La grève des enseignants se poursuit en Cisjordanie

La grève des enseignants de Cisjordanie dure depuis plus d’un mois et demi, mais le mouvement de protestation a débuté il y a plus de trois ans, contre la politique de l’Autorité palestinienne. Reportage de nos correspondants.

Grève des enseignants en 2022 contre la politique de l’Autorité palestinienne. Sur la pancarte : « Pour la dignité de l'enseignant, nous continuons ! » (photo DR).
Par Avec nos correspondant dans le nord de la Palestine
Publié le 6 décembre 2025
Temps de lecture : 3 minutes

La grève des enseignants de Cisjordanie dure depuis plus d’un mois et demi, mais le mouvement de protestation a débuté il y a plus de trois ans, contre la politique de l’Autorité palestinienne, qui ne parvient pas à faire des enseignants un instrument de sa propagande, provoquant une dégradation régulière des conditions de travail et des rémunérations.

Cette situation superposée à l’occupation militaire de la Cisjordanie par l’armée coloniale israélienne rend la vie des enseignants et de dizaines de milliers d’élèves littéralement insupportable.

D’un côté, la détermination des enseignants, qui ont constitué le Mouvement unifié des enseignants de Cisjordanie, fondé sur des assemblées d’enseignants pour défendre leurs revendications, et qui rejettent tout mandat de négociation au Syndicat général des enseignants de Cisjordanie (General Union of Palestinian teachers – GUPT) pour signer en leur nom.

En face, le syndicat officiel, lié à l’Autorité palestinienne, et qui a appelé, conjointement dans un même communiqué avec le ministère de l’Éducation, à la reprise du travail, en se réclamant de son affiliation à l’OLP, argument d’autorité rejeté par les enseignants, qui n’acceptent pas cette instrumentalisation.

Les salaires des enseignants sont versés à 50 % seulement, avec des arriérés de plusieurs mois et le ministère voudrait les faire travailler seulement trois jours par semaine. Les revendications centrales portent sur le paiement intégral et régulier des salaires, le respect d’accords antérieurs non appliqués, et le refus de pseudo-mesures comme le versement d’une prime unique de 500 shekels, considérée par de nombreux enseignants comme une manœuvre pour désamorcer la colère.

Le mouvement unifié des enseignants entend poursuivre la grève jusqu’à la satisfaction des revendications 

Cette prime, qui est passée à 700 shekels, sera versée à partir du « Fonds de solidarité » des enseignants, c’est-à-dire d’économies que les enseignants ont accumulées au fil des ans, qui sont sous le contrôle du ministère de l’Éducation, mesure par conséquent doublement rejetée par les enseignants grévistes, qui voient l’argent couler à flots dans certains secteurs de l’Autorité palestinienne, et qui exigent le paiement de leurs salaires avec tous les arriérés.

La GUPT considère que cet accord sur les 700 shekels justifie la suspension de la grève. Le Mouvement unifié entend la poursuivre jusqu’à la satisfaction des revendications. Les enseignants grévistes ont multiplié les appels à la solidarité internationale, qui restent la plupart du temps lettre morte en raison des relations entretenues entre les centrales syndicales et la confédération des syndicats palestiniens, liée à l’Autorité palestinienne (Palestinian General Federation of Trade Unions – PGFTU) qui de son côté active ses réseaux pour empêcher toute expression de solidarité.

Répression de l’Autorité palestinienne 

L’Autorité palestinienne, qui a d’ores et déjà licencié plusieurs dizaines de grévistes, les remplaçant par des employés sans aucune qualification pour enseigner, dénonce les leaders de la grève comme étant membres du Hamas, ouvrant ainsi la porte à la répression de l’armée israélienne d’occupation !

À ce jour le Mouvement des enseignants a reçu une motion de soutien de la Fnec-FP-FO en France, de quatre syndicats d’enseignants au Brésil, du Syndicat national des travailleurs de l’éducation et du Syndicat autonome des travailleurs de la formation et de l’éducation d’Algérie.

Retrouver le reportage publié sur notre site le 21 novembre

« De nombreux enseignants ne peuvent plus subvenir à leurs besoins »

Message de Cisjordanie : « Je m’appelle Asil, je suis enseignante en Palestine. Aujourd’hui, je m’adresse aux syndicats des enseignants en Europe et dans le monde et à toutes les organisations qui peuvent soutenir ou se préoccuper des droits des enseignants afin de faire face aux défis urgents auxquels les enseignants sont confrontés en raison de la grève en cours, des réductions salariales et de la grave crise économique qui affecte nos vies et notre capacité à continuer d’enseigner dans la dignité. (…)

De nombreux enseignants ne peuvent plus subvenir à leurs besoins fondamentaux, tels que la nourriture, les transports, le loyer ou les frais médicaux. La grève actuelle n’est pas un choix pris à la légère, c’est une réponse à une année d’engagements non tenus, de paiements instables et d’absence de structure salariale claire et équitable qui respecte le rôle essentiel que jouent les enseignants dans la société.

Les enseignants ne demandent rien de plus que leurs droits fondamentaux.

[Ils demandent] des salaires réguliers et complets, une stabilité financière et un niveau de vie digne qui leur permette de se concentrer sur l’éducation de leurs élèves.

La situation a profondément affecté le processus éducatif. Les enseignants veulent retourner dans leurs classes, mais ils veulent également s’assurer que la profession reste viable, non seulement pour eux, mais aussi pour les futures générations d’éducateurs.

J’appelle les syndicats des enseignants en Europe, ainsi que toute organisation régionale ou internationale qui défend les droits des travailleurs et la justice éducative, à soutenir les efforts visant à protéger les droits des enseignants, à stabiliser leurs revenus et à contribuer à améliorer les conditions économiques et sociales générales qui ont un impact direct sur le système éducatif ici en Palestine.

Un système éducatif solide ne peut exister et n’existera pas sans des enseignants qui se sentent en sécurité, valorisés et respectés. Nous ne demandons pas le luxe, mais seulement l’équité, la stabilité et la possibilité de continuer à servir nos élèves avec espoir et dignité. »