Collectif Inclusion 93 > Des conditions inacceptables de scolarisation des enfants porteur de handicap

Le collectif Inclusion 93 appelait à un rassemblement à la préfecture de Bobigny, le 3 décembre. Il a été reçu en audience. Reportage de notre correspondant.

Lors du rassemblement, devant la préfecture de Seine-Saint-Denis, le 3 décembre. (Correspondant)
Par correspondant
Publié le 10 décembre 2025
Temps de lecture : 4 minutes

Mercredi 3 décembre, à l’appel du « Collectif Inclusion 93 » constitué il y a plusieurs semaines et composé notamment de la FCPE 93, de plusieurs associations de parents d’élèves en situation de handicap, du syndicat FO des instituteurs et AESH (Snudi FO 93), du syndicat FO des infirmières scolaires (SNFOIEN 93), du syndicat des avocats de France (SAF), du député LFI Jérôme Legavre, a pris l’initiative d’un rassemblement avec demande d’audience à la préfecture de Seine-Saint-Denis pour dénoncer les conditions inacceptables de scolarisation des enfants en situation de handicap. Plus de 100 personnes se sont rassemblées pour appuyer l’initiative, avec entre autres de nombreuses AESH, des parents, des enseignants, mais aussi des élus de la FI et du PCF, les syndicats de la FSU, SNUipp et SNES et le syndicat FO des enseignants des collèges et lycées (SNFOLC 93). Nombreux y ont pris la parole.

Le rassemblement a obtenu qu’une délégation du collectif soit reçue en audience par une représentante de l’Inspection académique, une représente de l’Agence régionale de Santé et un représentant de la préfecture. Celle-ci donnera lieu à des suites. Nous y reviendrons.

Voici trois extraits d’interventions faites au cours du rassemblement.

« Ce n’est que le début, un combat s’engage ! »

  • Intervention de Hugues Emmerich, secrétaire du Snudi FO 93, syndicat des instituteurs et AESH de Seine-Saint-Denis

« À l’heure d’une propagande guerrière qui voit le budget des armées dépasser celui de l’Éducation Nationale, l’État se désengage et rogne sur tous nos services publics. À l’heure où dans les hôpitaux, déjà on trie les malades par souci d’économies et déjà on forme les infirmières au tri de guerre. À l’heure où à l’Éducation Nationale, quand on supprime des classes par milliers, on crée des classes défenses pour embrigader la jeunesse dans la guerre et ses morts par milliers. (…) Au nom des économies de guerre, l’État se désengage et ment ouvertement. L’État laisse les AESH dans la misère en leur refusant un vrai statut, un vrai salaire. Il annonce vouloir en recruter, mais fait tout, absolument tout pour les décourager. L’État mutualise les moyens, c’est-à-dire calme les colères avec quelques miettes. Avec les PIAL (pôles inclusifs d’accompagnement localisés), on regroupe les élèves en situation de handicap, on triture les emplois du temps des AESH, on les balade, on méprise le sens même de leur métier. On culpabilise les enseignants s’ils n’arrivent pas à gérer seuls, on fait patienter les parents, on négocie, on marchande des bouts d’heures d’accompagnement avec AESH, on rogne sur les notifications MDPH. (…) On liquide les Établissements sociaux et médico-sociaux, on liquide l’enseignement spécialisé. Et au bout de tous ces mensonges, de ces duperies, tous ; élèves, parents, AESH, enseignants, infirmières, psychologues, tous nous subissons les souffrances et les sacrifices. (…) Ce n’est que le début, aujourd’hui un combat s’engage, dans l’unité, aujourd’hui avec le Collectif Inclusion 93, demain dans toute la France ».

 

« Il est hors de question de laisser continuer et c’est la raison pour laquelle je soutiens totalement l’action du collectif »

  • Jérôme Legavre, député LFI et militant POI

« Il y a trop de gens qui sont tout simplement en mode survie, qui sont seuls, qui sont isolés. On nous parle d’inclusion mais la réalité c’est l’inverse. La réalité c’est l’exclusion. La réalité c’est la discrimination et c’est et ce sont les politiques mises en œuvre par les gouvernements successifs et tout particulièrement par celui-là qui sont responsables de cette situation. Alors, je l’ai dit, il y en a trop qui sont en mode survie, il y en a trop qui se débattent seul face à cette situation insupportable. Alors, il est hors de question de laisser continuer et c’est la raison pour laquelle moi je soutiens totalement avec mes collègues députés de la France insoumise du département, et on sait qu’on n’est pas les seuls, l’action du collectif qui a été constitué à Clichy-sous-Bois. C’était il y a quelques mois maintenant et je souhaite que ce collectif prenne maintenant une ampleur départementale et qu’on œuvre tous à élargir au maximum cette bataille. »

 

« Je leur expliqué que ça ne pouvait pas être acceptable qu’on doive encore se battre »

  • Soreya, maman d’élève, à la sortie de l’audience en préfecture.

« J’ai expliqué que pour nous parents d’enfants porteurs de handicap c’est déjà très difficile d’accepter le diagnostic. Que pour nous, mères, je parle pour nous les femmes, accepter que notre enfant est différent, qu’il est autiste, trisomique, etc., ça met déjà du temps pour que ça émerge dans notre cerveau. Ensuite il faut aussi que ça émerge aussi chez le conjoint… s’il est resté…

Une fois qu’on a accepté, il faut faire un dossier MDPH. On part dans un nouveau combat.

Et quand on croit qu’on a gagné parce que notre enfant est notifié… en fait c’est que le début.

Parce qu’il faut se battre, il faut aller au tribunal, pour avoir une AESH, pour avoir une place en ULIS, pour avoir une place en IME… et en fait on se rend compte qu’avaler le diagnostic au début… ce que je croyais être une montagne… n’était en fait qu’un grain de riz dans mon histoire.

Donc ce que je leur ai expliqué que pour nous ça ne pouvait pas être acceptable qu’une fois qu’on a notre notification on doive encore se battre… et que ce combat soit encore plus long et encore plus difficile.

Parce que se battre contre les institutions ça demande de la force… ça demande d’oser aller au tribunal, d’avoir la force d’affronter ce sentiment d’attaquer l’État… alors qu’on n’est pas dans ce combat nous au départ… on veut juste avoir des professionnels de santé, des orthophonistes, des psychomotriciens… être aidé pour pouvoir les financer… et ne serait que d’en disposer.

Il y a des parents qui font une heure, 2 heures de trajet pour 30 minutes de séance. Et ça prend du temps de se rendre compte que le travail de l’orthophoniste fonctionne. Donc il y a des familles qui font ça pendant des années… à essayer que leur enfant devienne verbal, que ça améliore sa dyslexie, sa dyspraxie…

Moi ce que je veux c’est que l’Éducation nationale prenne ses responsabilités et qu’on n’ait pas à se battre pour faire scolariser nos enfants. Nos enfants sont comme tous les autres. Certes ils sont porteurs de handicap. Mais ils ont autant de droits que les autres. Ils doivent être acceptés par la société. Et ils font partie de la société d’ailleurs. Que la société l’accepte ou pas, ils font partie de la société.

Aujourd’hui on a quand même été reçus. On a eu des gens à l’écoute et qui ont eu enfin la réalité du terrain. Ils nous annoncent des chiffres du type 92 % des notifications d’AESH honorées… mais c’est complètement faux. Dans toutes les écoles du département, dans le meilleur des cas c’est 60 %. À partir du moment où ils vous donnent une heure ils considèrent que l’enfant notifié est accompagné alors qu’en fait il est notifié 20 heures…

Donc on leur a montré que leurs chiffres ne correspondent pas du tout à la réalité du terrain. (…) Aujourd’hui on n’a pas encore apporté de solution. Alors je pense que le mouvement doit s’élargir, il doit grandir. Il concerne beaucoup trop de monde »