il dise aux travailleurs qu’il rétablira leurs droits et qu’il s’engagera dans la lutte pour abroger les réformes qui les ont attaqués. La lutte n’est pas facile, mais elle devient impossible si l’on se soumet aux institutions anti-populaires au lieu de les affronter.
