« Le vote de la nationalisation d’ArcelorMittal a remotivé les troupes ! »
Jeudi dernier, des centaines de salariés d’ArcelorMittal se sont rassemblés devant l’Assemblée nationale pour appuyer le vote de la proposition de loi LFI pour la nationalisation, qui a été adoptée. Depuis, la grève a éclaté à Dunkerque, raconte Gaëtan Lecocq, délégué CGT.
- Actualité politique et sociale

(Cette interview a été réalisée et publiée le 4 décembre par l’union départementale CGT du Nord, sur sa page Facebook. En voici de larges extraits.)
Nous sommes ici jeudi 4 décembre à Dunkerque, devant notre salle, la salle de la CGT, avec Gaëtan, des syndicats CGT à Arcelor. Jeudi dernier (27 novembre), ça fait donc une semaine, on a gagné à l’Assemblée nationale le principe de la nationalisation. Qu’est-ce que ça a donné dans la boîte ?
Gaëtan Lecocq : C’est une première victoire dans cette guerre qu’on mène depuis un an et demi contre l’homme d’affaires, M. Mittal, milliardaire. Et nous, avec nos petits bras à la CGT, on est en train de lui faire la misère. Ça a redonné l’espoir aux salariés, comme je l’avais annoncé (…), et voilà le résultat aujourd’hui.
C’est-à-dire ?
C’est-à-dire qu’on a eu la première réunion de NAO (négociation annuelle obligatoire) sur les salaires lundi (1er décembre). Déjà, quand on est arrivé à la direction, ils ne nous regardaient pas droit dans les yeux, parce que je pense qu’on est en train de les faire trembler, de les perturber, parce que cette nationalisation est historique.
Ils ont annoncé des négociations annuelles obligatoires avec des augmentations générales et des augmentations individuelles, pour résumer, de la m… Donc, ce qui s’est passé, c’est que dès le lundi soir, la mobilisation a commencé à démarrer, d’abord dans des secteurs très isolés.
Et là, on est arrivé à une situation où l’usine est quasiment à l’arrêt depuis lundi, avec une mobilisation historique, comme lors (du vote) du projet le projet de loi de jeudi dernier. On a des services où il y a 100 % de grévistes.
On est arrivé à une situation où la direction négocie avec nous pour que ça se passe bien, parce que c’est en train de partir dans tous les sens.
Nous, ce qu’on veut, c’est préserver notre petit travail. Ça fait des années, des années et des mois qu’on avertit la direction. On est arrivé une situation comme ce qui s’est passé les Gilets jaunes.
Et là, tu es en train de me dire qu’il y a quasiment un climat d’insurrection dans l’usine…
Exactement. Parce qu’officiellement, la CGT n’a pas appelé à la grève. On a redonné la parole aux travailleurs. On a dit : « donnez-nous vos revendications », même si on n’est pas toujours d’accord avec tout. Mais ce n’est pas grave. Nous, on les affiche, les revendications.
On a redonné aux salariés la parole. Parce que la CGT, c’est le syndicat des ouvriers, des travailleurs et des travailleuses.
Donc selon toi, ce vote (pour la nationalisation d’ArcelorMittal à l’Assemblée nationale), à la suite de tout un travail du syndicat CGT, de la fédération, c’est une étape qui a permis de renforcer les travailleurs dans le rapport de force vis-à-vis d’ArcelorMittal…
Ça a redonné l’espoir aux travailleurs. Ils étaient pessimistes, ils n’y croyaient plus.
Et ce vote, même s’il est symbolique, c’est qu’une étape, c’est que, comme je l’ai dit, c’est la victoire d’une bataille. Mais cette guerre, on ne l’a pas gagnée face à Mittal. Mais c’est une victoire qui a remotivé les troupes, les travailleurs et les travailleuses, pour dire que c’est possible d’avoir un avenir dans l’acier sur plusieurs décennies.
Moi, je suis la troisième génération de sidérurgiste dans ma famille. Je veux que demain, mes deux petites filles, ça soit la quatrième génération, tout simplement.
Nous, on ne demande pas d’être chômeur. Parce que les autres organisations syndicales, elles ont déjà signé (le PSE)1La direction d’ArcelorMittal entend supprimer des centaines d’emplois en France dans les tout prochains jours (Ndlr).. Mais là, elles sont dans la merde. Parce que là, 100 % de grévistes dans des services stratégiques comme l’aciérie…
Est-ce que la direction n’a pas souhaité s’appuyer sur ces syndicats qui ont signé ?
Oui, hier, ils ont envoyé leurs toutous sur le terrain, et puis ils se sont fait défoncer par les salariés. Nous, on peut aller sur le terrain, nous, on a le cul propre…
