Macron veut « refonder le financement de la protection sociale »

Le gouvernement entend bien mettre à profit les mois qui précèdent l’élection présidentielle pour engager tout ce qui peut l’être en termes de destruction tous azimuts des services publics, de la Sécurité sociale et en particulier des retraites.

(photo AFP).
Par Pierre Valdemnienne
Publié le 16 juillet 2026
Temps de lecture : 3 minutes

Lundi, le journal financier l’Opinion (13 juillet) a titré : « Présidentielle : qui osera réformer le modèle social ? ». Après l’annonce la semaine dernière de réaliser 3 milliards d’économies supplémentaires suite au « comité d’alerte des finances publiques » (un milliard sur les dépenses de Sécurité sociale et deux milliards sur les dépenses de l’État), le gouvernement entend bien mettre à profit les mois qui précèdent l’élection présidentielle pour engager tout ce qui peut l’être en termes de destruction tous azimuts des services publics, de la Sécurité sociale et en particulier des retraites.

Antoine Foucher, ancien directeur de cabinet de Muriel Pénicaud, ministre du Travail de 2017 à 2020 et rédactrice des « ordonnances travail », n’hésite pas à affirmer : « Par rapport aux précédentes campagnes présidentielles, le sujet de la protection sociale n’a jamais été autant discuté » (idem). Et pour cause ! Le financement de l’effort de guerre, notamment en Ukraine pour soutenir le régime de Zelensky, et les 36 milliards supplémentaires de la loi de programmation militaire (LPM) ont pour corollaire de s’attaquer à ce qu’ils appellent les « dépenses sociales ».

C’est la raison pour laquelle Emmanuel Macron vient de confier à quatre experts, qui devront rendre un rapport fin 2026, une « mission cruciale : refonder le financement de la protection sociale » (La Tribune, 10 juillet). Objectif de cette « mission cruciale » : « éclairer le débat public sur la soutenabilité de ce modèle ». Pas besoin d’être grand clerc, tout est dans l’intitulé : « le modèle n’est pas soutenable, il faut donc le refonder ».

Le Medef veut relever l’âge légal de départ à la retraite à 65 ans

Pour jeter les bases de cette « refondation », le patron du Medef, Patrick Martin, a présenté le 22 juin dernier un document intitulé « Cartes sur table », qui expose une cinquantaine de mesures permettant, selon lui, de réaliser 100 milliards d’économies d’ici à 2030, dont 44 milliards dès 2027. Pour y parvenir, la moitié de l’effort budgétaire serait portée par les fonctionnaires (baisse des effectifs, gel du point d’indice salarial). Pour le reste : durcissement des droits au chômage, gel des prestations sociales et relèvement de l’âge légal de départ à la retraite à 65 ans.

Pour tenter de faire passer cette offensive d’une violence inouïe, et faute de disposer d’une majorité à l’Assemblée, Emmanuel Macron a besoin, sinon de l’appui, du moins de la neutralité bienveillante des sommets des centrales syndicales : c’est la raison pour laquelle le chef de l’État a bien l’intention de les associer. C’est d’ailleurs écrit noir sur blanc dans la lettre de mission signée par Emmanuel Macron et datée du 30 juin.

Macron veut associer les centrales syndicales à la refondation du financement du modèle social

Il peut d’ores et déjà compter sur la secrétaire générale de la CFDT, Marylise Léon, qui a déclaré : « Un débat sur le financement de notre système de solidarité s’impose » (Le Monde, 2 juillet). Pourra-t-il compter sur les directions de FO et de la CGT ? Nul doute que, pour certains, ils sont déjà disposés à le faire. Mais le pourront-ils ?

On se souvient de l’interview de Michel Le Roc’h, ancien secrétaire général de l’union départementale FO de Loire-Atlantique (Informations ouvrières, n° 909) : à l’occasion du congrès confédéral FO en avril dernier, on voulait imposer aux délégués une position contraire à toute l’ADN de FO, à savoir « une réforme d’ampleur du financement de notre modèle social » (au passage, c’est mot pour mot l’intitulé de la lettre de Macron). Finalement, et après des dizaines d’interventions de congressistes pour rejeter cette position purement macroniste ou du Parti socialiste, c’est la position conforme aux intérêts ouvriers qui l’a emporté.

Quant au congrès confédéral de la CGT en juin dernier, la direction confédérale a été mise en minorité par un amendement qui défend la Sécurité sociale intégrale, c’est-à-dire le « 100 % Sécu », fondé exclusivement sur les cotisations sociales, contre la « sécurité sociale professionnelle ». Après avoir proposé que la commission des amendements travaille sur une « reformulation » et envisagé un nouveau vote, la direction confédérale de la CGT a finalement renoncé.

Pas si simple, donc…