Russie/UKraine : Que doit faire l’opposition de gauche antiguerre ?
Après quatre ans de guerre, des Russes et des Ukrainiens, réfugiés, en France ou dans d’autres pays, se sont réunis pour échanger, à l’initiative de la « Gauche Post-soviétique » et de « La Paix par en bas ». En voici quelques échos.
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| Après quatre ans de guerre, des Russes et des Ukrainiens, réfugiés, en France ou dans d’autres pays, se sont réunis pour échanger, à l’initiative de la « Gauche Post-soviétique » et de « La Paix par en bas ». En voici quelques échos. |
Andreï (Russe) : Les avancées militaires sur le front sont microscopiques. De plus en plus, l’objectif de chaque camp n’est plus de gagner, mais de détruire et d’infliger le plus de morts en face. Du fait de la propagande, il est difficile d’avoir des chiffres mais il est question de 380 000 tués côté russe, ou d’au moins 200 000 morts et disparus. Le chiffre est à peine plus faible côté ukrainien. Il y a des désertions des deux côtés.
Chaque camp tente de détruire les infrastructures de l’autre camp. Les dirigeants de l’Ukraine misent sur l’espoir que l’économie russe ne tienne pas. Mais si on écoute les économistes, l’économie russe peut fonctionner pendant trois à cinq ans.
Du côté ukrainien, début 2026 il était établi que le PIB ne régressait pas en lien avec les « aides » occidentales. Mais si ces aides doivent être remboursées par la suite cela absorbera 50 % du budget de l’Ukraine. Comment dans ces conditions parler de souveraineté. Le gouvernement Zelensky va couper de nombreux droits dans le Code du travail. Ce qui démontre que la guerre c’est toujours une attaque contre les droits des travailleurs.
Les USA tentent de contraindre les deux parties à un deal. S’il y a des avancées diplomatiques à Genève dans les discussions, il n’y a pas d’avancées sur le plan militaire. Il n’y a pas de perspective d’accord. Que doit faire l’opposition de gauche anti-guerre, en particulier dans l’immigration, devant un pouvoir russe fascistoïde ?
B. (déserteur russe) : En Russie, les ressources humaines en soldats ne parviennent plus à remplacer les pertes. C’est pour cela qu’ils développent des règles restrictives pour les étudiants. Il y a durcissement des conditions d’études, en particulier pour les dettes des étudiants et les accords pour des cré-dits. Sauf si l’étudiant s’engage dans l’armée.
Alexeï (Russe) : Chaque mois, du côté russe, l’armée perd 30 000 hommes, les morts, les disparus, et aussi ceux qui rompent leurs contrats ou désertent. Jusqu’ici le recrutement arrivait à s’imposer au moyen de contrats commerciaux. Le soldat touche 2 500 euros par mois, quand il s’engage l’ é tat lui verse 50 000 euros. Quand un soldat est tué au front, l’ é tat verse à la famille 180 000 euros.
Le blocage de Telegram soulève beaucoup de mécontentements, et en particulier chez les militaires. Donc c’est coûteux pour le pouvoir. Mais on peut dire que ce pouvoir, en coupant Telegram, anticipe les mécontentements.
Nous rentrons en Russie dans une nouvelle phase de la guerre où la mobilisation contrainte sera la base du dispositif. Il est question au total de 100 000-120 000 déserteurs côté russe. Du côté ukrainien, plus de 250 000, mais aujourd’hui c’est sans doute plus difficile pour les Ukrainiens de déserter.
Les déserteurs russes peuvent subir la torture et des exactions. Les désertions en Russie se produisent plutôt quand le soldat est en permission ou à l’hôpital. Jusqu’en 2022 il y avait peu de désertions mais depuis il y a une augmentation importante. La désertion est le point vulnérable du dispositif militaire russe.
Et le gouvernement estonien propose d’interdire aux déserteurs russes de venir en Europe. Tout cela prouve bien que les gouvernements occidentaux n’agissent pas contre Poutine, mais contre la population russe. Notre responsabilité c’est d’organiser une campagne d’aide aux déserteurs.
Andreï : Il faut y inclure des organisations sympathisantes. C’est im-portant que des députés s’intéressent à la situation des réfugiés russes et aux centres d’accueil. Il faut convaincre que c’est la voie qui pourrait aboutir à la fin de cette guerre.
Alexeï : Si une force exige de traiter les déserteurs comme des êtres humains, cette force acquerra une confiance. Cette campagne pourrait créer un pôle international, comme nous avons commencé à le faire les 4 et 5 octobre.
D. (Russe) : La population russe, au départ, pense que nous sommes un même peuple, mais la propagande, et l’absence d’une voix pour la vérité font que les gens se tournent vers la guerre car ils ont des proches qui sont tués. Cela creuse l’écart entre nos deux peuples.
V. (Ukrainien) : J’aime l’idée d’une campagne pour soutenir les déserteurs. Comment supprimer les obstacles, au moment où les pays en Europe se demandent quoi faire des réfugiés ? Les centres d’accueil pour les Ukrainiens en France sont en train de fermer. Les ressources consacrées aux réfugiés sont très insuffisantes. Si nous pouvons répondre à la question de l’accueil, cela aiderait beau-coup. Comment casser le discours du nationalisme ukrainien ?
Le meeting à Londres est important si ce n’est pas seulement une discussion, mais qu’il aide à formuler des propositions concrètes.
Liza (Russe) : Je veux soutenir cette campagne, en partant de loin. Pour nous, Russes, les Ukrainiens sont des frères. Mais la propagande de Poutine voudrait que la défense de la Russie passe par la conquête de territoires. Et cela devrait conduire tous les opposants à se taire.
Mais la répression augmente, le mécontentement augmente aussi, et pour l’armée il n’y a pas assez de recrutement. Une loi est passée le 17 février qui permet au FSB de débrancher internet, et de bloquer les messageries. Cela empêchera chacun de recevoir des infos, renforcera l’isolement et favorisera la propagande. Seules les forces proguerre pourront parler.
Mener une campagne en faveur des déserteurs, les aider à avoir des papiers, nous aiderait à avoir une voie alternative depuis l’occident. C’est une proposition pour tous ceux qui veulent que la guerre s’arrête.
Les gouvernements actuels en Europe, s’opposent à ces mesures. Cette campagne est un point de rassemblement pour la gauche antiguerre. Demander la reconnaissance de la désertion comme un acte civique permet de nous extraire des solutions que met en avant l’occident. Il faut commencer cette campagne en s’adressant aux populations les plus pauvres.
A. M. (Russe) : Ok pour une campagne en faveur des déserteurs. Mais est-ce que le régime répressif restera ? Aujourd’hui en Russie, défendre les LGBT, c’est être réprimé pour extrémisme, surtout depuis la guerre.
Nous essayons de les aider à s’extraire de Russie car ils sont en danger.
Liza : Qu’est-ce qui empêche les soldats de déserter ?
B. : La répression. Avoir peur pour sa vie et ne pas savoir quoi faire après.
Alexeï : Aujourd’hui, ceux qui meurent dans les tranchées voient bien les questions sociales qui les séparent des leaders russes qui sont liés à l’occident. Et aujourd’hui la Russie est face à l’Otan. Ces libéraux ou prolibéraux se tournent encore plus vers l’occident. Ils se tournent vers ceux qui appellent à développer les économies de guerre en Occident pour mettre la Russie à genoux. Mais en fait cela veut dire mettre les Russes à genoux.
Dans ces tractations il n’y a pas d’issue qui soit humaine. Comment devenir une force ? Il faut créer une campagne qui s’adresse aux gens qui sont dans les tranchées. Une campagne avec des opposants à la guerre qui ne soient pas pro-occidentaux.
D. (Russe) : Aujourd’hui, il y a une puissante machine de propagande en Russie qui dit : l’Ukraine avec l’Occident se bat contre nous. Notre tâche est de montrer que notre perspective de gauche n’est pas la même que celle que veulent les pays européens et Zelensky.
Alexeï : Je propose à tous que nous mettions en place un comité de préparation de Londres.
Z. (Ukrainienne) : Concernant la désertion, je ne vois rien de mauvais dans une campagne d’aide aux déserteurs, vu la mobilisation forcée, et que les recrutés n’ont pas la possibilité de refuser d’aller au front.
Personne n’a le droit à une solution alternative, sauf pour les handicapés qui peuvent être utilisés comme pilotes de drones
Nous sommes en train de perdre l’avenir par ce qui est imposé à la jeune génération.
A. M. : Je suis d’accord : non à Poutine, mais nous ne sommes pas pour l’Otan, ni pour l’ultra-libéralisme et les thérapies de choc.
Andreï : Il ressort de notre discussion trois propositions :
– pour affaiblir l’armée : une campagne de soutien aux déserteurs. Une campagne pour faciliter les mesures et dispositions pour qu’ils soient accueillis ;
– lutter contre la militarisation qui n’apporte rien, sinon des coupes sociales, et celles-ci frappent d’abord les immigrés ;
– développer l’interaction entre Russes et Ukrainiens anti guerre pour contrer le développement de l a haine et interagir ensemble pour la défense des droits, pour le soutien social. Il faut former une sorte de communauté qui a pour but de reconstruire une société de paix.
