Afrique : une conférence contre la guerre et l’impérialisme, pour la souveraineté des peuples

Appelée par des militants politiques et des syndicalistes de 15 pays sur le continent africain, une conférence continentale en ligne s’est tenue le samedi 11 avril 2026. Extraits

Dans une manifestation contre la guerre au Moyen-Orient à Johannesburg, le 17 avril. « Pas de charbon d’Afrique du Sud pour les génocidaires israéliens. » (DR)
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Publié le 27 avril 2026
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Appelée par des militants politiques et des syndicalistes de 15 pays sur le continent africain, une conférence continentale en ligne contre la guerre, contre l’ingérence impérialiste et pour la souveraineté des peuples d’Afrique s’est tenue le samedi 11 avril 2026. Nous reproduisons ci-contre des extraits de l’introduction qui y a été faite, de quelques interventions et des conclusions.

« Défense de l’intégrité des nations et des peuples africains »

  • Introduction à la conférence africaine par Louisa Hanoune, secrétaire générale du Parti des travailleurs d’Algérie (extraits)

Cette rencontre constitue une étape préparatoire à une conférence africaine plus large, en présentiel, qui pourrait se tenir avant la fin de l’année dans un pays encore à déterminer. (…) 

La guerre génocidaire sioniste se poursuit à Gaza depuis deux ans et demi, transformant ce territoire en ghetto de la mort, tout en s’étendant à la Cisjordanie dans le cadre d’un plan expansionniste ethnique visant à démembrer la région. Le Liban est lui aussi ravagé par des bombardements ininterrompus depuis deux ans et demi.

(…) L’armée américaine a également bombardé le Nigeria sous prétexte de lutte contre le terrorisme, visant en réalité les terres rares du pays. Trump s’est par ailleurs emparé des terres rares du Congo démocratique, sous couvert d’une médiation présentée comme un accord de paix avec le Rwanda, qui agresse militairement le Congo à travers le M23. Partout, c’est la même logique : la mainmise et le vol des richesses minières.

Le 28 février dernier, un nouveau cap a été franchi avec le déclenchement de la guerre américano-sioniste contre l’Iran, entraînant l’ensemble du Moyen-Orient dans une spirale infernale dont les répercussions se font sentir sur toute la planète (…) .

Notre conférence a donc pour objectif central la défense de l’intégrité des nations et des peuples africains, ainsi que de leurs richesses naturelles, directement convoitées par l’impérialisme. Il s’agit de mobiliser contre la guerre militaire, économique et sociale, en plaçant au centre la responsabilité des classes ouvrières et de leurs organisations – ce qui pose fondamentalement la question de la rupture avec l’impérialisme.

Cette rupture est déjà à l’ordre du jour sur notre continent, notamment dans les pays du Sahel. Au Burkina Faso, au Mali et au Niger, les bases militaires étrangères et les intérêts impérialistes ont été chassés par les peuples, le Niger représentant la pointe la plus avancée de cette dynamique de recouvrement de la souveraineté nationale. (…)

Le Soudan, riche de ressources pétrolières, minières, hydrauliques et agricoles considérables, est ravagé par une guerre monstrueuse dont tirent les ficelles des gouvernements au service de l’impérialisme, afin de préparer le terrain au pillage de ses richesses par des entreprises américaines. En Afrique du Nord, l’impérialisme instrumentalise la question sahraouie pour pousser à la confrontation entre peuples frères et imposer sa présence militaire dans la région. La Libye, dévastée depuis l’intervention de l’OTAN en 2011, reste divisée et son pétrole pillé. (…)

 

« Les dirigeants qui se succèdent (…) font la guerre à leur propre population pour l’exproprier »

  • Intervention de Kavuo Kyowene, présidente du mouvement citoyen Conscience nationale en action, République démocratique du Congo (RDC) (extraits)

Le grand problème de la RDC, c’est que nous sommes en guerre depuis l’État indépendant du Congo. Les dirigeants qui se succèdent changent de façade, mais ce sont des gens qui font la guerre à leur propre population pour l’exproprier. Depuis l’assassinat de Lumumba – décapité pour empêcher la formation d’un État-nation –, la lutte reste la même : il n’existe pas encore de véritable État-nation en RDC. L’impérialisme s’y oppose, et quiconque aspire à en construire un est voué à disparaître. Tous ceux qui accèdent au pouvoir sont des serviteurs de l’impérialisme

C’est pourquoi nos organisations de lutte fonctionnent dans une semi-clandestinité, car la peur est généralisée. Nous nous affichons sous l’étiquette de mouvement citoyen, ce qui est encore toléré. La sécurité n’a jamais été restaurée sur l’ensemble du territoire : elle varie d’une province à l’autre.

Quand on parle de 120 groupes armés en RDC, il faut distinguer les groupes de résistance des groupes d’oppression. Ces derniers comprennent notamment le M23 dans le Nord et le Sud-Kivu, les groupes Kodeco, Talituri, et ceux présentés comme des ADF (groupes armées, ndlr)  mais qui ne le sont pas réellement – tous soutenus par le Rwanda. Le bastion de la résistance est actuellement occupé ou placé sous état de siège, ce qui explique la léthargie apparente que l’on observe en ce moment au Congo.

 

« L’Afrique a les moyens d’arrêter la guerre »

  • Intervention de Phineas Manapela, Socialist Party of Azania (SOPA), Azanie (Afrique du Sud) (extraits)

Je pense que l’Afrique a en elle les moyens d’arrêter la guerre – si nous exerçons réellement notre pouvoir. Pour se poursuivre, la guerre a besoin de ressources, de matières premières. Et l’Afrique en est le principal fournisseur. Si nous cessons d’exporter ces matières premières vers les pays qui font la guerre, nous pouvons les contraindre à l’arrêter. Il faut donc pousser nos gouvernements et nos États à cesser d’exporter leurs minerais bruts vers ces pays belligérants.

En Azanie, nous avons déjà commencé à travailler dans ce sens, dans le cadre de la SAFTU (confédération syndicale, ndlr). Nous avons organisé des campagnes contre les pertes d’emplois et les fermetures d’usines, et nous avons identifié les entreprises qui approvisionnent les pays en guerre. Nous avons ainsi constaté que notre propre gouvernement fait preuve d’hypocrisie : d’un côté, il a porté plainte contre Israël devant les instances internationales ; de l’autre, il continue d’autoriser l’exportation de charbon vers Israël. Et pas seulement du charbon – Israël ne dispose d’aucune ressource propre et dépend de sociétés comme Anglo American pour ses approvisionnements en matières premières, qui sont ensuite transformées sur place. (…)

 

« Refuser la guerre, c’est refuser le système qui la produit »

  • Intervention de Hamlaoui Abdelaziz, UGTA, Béjaïa (Algérie) (extraits)

N ous exprimons également notre soutien à tous les peuples qui se battent pour leur souveraineté et leur dignité, et nous condamnons le génocide sioniste à Gaza ainsi que les bombardements contre le Liban et l’Iran. (…) Ce que nous vivons dépasse largement des conflits isolés ou des crises locales : c’est la continuité d’un système. L’impérialisme change de visage – hier sous le drapeau du colonialisme, aujourd’hui à travers les multinationales, la dette, les bases militaires et les alliances imposées. L’Afrique dispose de plus de 30 % des ressources minières mondiales – cobalt, uranium, or, pétrole, gaz – et pourtant ses populations restent pauvres, l’essentiel des profits étant capté par des multinationales étrangères.

Cette ingérence se manifeste aussi à travers les institutions financières internationales, qui imposent des politiques d’austérité, réduisent les dépenses sociales et privatisent le secteur public — engendrant l’affaiblissement des États, le chômage et la pauvreté. Les bases militaires étrangères, implantées sous prétexte de lutte contre le terrorisme ou de stabilité régionale, violent la souveraineté de nos pays et aggravent souvent la situation. L’ingérence politique des pays occidentaux, à travers les pressions diplomatiques et l’influence sur les processus électoraux, suit la même logique.

Nous le disons clairement : l’Afrique n’a pas besoin de tutelle, mais de partenariats respectueux. La véritable indépendance ne se décrète pas – elle se construit par la souveraineté économique, politique et culturelle. Pour y parvenir, il faut renforcer les organisations syndicales, ouvrir un dialogue sincère et respectueux avec l’ensemble des organisations syndicales et sociales dans chaque pays, aller vers la souveraineté économique, créer des zones d’échanges équitables et valoriser les institutions africaines. Refuser la guerre, c’est refuser le système qui la produit. Le droit des peuples à disposer d’eux-mêmes doit être notre boussole.

 

« Nous sommes en train d’organiser une rencontre de l’espace syndical africain »

  • Intervention d’Abou Issaka, (Niger) (extraits)

Nous sommes en train d’organiser une rencontre de l’espace syndical africain sur le thème de la contribution des syndicats africains à la souveraineté des États – véritable indépendance, défis et perspectives –, prévue du 13 au 15 mai prochain. Je voulais simplement vous le signaler.

Sur le fond, il faut dire la vérité : nous avons été victimes de beaucoup de manipulations entre nous, orchestrées par l’impérialisme. Aujourd’hui, le problème se situe aussi entre nous – dans nos familles politiques, dans la gouvernance de nos organisations. J’ai été député, et je sais comment se déroulent les élections dans nos systèmes politiques. Il en est de même dans le monde socioprofessionnel et syndical : les élections professionnelles se déroulent souvent dans des conditions imposées de l’extérieur par l’impérialisme français. Nous devons en être conscients et nous organiser en conséquence. Aujourd’hui au Niger nous sommes au stade de la rupture avec la dépendance économique et nous accompagnons cela. (…)

 

Parmi les conclusions apportées par Louisa Hanoune du Parti des travailleurs d’Algérie 

Les comptes rendus de cette conférence seront mis en forme, largement diffusés et utilisés comme bulletins d’information  (…) . Il faut que notre travail ne reste pas au niveau des discussions entre nous – il doit se traduire sur le terrain, à travers des campagnes, en lien avec nos camarades en Europe et sur le continent américain lorsqu’ils préparent leurs actions communes. (…) 

Le temps qui nous était imparti a été largement dépassé – c’est toujours difficile en visioconférence. Mais nous nous quittons avec la perspective de nous retrouver en présentiel avant la fin de l’année. Les échanges entre nous d’ici là nous permettront d’approfondir nos relations et nos connaissances, et d’arriver à cette conférence avec la détermination que requièrent les enjeux posés à l’échelle planétaire : la défense de l’humanité et de la civilisation humaine contre la barbarie impérialiste.