Grèce : comment les dockers du Pirée bloquent les cargaisons de guerre destinées à Israël

Dans la nuit du 16 juillet, des centaines de dockers, avec des militants d’organisations de gauche, de collectifs pro-palestiniens, ainsi que du mouvement BDS, se sont rassemblés. Leur objectif : empêcher une nouvelle cargaison militaire d’atteindre Israël.

Au port du Pirée (Grèce), le 14 juillet. (DR)
Par Correspondant du Nar
Publié le 28 juillet 2025
Temps de lecture : 3 minutes

Le port du Pirée s’organise contre la guerre. Dans la nuit du 16 juillet, des centaines de dockers, répondant à l’appel du Centre ouvrier du Pirée, des syndicats portuaires comme l’Enedep et la Penen, du Pame, avec des militants d’organisations de gauche, de collectifs pro-palestiniens, ainsi que du mouvement BDS, se sont rassemblés sur les quais 2 et 3 du terminal de Cosco, aujourd’hui propriété chinoise. Leur objectif : empêcher une nouvelle cargaison militaire d’atteindre Israël.

Dans un décor industriel imposant, des milliers de manifestants se sont réunis dès 21 heures pour répondre à un appel lancé par les syndicats du port, qui ont déclaré haut et fort : pas de mains pour décharger la cargaison de la mort.

Les syndicats du port ont pris une décision claire : bloquer tout transfert d’acier enrichi destiné à l’industrie de guerre israélienne. Le navire concerné, le Cosco Shipping Pisces, était arrivé au Pirée avec une cargaison d’acier en provenance d’Inde. Ce fret était initialement prévu pour être transbordé via le navire Ever Golden, mais le trajet a été brouillé. Il y a eu changement de pavillon, de navire et de société de fret pour masquer la destination réelle, le port d’Haïfa, en Israël.

Malgré ces tentatives de dissimulation, les dockers grecs ont réussi à l’identifier et bloquer la marchandise. Le départ du chargement était prévu pour le dimanche 20 juillet, mais les syndicats ont annoncé leur détermination à refuser à le charger.

« Nos mains se salissent au travail, pas avec le sang des enfants palestiniens », a déclaré Markos Bekris, président de l’Enedep, sous les applaudissements des manifestants.

Celle-ci était la deuxième action de blocage en quelques jours, suite directe au blocage de lundi, lorsque des centaines de personnes étaient rassemblées sur les quais du Pirée pour empêcher le déchargement du navire Ever Golden, soupçonné de transporter une cargaison militaire à destination d’Israël. L’objectif de la nouvelle mobilisation à la base était
aussi clair : empêcher le déchargement du navire Cosco Pisces. Contrairement aux premières informations, ce n’était pas l’ Ever Golden mais bien le Cosco Pisces qui transportait cinq conteneurs d’acier militaire destinés au régime israélien.

Les manifestants ont dénoncé ce qu’ils qualifient de « complicité active de la Grèce avec la guerre génocidaire menée par Israël ». Le message a été une nouvelle fois fermement envoyé : aucun port grec ne doit servir les assassins du peuple palestinien !

Depuis novembre 2023, les syndicats portuaires grecs ont adopté une position ferme, qui consiste au refus de charger toute cargaison liée aux guerres en Palestine, en Ukraine ou en Syrie. Cette orientation a été prise lors d’une conférence du Conseil européen des dockers (EDC), tenue au Pirée.

George Gogos, président du syndicat des dockers du port du Pirée, rappelle que cette stratégie s’inscrit dans une dynamique internationale. En 2024, un navire à destination d’Israël a été bloqué, tout comme deux pétroliers transportant du carburant américain. Le syndicat a même obtenu de Cosco-PCT l’engagement de ne pas charger de cargaisons dangereuses liées à la guerre.

Vassilis Manolakos, membre du conseil d’administration de l’Enedep, souligne quant à lui un fait marquant : le blocage d’un conteneur contenant vingt-deux tonnes de balles, arrivé par camion au Pirée.

Les dockers grecs ne sont pas seuls. Ils participent à un vaste réseau de solidarité international regroupant des syndicats de Barcelone, Malte, Slovénie, Italie (USB), France (CGT) et Turquie. Des mouvements comme BDS ou la campagne No Harbour for Genocide fournissent informations et relais logistiques pour identifier les cargaisons suspectes et organiser des blocages coordonnés.

Les données sur les cargaisons sont vérifiées et croisées avec les déclarations maritimes officielles pour garantir des actions efficaces contre l’approvisionnement de la machine de guerre israélienne.

Cette lutte n’est pas sans obstacles. À l’intérieur même des ports, les syndicats doivent convaincre les travailleurs que la guerre n’est pas une affaire lointaine. Comme le souligne Manolakos : « Si notre port devient une plaque tournante des cargaisons de guerre, alors nous devenons aussi une cible. »

La répression n’est pas absente. Gogos cite le cas du vice-président du syndicat des dockers suédois, suspendu par l’entreprise DFDS après un boycott d’une cargaison israélienne, pourtant validé par un tribunal local. Il a été qualifié de « menace pour la sécurité maritime ».

Alors que la guerre coloniale menée par Israël contre Gaza continue de faire des milliers de morts, les dockers du Pirée incarnent un front ouvrier internationaliste. En refusant de charger l’acier, les balles et les bombes, ils montrent que l’opposition à la guerre ne passe pas seulement par des mots – mais par des actes concrets, courageux, et organisés.

Le port du Pirée ne sera pas complice.

Le 16 juillet, des milliers de travailleurs grecs et de réfugiés palestiniens, d’étudiants, de jeunes, de chômeurs et de retraités ont répondu massivement à l’appel combatif des travailleurs du Grand Port du pays et ont fait entendre leur voix pour dire haut et fort :

« Les dockers vous le disent clairement :

Avec le sang des peuples, ils ne salissent pas leurs mains !

Que notre gouvernement – pro-sioniste – le comprenne bien :

La Palestine sera libérée, Israël sera isolé !

Nous exigeons la rupture totale de toute relation (militaire, commerciale, diplomatique) avec l’État assassin qu’est Israël.

Palestine libre, du fleuve à la mer ! »