Meilleurs vœux 2025 !

Le nouvel An approche, et il est de tradition de se souhaiter de bons vœux. Combien seront-ils, cette année, à se joindre au vœu de ces 1 000 militants qui accusent Fabien Roussel de « trahison » et lui demandent de partir ?

Par Pierre Compain
Publié le 30 décembre 2024
Temps de lecture : 4 minutes

On se souvient, cet été, des propos du secrétaire national du PCF demandant au fondateur de La France Insoumise (LFI) de « clarifier [ses] positions » sur l’antisémitisme (BFM TV, 26 août), mêlant ainsi sa voix à la campagne réactionnaire qui accuse les Insoumis d’alimenter la haine des juifs par « clientélisme électoral ». Une calomnie abjecte qui cache mal le fait que le même n’aura pas eu un mot, un acte contre le massacre de masse perpétré à Gaza sur ordre de Netanyahou1On se souvient également des propos de la tête de liste du Parti communiste français (PCF) aux élections européennes, Léon Deffontaines, affirmant que LFI « est en train de souiller et piétiner le combat palestinien à des fins électorales » (FranceInfo, 25 avril), allant jusqu’à s’allier aux députés Les Républicains (LR) pour demander la levée de l’immunité parlementaire de Rima Hassan afin qu’un procès puisse lui être intenté..

Deux mois plus tard, le même déclare au Parisien (24 octobre) que s’il devait se représenter aux législatives, « ce ne serait pas dans une alliance avec LFI », ajoutant il y a dix jours : « Moi-même si j’ai été battu dans ma circonscription, c’est parce que j’ai fait une alliance avec les Insoumis, Monsieur Mélenchon » (LCI, 15 décembre).

Pour le secrétaire national du Parti communiste français (PCF), s’il a perdu son « poste », comme il dit, dans cette circonscription acquise au PCF depuis 1962, ce n’est pas à cause de ses sorties contre les immigrés2Lors du discours de clôture du congrès du PCF à Marseille en avril 2023, Fabien Roussel a affirmé que les gouvernements successifs avaient « transformé [les] frontières en passoires », reprenant à son compte le vocabulaire de l’extrême-droite., ni de ses accointances avec Gérald Darmanin3En juillet 2022, Fabien Roussel accorde une interview à la revue Gala, pour y rapporter son amitié avec Gérald Darmanin, dans laquelle il déclare : « On a appris à se connaître et à connaître nos différences. Des sujets que l’on peut partager aussi ».

Pour rappel, en juillet dernier, Fabien Roussel avait voulu monter une stratégie de coalition avec Gérald Darmanin et Olivier Véran pour exclure les Insoumis, une vidéo avait circulé sur les réseaux sociaux dont l’authenticité avait finalement été reconnue par l’intéressé (dans l’émission C à vous sur France 5, mardi 9 juillet).
, ni de ses propos humiliants sur les chômeurs et les précaires4En septembre 2022, le secrétaire national du PCF avait affirmé à la Fête de L’Huma : « La gauche doit défendre le travail et ne pas être la gauche des allocs et des minimas sociaux »., ni de ses appels d’offres pour rentrer au gouvernement5En juin 2022, après qu’Emmanuel Macron a indiqué être prêt à rassembler largement autour de lui pour obtenir une majorité à l’Assemblée, « des communistes aux LR », Fabien Roussel avait déclaré : « Nous sommes prêts à participer si c’est pour investir fortement dans le travail avec un projet de très haut niveau ». Le même a récidivé le 9 décembre dernier, en affirmant : « nous voulons dire notre disponibilité à travailler à ce qu’il y ait un changement dans notre pays »..

Non, c’est à cause de Jean-Luc Mélenchon.

Le secrétaire national du PCF a, à nouveau, récidivé ces derniers jours : « Qui peut dire aujourd’hui “je serai candidat [à une présidentielle anticipée, Ndlr] ? Il n’y a que Jean-Luc Mélenchon pour le faire, parce qu’il a un nombril qui lui monte jusqu’au cerveau et qu’il ne voit plus le ciel, mais ce n’est vraiment pas la priorité », a-t-il déclaré (FranceInfo, 20 décembre), en ajoutant : « Pensons à ce que vivent nos concitoyens, entendons la colère qui monte contre les responsables politiques qui vous parlent d’élections alors qu’eux pensent factures, emploi, retraite ». Et de conclure : « Je regrette que Monsieur Jean-Luc Mélenchon soit obnubilé par une élection présidentielle alors qu’il y a des Français qui souffrent ».

Toutes les enquêtes d’opinion rapportent que seul un quart des Français ont une bonne opinion d’Emmanuel Macron et que près de deux tiers veulent sa démission.

Même des personnalités politiques très éloignées des positions de LFI (Hervé Morin, Charles de Courson, Jean-François Copé, Dominique de Villepin… même Marine Le Pen !) considèrent, après trois mois de campagne LFI pour la destitution de Macron, qu’il faut envisager la démission du chef de l’État et, pour certains, s’y préparer : et, imperturbablement, Fabien Roussel, lui, affirme que ce n’est pas le problème…

En réalité, aux Français qui souffrent et qui sont étranglés par les factures, Fabien Roussel, lui, leur répond : pourvu que ça dure ! pourvu que Macron et ses gouvernements successifs durent ! Lui, cherche « un terrain d’entente » avec le chef de l’État, en affirmant : « Ni nous on reste bloqué sur l’abrogation [de la réforme Macron des retraites, Ndlr], on n’avancera pas ».

De ce point de vue, si le secrétaire général du PCF tourne le dos au Manifeste du Parti communiste de Karl Marx, et notamment à cette célèbre formule : « Les communistes n’ont pas d’intérêts distincts qui les séparent de l’ensemble du prolétariat », en revanche il ne dévie en rien de ses prédécesseurs, qui, jadis, appelaient à refuser l’unité des rangs ouvriers en Allemagne dans les années trente au prétexte que la social-démocratie était, selon Staline, l’ « aile modérée du fascisme », qui rentraient dans le gouvernement de De Gaulle en 1944-1947 pour « Produire, d’abord, revendiquer, ensuite » ou qui votaient les pleins pouvoirs à l’armée coloniale pour défendre l’Algérie française en 1956…

« Trop, c’est trop », affirment 1 000 personnalités (intellectuels, syndicalistes, élus, anciens responsables du PCF…) dans une « lettre ouverte à Fabien Roussel » initiée par Alternative Communiste et intitulée « Il est temps que tu passes le relais ».

Le nouvel An approche, et il est de tradition de se souhaiter de bons vœux. Combien seront-ils, cette année, à se joindre au vœu de ces 1 000 militants qui accusent Fabien Roussel de « trahison » et lui demandent de partir ?