Rejet, refus et rupture

Le premier tour des élections municipales ce 15 mars a été marqué tout à la fois par une forte abstention et une percée de LFI. La situation qui s’ouvre, si elle soulève un espoir légitime, comporte également des risques terribles à venir, à commencer par la marche à la guerre.

Bureau de vote, à Lyon, le 15 mars 2026. (AFP)
Par la rédaction d'IO
Publié le 19 mars 2026
Temps de lecture : 4 minutes

Au soir du premier tour des élections municipales, marqué par une forte abstention, la mine déconfite d’à peu près tous les éditorialistes sur les plateaux de télévision, combinée aux aveux de la diabolisation de la France insoumise (LFI) qui n’a pas produit les effets escomptés, en disent long sur l’inquiétude qui étreint les sommets du pouvoir.

Le journal Le Figaro a publié dans son édition numérique du 16 mars un article du constitutionnaliste Benjamin Morel intitulé : « Le premier tour des élections municipales est une victoire pour LFI ». La plupart des chroniqueurs, à contrecœur, l’ont effectivement reconnu.

C’est un fait : en dépit des campagnes odieuses et calomniatrices de fausses accusations d’antisémitisme orchestrées par les médias et l’appareil d’État ; en dépit de la trahison du Parti socialiste (PS), des atermoiements des Verts, qui permettent à Macron, pourtant ultra-minoritaire, de rester en place ; en dépit des acceptations assumées des dirigeants des principales centrales syndicales ; la classe ouvrière et la population laborieuse ont exprimé, même sur ce terrain électoral peu favorable puisque cadré par les institutions de la Ve République et les tripatouillages qui vont avec, leur disponibilité totale à la mobilisation pour le soutien à la Palestine, contre la guerre en Iran, pour contrer la réaction la plus noire, pour toutes les revendications et pour la rupture complète.

Celles et ceux qui ont prêté leur concours, direct ou indirect, ou qui, par la force de l’habitude et bercée par des décennies de routine à  ronronner » dans leurs bureaux, qui ont regardé ailleurs quand la campagne de haine, de mensonges et de violences s’est abattue – et continue de s’abattre – sur LFI, seraient bien inspirés d’en tenir compte. Quand la moindre déclaration, les faits et gestes de militants, de syndicalistes sont grossièrement transformés au point de se retrouver accusés et traînés en justice, finiront-ils par se rendre compte que la réalité n’est pas celle des plateaux télé et encore moins celle dont ils rêvent ? Le mieux serait qu’ils le comprennent. Surtout pour eux. D’autant que la situation qui s’ouvre au lendemain de ce premier tour, si elle soulève à juste titre un espoir légitime, comporte également des risques terribles à venir, à commencer par la marche à la guerre qui se développe sur tous les continents et qui est déjà là au Moyen-Orient.

Le rejet, le refus, la volonté de rupture sont aussi la marque de la situation. Il est possible et nécessaire de s’unir, de s’organiser méthodiquement en utilisant tous les points d’appui pour permettre de gagner.

 

Les raisons d’une abstention historique

Mis à part le cas exceptionnel du scrutin de 2020, intervenu en pleine pandémie de Covid, le taux d’abstention au premier tour de ces élections municipales – presque 43 % ce 15 mars – est le plus élevé depuis 1945 : c’est plus de deux fois plus qu’aux municipales de 1977, et 15 points au-dessus de la moyenne entre 1959 et 2014 !

Comment ne pas y voir le résultat des trahisons successives du PS, du PCF et des Verts qui se sont assis depuis des décennies sur leurs programmes aussitôt élus ? Tous les budgets de l’État de ces dernières années, par exemple, ont été passés par le pouvoir macroniste à coups de 49.3, avec l’aval du PS qui refuse de voter la censure. Alors, beaucoup d’électeurs, notamment les jeunes ou dans les quartiers populaires, se disent : on vote, et finalement rien ne change.

Ajoutons que les prérogatives des communes ont été sabrées par les gouvernements successifs au profit des intercommunalités. Elles ont été conçues pour être des instruments du recul des services publics ; leurs dirigeants ne sont pas élus directement par la population. Beaucoup de choses s’y décident, sans que l’électeur n’y puisse grand-chose, au mépris de la démocratie.

Dans ce contexte, la percée incontestable de la France insoumise à ces municipales n’est est plus que remarquable et significative.

Y. L.

 

Des accords PS et LFI au 2nd tour contre la consigne du PS

Au lendemain du premier tour, plusieurs accords se sont dégagés entre LFI et le PS, en rupture avec les consignes de Glucksmann, Hollande et d’une certaine manière Faure. C’est le cas notamment à Nantes, Toulouse, Nantes, Clermont-Ferrand, Brest, Limoges ou encore Avignon.

À Nantes, Johanna Rolland (PS) signe un accord avec LFI en échange de dix postes en cas de victoire. L’équipe de la maire sortante, au coude à coude avec la liste d’union de la droite et du centre, a successivement tendu la main aux insoumis, au centriste Mounir Belhamiti, et à Margot Medkour. Pour finalement sceller un accord avec William Aucant, chef de file de la France insoumise. Qui raflera dix sièges, dont cinq à la Métropole, en cas de victoire. Rappel : Johanna Rolland est la numéro deux du Parti socialiste (PS). Le 7 décembre 2025, elle déclarait : « Vous le savez, je l’ai dit, il n’y aura pas d’accord avec la France insoumise. » Pas si simple pour le PS…

Réagissant à un sondage qui donnait le candidat LFI Damien Maudet devant le PS à plus de 20 %, Raphaël Glucksmann a déclaré : « Il n’existe pas de monde où LFI serait devant le PS à Limoges. » Résultat du premier tour : – LFI 24,86 % – PS-PC-Place publique : 16,92 %. Sur Franceinfo le 16 mars, Glucksmann persiste à nier la réalité : « Il n’y a pas de percée insoumise, c’est un récit imposé, repris par des journalistes paresseux et intériorisé par des responsables politiques de gauche fatigués. Non, il n’y a pas de vent insoumis qui souffle sur ce pays. Nous n’avons aucune raison d’avoir peur. Nous avons gagné ce premier tour à gauche (…). Vous avez vu ce qu’a fait Benoît Payan à Marseille ? Vous avez vu le courage et la clairvoyance que cela suppose ? »

Il y a également des accords entre Les Écologistes et la France insoumise, notamment à Lyon, Strasbourg, Tours, Poitiers, Grenoble, Metz, Colombes. à Besançon, la maire sortante écologiste, arrivée deuxième derrière un candidat de droite, s’allie à LFI et à la liste conduite par Séverine Véziès (10,90 %) pour « battre la droite ». à Lille, le candidat écolo s’allie avec le PS contre LFI… et contre la décision de sa section ! « à Lille, la “démocratie interne” façon Tondelier a parlé. Lors de la consultation écolo, 26 voix pour l’accord avec LFI. 24 voix pour l’accord avec le PS. à la fin, c’est avec le PS que l’état-major EELV signe. Pensée pour les militants écolos de rupture qui veulent une autre politique à Lille. Au second tour, elle est possible. Votez Lahouaria Addouche le 22 mars prochain pour tout changer » (compte X du député insoumis Paul Vannier).

M. S.

 

Le PS s’allie avec la droite à Strasbourg

L a socialiste Catherine Trautmann, arrivée en tête au premier tour, et Pierre Jakubowicz d’Horizons, 5,1 % des voix s’allient à Strasbourg au second tour. Face à eux, la maire sortante Jeanne Barseghian (Les Écologistes), arrivée en troisième position du scrutin avec 19,72 % des voix, a annoncé lundi 16 mars une alliance et une fusion de listes avec celle de Florian Kobryn (LFI), qui a obtenu 12,03 % des suffrages.