Palestine : manifestation historique dans les territoires de 48

Plus de 150 000 personnes se sont rassemblées dans les rues de Sakhnin, jeudi 22 janvier. C’est la plus grande manifestation à l’intérieur des territoires dits de 1948 (État d’Israël) depuis plus de 10 ans.

Manifestation à Sakhnin dans les territoires de 48, le 22 janvier (photo correspondant).
Par François Lazar
Publié le 31 janvier 2026
Temps de lecture : 2 minutes

Jeudi 22 janvier, la mobilisation a pris une dimension nationale. Plus de 150 000 personnes se sont rassemblées dans les rues de Sakhnin pour une marche de protestation contre ce qu’elles décrivent comme la « passivité des forces de l’ordre face à la violence criminelle qui s’en prend à la communauté arabe » et « l’indifférence des autorités envers les vies arabes ».

Depuis des mois les Palestiniens de l’intérieur, de citoyenneté israélienne, se mobilisent contre l’essor de la criminalité au sein de la société.

Mi-janvier 2026 un appel à grève générale a été lancé à Sakhnin par le « Haut comité de suivi des intérêts arabes en Israël », dénonçant la « montée spectaculaire de la violence criminelle, des meurtres, des exactions et de l’extorsion ».

Les commerces, écoles et services publics ont été fermés pendant plusieurs jours, marquant une rupture avec les formes de protestation habituelles et traduisant un ras-le-bol populaire sans précédent.

Beaucoup de jeunes

Les manifestants, parmi lesquels se trouvaient beaucoup de jeunes, brandissaient des pancartes, ont scandé des slogans et ont raconté leur vécu quotidien fait de tirs sur des commerces ou des domiciles, de menaces, d’extorsions et de rackets, situations qui ne reçoivent pas l’attention ni les moyens nécessaires pour être combattus.

La police israélienne, selon l’ONG Adalah et les organisateurs de la marche, avait initialement autorisé l’événement mais a ensuite tenté de restreindre l’accès à certains lieux clés, notamment le carrefour proche du poste de police de Migdal Haemek, estimant manquer de personnel pour sécuriser la manifestation.

À l’issue de la manifestation, le bâtiment du Haut comité où se trouvaient les dirigeants des organisations arabes a été envahi par les manifestants, ces derniers exigeant l’unité dans le cadre de la préparation des prochaines élections législatives israéliennes.

Sur le plan politique, ces manifestations dénoncent les discriminations structurelles et l’état d’apartheid à l’encontre des « citoyens » arabes. Pour le parti palestinien Balad (acronyme de Rassemblement démocratique national) : « cette grève confirme que notre communauté est capable de transformer la douleur en force et la protestation en un combat efficace ». Balad parle de politique de « négligence délibérée, d’inaction et même de complicité avec les gangs criminels ».

Selon ce parti, la lutte contre la criminalité ne peut donc être réduite à une simple question policière, mais constitue « une lutte politique par excellence » et doit se traduire par « une action politique organisée sur le terrain », fondée sur une véritable unité entre forces politiques, instances dirigeantes et population.

Les organisations palestiniennes de l’intérieur, rejointes par des militants et associations juives appellent à manifester samedi 31 janvier à Tel-Aviv. Des dizaines de milliers de participants sont attendus.

Déjà cet été la ville de Sakhnin faisait partie des villes très mobilisées (voir Informations ouvrières, n°869) : « Ces dernières semaines (juillet 2025, Ndlr), la mobilisation populaire palestinienne a connu un essor remarquable, en particulier dans les territoires de 1948 (Israël) et en Cisjordanie occupée. Tous les signes indiquent que cette dynamique continuera à croître, avec la possibilité d’aboutir à une insurrection populaire plus large, capable de faire reculer les politiques brutales d’Israël envers les Palestiniens sur l’ensemble du territoire. »  Écrivait le militant palestinien Awad Abdelfattah, le 6 août dernier.