Sinistres bruits de bottes à l’Éducation nationale
Le dispositif des classes « Défense », partenariat entre l’Éducation nationale et le ministère des Armées, mis en place en 2005, non abrogé par les gouvernements socialistes sous Hollande, est en pleine expansion sous Macron.
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Le dispositif des classes « Défense », partenariat entre l’Éducation nationale et le ministère des Armées, a été mis en place en 2005 par le gouvernement de François Fillon et son ministre Gilles de Robien. Non abrogé par les gouvernements socialistes sous Hollande, ce dispositif est en pleine expansion sous Macron. Depuis la rentrée, il ne se passe pas un jour sans annonce de mise en place de ces classes dans de nombreux départements.
En Côte-d’Or, depuis la rentrée de 2022, les classes Défense ont plus que triplé dans les collèges et lycées. On en comptait seulement 9 en 2022 et à la rentrée 2025, on en compte 20, principalement implantées à Dijon (privé comme public) à Beaune et dans le nord de la Côte-d’Or (Pouilly-en-Auxois et Montbard). Ceci est à mettre en lien avec le « Plan ambition jeunesse et armée » signé par Macron en 2022 et qui explique la vitesse à laquelle se multiplient ses dispositifs.
Dans un collège de 250 élèves, à la campagne, dans une petite ville de 1 500 habitants, a été décidée l’implantation d’une classe Défense pour une des deux classes de 4e dans l’opacité la plus totale. Ce partenariat avec l’armée a été proposé, décidé et voté au CA du mois de juin, sans qu’à aucun moment les parents d’élèves du collège soient informés. Au programme, des conférences « comment la Défense ? Pourquoi la Défense ? » , « devoir de mémoire » où un livret distribué aux élèves est financé par les marchands d’armes (Safran, Airbus, Dassault…) et le ministère de la Défense. La participation également des élèves à un rallye défense au mois d’avril interpelle.
En effet, les rallyes défense proposent comme activités parmi tant d’autres des fouilles de cellules, des mises en situation en tant que gendarme mobile lors de manifestation ou encore des tirs au laser… Tout un programme !
Ce partenariat avec l’armée permet donc au collège de financer des sorties scolaires : la gendarmerie fournira les bus… En contrepartie, on permet à l’armée de rentrer dans l’école pour y diffuser sa propagande pour la guerre. Un dispositif de chantage, quand on connaît le sort qui est fait au budget de l’Éducation nationale contre celui de la Défense, qui explose d’année en année.
Plus de budget pour l’armée que pour l’école
Il faut dire que du côté du ministère des Armées, l’argent coule à flot. Ce sont 6,7 milliards d’euros supplémentaires qui ont été dégagés pour l’année prochaine. C’est le seul secteur à bénéficier d’une telle hausse.
Dans le même temps, ce sont 4 000 postes de prof (et 4 milliards de budget en moins) que le gouvernement voudrait encore supprimer. Alors que côté armée, 40 000 recrutements sont prévus en 2026, et près de 14 milliards d’euros sont dégagés pour acheter de nouvelles armes, dont 2,4 rien que pour constituer des stocks de munitions, ce qui constitue une hausse de plus de 30 %.
La direction académique du Vaucluse adressait le 9 octobre un mail aux directeurs d’écoles et d’établissements ayant pour objet « capacités d’hébergement des troupes » et leur demandant de recenser le nombre de salles pouvant être utilisées, avec leur surface en mètres carrés.
La semaine dernière, des enseignants de l’académie de Versailles ont été destinataires sur leur boîte professionnelle d’un courriel de l’armée indiquant : « La Marine nationale a mis en place un partenariat avec l’Éducation nationale, pour vous aider à accompagner vos élèves dans leur projet d’orientation en leur présentant des perspectives de carrière souvent méconnues mais passionnantes. »
Dans un courrier, le syndicat FO des lycées et collèges de l’Eure interpelle la rectrice de l’académie de Normandie et la directrice académique de l’Eure au sujet d’une sortie scolaire menée au titre du « Parcours avenir et du parcours citoyen ». Dans cette sortie, des élèves de plusieurs collèges du département ont été amenés à participer à un salon de la défense organisé le 17 octobre dans les locaux du conseil départemental de l’Eure à Évreux. On y apprend notamment que « les militaires du stand de l’armée avaient apporté un fusil d’assaut qu’ils ont fait tenir par les élèves qui pouvaient en outre faire semblant de tirer avec », puis que « sur une des photos du site de la DMD27 (Délégation militaire départementale 27) on voit d’ailleurs un militaire tendre un pistolet aux élèves. Les élèves pouvaient enfiler un gilet pare-balles ou porter un casque. »
Pas de doutes, le bruit des bottes est bel et bien là à l’Éducation nationale. Pas étonnant qu’un gouvernement qui prévoit de dépenser plus pour l’armée que pour l’école veuille relier les deux. Avec les classes Défense, le gouvernement veut préparer les esprits de la jeunesse à l’avenir de guerre qu’il entend lui réserver. Faire de la jeunesse de la « chair à canon », le même qui en fait de la « chair à patron » avec la réforme du bac de Blanquer, Parcoursup et la réforme des lycées professionnels.
