Une coalition à l’œuvre pour tenter de sauver Macron et Lecornu

Informations et point de vue de Jérôme Legavre, député LFI et militant du POI (communiqué).

Les députés PS Vallaud, Guedj et Faure à l'Assemblée nationale, le 12 novembre (photo Amaury Cornu /Hans Lucas via AFP)
Par Jérôme Legavre
Publié le 14 novembre 2025
Temps de lecture : 3 minutes

Le 8 novembre, l’Assemblée nationale s’est prononcée sur la partie recettes du projet de loi de financement de la sécurité sociale (PLFSS). Un texte dont tout le contenu est une attaque inédite contre la Sécu.

Les députés PS ont voté pour le texte. Sous les acclamations des soutiens du gouvernement (députés EPR, MODEM, Horizons), auxquels ils ont joint leurs votes.

LFI a évidemment voté contre.

Le RN, qui voulait initialement s’abstenir, a voté contre.

Quant à la majorité des députés PCF, Europe Écologie-Les Verts, ils ont choisi de s’abstenir (1). De même que les députés LR. L’orateur du PCF Yannick Monnet (qui a par ailleurs personnellement voté pour le texte) a expliqué que les débats devaient se poursuivre, ce qui revenait à dire : le texte ne doit pas être rejeté. Les macronistes qui comprenaient qu’ils étaient en train de sauver leur peau l’ont bruyamment ovationné.

Résultat de la manœuvre : par 176 voix contre 161, le vote « pour » l’a emporté.

Le texte du gouvernement a été adopté.

Les contorsions, les justifications toutes plus fumeuses les unes que les autres, en particulier des dirigeants PS, leurs tours de passe-passe n’y changeront rien : le PS a voté pour un texte gouvernemental qui ampute de 12 milliards le budget des hôpitaux, des Ehpad, de la protection sociale…

Ma collègue Marianne Maximi, députée LFI de Clermont-Ferrand, a eu une très bonne formule : « Nous avons été élus pour sauver la Sécu. Pas pour sauver Lecornu ». Car c’est bien de cela qu’il s’agit.

Contrairement à ce que disent Olivier Faure, Boris Vallaud, Jérôme Guedj notamment, le vote de la partie recettes du PLFSS ne permet pas la poursuite des débats : il permet à un gouvernement pourtant suspendu à un fil, archi-minoritaire et rejeté de se maintenir et de poursuivre sa politique.

Contre les travailleurs et la jeunesse. Une politique de marche à la guerre qui sabre dans tous les budgets pour la population mais où le budget de l’armée, le budget pour la guerre est en hausse constante et augmente cette année de 7 milliards. De la part, faut-il le rappeler, d’un gouvernement qui continue de soutenir Netanyahou et sa politique d’écrasement, d’anéantissement du peuple palestinien.

Une coalition, certes pas officielle, est à l’œuvre. Au service, dans les faits, d’une politique réactionnaire de bout en bout.

S’il fallait une preuve supplémentaire, elle a été apportée ce mercredi 12 novembre. Ce jour-là, le gouvernement a décidé de dégainer l’article 47-1 de la constitution (une réplique en quelque sorte du fameux 49-3). L’objectif : empêcher que le texte soit voté et potentiellement battu en première lecture à l’Assemblée nationale. C’est donc un PLFSS entérinant 12 milliards de coupes dans le budget de la Sécu qui part directement au sénat. Sans que le PS, pas plus d’ailleurs que LR, ne trouve quoi que ce soit à y redire…

C’est Jean-Pierre Farandou, le ministre du Travail, qui, quelques heures plus tôt, donnait le fin mot de l’histoire. Appelant à voter pour l’article négocié avec le PS sur la réforme des retraites (un décalage de quelques mois entérinant le cadre de la retraite à 64 ans et qui sera mécaniquement payé par des coupes dans d’autres prestations), le ministre expliquait en substance : nous avons besoin de cet article pour la stabilité du gouvernement et pour permettre la discussion avec les « partenaires sociaux ». Discussion, rappelons-le, qui remet à l’ordre du jour la retraite par points…

Si les dirigeants du PS croient que la population va se laisser abuser par les manœuvres en coulisses, par les combines négociées dans les couloirs, ils risquent de se tromper lourdement. Si cela comptait pour eux, ils sauraient que nombre de leurs adhérents, militants, sympathisants, qui ont d’ailleurs sincèrement fait la campagne du NFP en 2024 (sur une ligne radicalement opposée), sont aujourd’hui, pour beaucoup, partagés entre incrédulité, désolation, quand ce n’est pas colère. Et qu’en tout cas il ne s’en trouve pas beaucoup pour défendre la position de leurs « grands dirigeants »… En réalité, tous ceux qui, pour sauver leurs places (ce qu’ils appellent la « stabilité »), ont décidé de lier leur sort à ce gouvernement illégitime, risquent fort d’être impitoyablement rejetés.

Dans un pays de plus de 10 millions de pauvres, où les hôpitaux, les services publics sont à l’os, les mesures voulues par ce gouvernement, appuyées par leurs soutiens officiels ou masqués, sont désastreuses pour la grande majorité de la population

Près de 9 personnes sur 10 veulent le départ de Macron et de sa politique. Et quelles que soient les voies que cela empruntera, cette volonté ultra-majoritaire cherchera à s’imposer. C’est inévitable.

L’orientation constamment maintenue par LFI, de rupture, de refus des magouilles, donc de respect du mandat c’est-à-dire de la démocratie, est un point d’appui majeur sur cette voie.

 

(1) Dans le groupe des députés écolo, il y a eu un « pour », 17 abstentions et 8 « contre ». Dans le groupe GDR (PCF), il y a eu 3 « pour », 5 abstentions et 2 « contre » (à noter que 40 % des députés de ce groupe avaient choisi de ne pas être présents au moment du vote).