Cisjordanie : « Je ne quitterai pas mon village »
« Nettoyage ethnique » en Cisjordanie. Un exemple du plan du ministre israélien Smotrich d’expulsions des Palestiniens dans le village de Shubqa, district de Ramallah. Témoignages d’habitants recueillis par nos correspondants.
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Le ministre israélien des Finances Bezalel Smotrich, dirigeant du parti « Sionisme religieux », continue de menacer les Palestiniens de Cisjordanie d’expulsions en masse, de déplacements forcés, de démolitions de maisons et de confiscations de leurs terres. Cela s’inscrit dans le cadre de son plan plus large visant à intensifier la construction de colonies et à investir des milliards de dollars pour faire venir un million de colons supplémentaires en Cisjordanie.
Des menaces mises progressivement en œuvre sur le terrain
Selon les données de la Commission contre le mur et les colonies de l’Autorité palestinienne, rien qu’en 2024, les forces d’occupation israéliennes ont démoli 4 850 maisons dans des villages de la région de Jérusalem. En plus de démolir 1 776 installations industrielles et commerciales dans ces zones. Ces chiffres n’incluent pas les centaines de maisons démolies par l’occupation israélienne dans les camps de réfugiés palestiniens du nord de la Cisjordanie.
Démolition de maisons palestiniennes, confiscation de terres dans le village de Shuqba
La parole à des habitants de Shuqba

Taim Hassan Shalash a passé plusieurs années dans les prisons israéliennes. Son fils Qais a été tué au début de la guerre contre Gaza lors d’affrontements avec l’armée israélienne dans le village. Taim raconte avoir reçu un avis de démolition des autorités d’occupation israéliennes :
« Actuellement, ma maison est en attente de démolition, comme 150 autres maisons du village. Tous les habitants du village ont reçu un ordre de démolition. Il y a deux options : soit démolir soi-même sa maison, soit laisser les bulldozers de l’occupation la démolir, auquel cas le propriétaire doit payer 150 000 shekels (environ 40 000 euros) aux autorités d’occupation pour les frais de démolition. Il est important de rappeler que les avertissements de démolition dans notre village ont commencé à arriver pendant la guerre, et non avant. Cela signifie que tout a changé après le 7 octobre et que le transfert en Cisjordanie est réel et figure parmi les priorités du gouvernement israélien. »
Concernant la situation géographique historique du village, Taim Shalash nous explique que « lors du réajustement des frontières entre la Jordanie et Israël après la guerre de 1948, le village et plusieurs villages autour de Ramallah se trouvaient dans les zones qui étaient attribuées à l’État israélien en 1948. Notre village est très proche de l’aéroport de Lod (Ben Gourion), car historiquement, notre village faisait à l’origine partie du district de Lod. Mais après l’armistice entre Israël et la Jordanie, les villages de la région de Lod ont été intégrés à la Cisjordanie sous contrôle jordanien. »
Nous avons demandé à Taim dans quelle mesure les habitants de Cisjordanie peuvent-ils résister à la confiscation des terres, à la démolition des maisons et au déplacement et s’ils comptent sur le soutien de l’Autorité palestinienne ?
« Nous ne comptons pas sur l’aide ou le soutien de l’Autorité palestinienne. L’Autorité palestinienne ne viendra pas frapper à ma porte pour empêcher la démolition de ma maison. Notre résilience n’est pas liée à l’Autorité. Nous comptons sur une résolution définitive de la guerre à Gaza. Si la guerre prend fin, nos maisons ne seront pas démolies, car cela signifierait la chute du gouvernement Netanyahou. Et ceux qui le feront tomber sont Ben Gvir et Smotrich, car la guerre et le gouvernement des colons s’effondreront, et le projet de Smotrich visant à amener un million de nouveaux colons en Cisjordanie sera abandonné. »

Seham Mahmoud Al-Masri, est habitante de Shuqba. Mère de deux enfants, elle travaille dans des hôpitaux de la région de Tel-Aviv depuis l’âge de 17 ans afin de subvenir aux besoins de sa famille, tout en cultivant les terres de sa famille dans le village, avant qu’elles ne soient confisquées par les autorités israéliennes. Elle raconte : « Comme tous les autres habitants du village, j’ai également reçu un avis de démolition. Je ne sais pas ce qui va se passer. Mais tout le monde parle de confiscation des terres, de démolitions et de déplacement forcé des habitants du village. Quoi qu’il arrive, je ne quitterai pas mon village. Personne ici ne partira. Les autorités ont confisqué un hectare de terres appartenant à ma famille et ont construit le mur dessus. Quoi qu’il arrive, je resterai, avec mes enfants et tous les habitants du village. Nous ne voulons pas finir comme notre peuple à Lod en 1948. Nous ne voulons pas que la Nakba continue. »

Adnan Shalash, chef du conseil villageois de Shuqba, nous explique : « Au début de l’année, Israël a démoli sept maisons dans le village et déplacé les habitants. Aujourd’hui, 150 ordres de démolition ont été émis pour des maisons du village. La situation dans le village de Shuqba est liée à la politique du gouvernement israélien et à celle du ministre des Finances Smotrich, qui consiste à démolir autant de maisons que possible en Cisjordanie et à expulser les Palestiniens, ce qui est le projet sioniste bien connu. Notre village, Shuqba, compte 7 200 habitants et fait partie des villages du district de Ramallah. Il est entouré de dizaines de colonies construites sur les terres du village et de routes de colonisation. Le mur d’apartheid contrôle une grande partie de nos terres à l’ouest du village et la route de contournement des colonies à l’est. Au sud, il y a une carrière appartenant aux colonies, et la colonie « Nili » a été construite sur les terres du village de Shuqba, au sud. Au nord, les colonies « Oferim » et « Beit Arieh » ont également été construites sur nos terres. »
M. Adnan Shalash ajoute : « Nous sommes encerclés dans un ghetto. C’est la situation des villages et des villes en Cisjordanie. Nous vivons dans la zone B. Cela signifie que, selon les accords d’Oslo, il s’agit d’un territoire sous contrôle de l’Autorité palestinienne. Actuellement, la superficie du village est de 1 500 hectares, mais elle était auparavant de 4 500 hectares. Cependant, plus des deux tiers de cette superficie ont été confisqués par l’occupation israélienne, et la grande majorité des terres du village ont été affectées à la construction du mur d’apartheid. À cause de ce mur, nous ne pouvons pas accéder à nos terres pour récolter les olives, et toute personne qui souhaite le faire doit soumettre une demande pour obtenir le droit d’y accéder.
Dimanche dernier le ministre Bezalel Smotrich, a indiqué que « 2025 sera la première année depuis 1967 où nous aurons détruit plus qu’ils n’ont construit. » Pour lui, « le contrôle du territoire est au cœur du conflit et qu’il détermine son avenir sur le terrain ».
