Pierre Galland : « Pourquoi j’ai signé l’appel contre la guerre »

Contribution de Pierre Galand, militant pacifiste, européen, tiers-mondiste et humaniste, pour le meeting du 5 octobre, à Paris, et pour la conférence qui la précédera la veille.

Manifestation massive à Bruxelles en juin (photo AFP).
Par > Verbatim
Publié le 7 septembre 2025
Temps de lecture : 10 minutes

Pierre Galand Cofondateur d’Oxfam en Belgique et du CNAPD. Président de l’Association belgo-palestinienne, de la Coordination des comités de soutien au peuple Sahraoui et de Laïcité et humanisme en Afrique Centrale

« Né en 940, il m’a été donné d’être confronté à la guerre dès le plus jeune âge. Les Allemands défilaient dans ma rue et leurs bombes V1 et V2 destinées à l’Angleterre tombaient aussi sur Bruxelles. J’avais 5 ans, ma mère courut à la rencontre des Anglais et m’a assis sur un char des libérateurs, avenue Longchamp qui deviendra avenue Winston Churchill. À 10 ans, je vis défiler rue Royale à Bruxelles les bérets bruns, signe distinctif des soldats belges partant pour la guerre en Corée et le 38e parallèle entra dans mes aires de jeu pendant que mes parents, craignant la troisième guerre mondiale, faisaient des réserves de l’essentiel.

À 16 ans, ma première manifestation eut lieu devant l’ambassade de Hongrie pour dénoncer l’entrée des chars soviétiques à Budapest. À 18 ans, je fus en profond désaccord avec mon père concernant la guerre d’Algérie. Il soutenait les généraux factieux, Salan et consorts et je défendais la lutte du FNL pour le droit à l’émancipation du peuple algérien.

À partir de là, je fus happé par le grand Sud et les différentes formes de mouvements de lutte et de guerre qui, sur les continents d’Afrique, d’Asie et en Amérique latine mettront fin au colonialisme des dites puissances européennes occidentales. À l’Université catholique de Louvain, j’avais eu l’occasion de rencontrer des étudiants du tiers-monde plaidant, comme leurs leaders nationalistes, le non-alignement et j’ai approfondi avec eux le marxisme et le bouddhisme.

Exempté du service militaire obligatoire parce qu’aîné de famille nombreuse, doté d’une formation en philo, sciences sociales et économiques, j’ai eu la chance de rencontrer, début 1967, le « baron rouge » Antoine Allard, fondateur d’Oxfam en Belgique. Il m’engagea pour lancer cette ONG, née en 1942 à Oxford pour venir en aide aux populations grecques victimes de l’embargo imposé par l’armée britannique.

Son slogan : « pour avancer, il faut deux jambes, l’une pour la paix, l’autre pour le développement. » Absolument opposé aux armes atomiques, admirateur des kibboutz en Israël et défenseur des Palestiniens, gandhien et en relations étroite avec le chinois Chou En Lai, c’était un artiste portraitiste de talent, militant pacifiste. Acteur des relations Est-Ouest, il amena la reine Élisabeth de Belgique en voyage à Moscou et à Pékin en 1956 et 1958, et ce malgré l’opposition du ministre belge des Affaires étrangères Paul-Henri Spaak.

Désarmement, nouvel ordre international

Ce n’est pas prétentieux de dire qu’Oxfam fut très vite une association avant-gardiste en Belgique par le choix de ses coopérations avec des peuples cherchant à construire leur nouvelle destinée, débarrassée ou en voie de l’être, de la tutelle coloniale occidentale. Il s’agissait, par des moyens non violents, de soutenir des projets agricoles, sanitaires, scolaires, industriels.

Ainsi, des collectivités paysannes et urbaines assuraient leur bien-être et des perspectives d’autonomie pour la construction de leur destinée. Nous appelions cela « créer des espaces de liberté et de résistances » face au néo-colonialisme imposé par les guerres et la spoliation des ressources. C’était en effet l’époque de la guerre du Vietnam, celle du Bangladesh, celle des guerres en Afrique Australe et des violences extrêmes contre les peuples en Amérique latine.

Au cours des années 1970, Oxfam développa, via les « magasins du Monde » et le (…)


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