« Deux journées de grève générale » contre la guerre qui ont bloqué l’Italie
Maurizio Coppola, coordinateur national de Potere al popolo (Italie), est intervenu au meeting contre la guerre qui s’est tenu à Londres le 20 juin. Voici son discours.
- Actualité internationale, Meeting de Londres

« Il y a huit mois, j’ai eu l’occasion de prendre la parole à Paris, lors de la précédente conférence internationale contre la guerre, pour évoquer les grèves générales en cours ainsi que le mouvement pour la libération de la Palestine, contre le génocide et contre la guerre.
Je pense qu’il est important aujourd’hui, avec huit mois de recul, de revenir sur ces événements et de rappeler dans quelles conditions ces deux grèves générales, organisées sur une période de dix jours, ont pu être construites et menées avec succès. Je crois que nous devons souligner la combinaison de quatre éléments essentiels.
Le premier est très clair : pendant ces dix jours, un véritable mouvement de masse s’est développé en Italie. Des familles, des étudiants, et même des enfants sont descendus dans les rues pour dire non au génocide et non à la participation du gouvernement italien à ce génocide. Je pense que cela témoigne de la capacité extraordinaire du mouvement populaire italien à se mobiliser.
Le deuxième élément est celui des actions radicales. Il ne s’agissait pas simplement de grèves de deux heures, ni même de grèves de huit heures. Le mot d’ordre était : “Blocchiamo tutto” – “bloquons tout.”
Et cet appel s’est propagé des lieux de travail aux universités, aux écoles, partout. Les rues, les aéroports, les gares… tout a été bloqué. Deux journées de grève générale durant lesquelles le pays a véritablement été paralysé, de A à Z.
Le troisième élément – et je pense que c’est le plus important lorsqu’on réfléchit aux luttes futures – est que ce mouvement a été dirigé par le secteur le plus avancé de la classe ouvrière. Les dockers de Gênes, mais aussi ceux de Livourne, de Civitavecchia et de nombreux autres ports. Sans la classe ouvrière, il ne peut y avoir de véritable mouvement contre la guerre et contre la militarisation.
Le quatrième et dernier élément est que ce mouvement n’était pas spontané. Il était le résultat d’un long travail d’organisation. Le 7 octobre n’a pas seulement marqué le début du génocide en Palestine. Il a également marqué le début d’une prise de conscience croissante de ce qui s’y déroulait et de ce que cela signifiait pour notre monde, pour nos vies, au cœur même des États capitalistes.
Les syndicats de base, notamment le syndicat USB (Union syndicale de base, Ndlr), qui organise les dockers, se sont pleinement engagés dans le mouvement contre le génocide en Palestine. Ils ne l’ont pas fait seulement en tant qu’organisation syndicale, mais aussi comme acteurs politiques, en mobilisant, en politisant et en contribuant à construire un mouvement de masse.
Il en a été de même pour les organisations politiques qui veulent rompre avec ce système, avec le capitalisme, le sionisme et le colonialisme. Elles étaient présentes chaque jour, distribuant des tracts, diffusant leurs journaux, menant un travail d’éducation politique. C’était un mouvement organisé, et c’est un point fondamental. La spontanéité, à elle seule, ne peut pas conduire à de telles grèves générales. Une telle mobilisation doit être préparée et organisée en amont.
Quelles leçons devons-nous en tirer pour l’avenir ?
Je pense qu’il est important, aujourd’hui, alors que le mouvement est moins puissant qu’il ne l’était auparavant, d’en prendre pleinement conscience. En octobre, un prétendu accord de paix pour Gaza a été annoncé. Or, il ne s’agissait nullement d’un véritable accord de paix. Mais il a eu pour effet de freiner la dynamique du mouvement. Il constituait, d’une certaine manière, une réponse au mouvement lui-même.
Aujourd’hui, nous devons retrouver et renforcer la capacité de revivre les deux journées historiques que nous avons connues en septembre et en octobre 2025. Comment y parvenir ? Je pense que nous devons faire preuve d’une très grande clarté dans notre analyse et dans nos positions politiques. En Italie, nous voyons aujourd’hui circuler des explications de la militarisation qui, de notre point de vue, sont erronées. Ce n’est pas simplement la folie de Trump ou celle de Giorgia Meloni qui pousserait vers la militarisation. La militarisation est le produit de la crise du système capitaliste, qui conduit l’impérialisme à s’enfoncer toujours davantage.
C’est la réponse des classes dirigeantes, de la bourgeoisie, partout dans le monde, à la crise du capitalisme. Si nous ne relions pas cette analyse à notre capacité de mobilisation, il sera impossible de rompre réellement avec ce système, avec le capitalisme et avec l’impérialisme.
Notre adversaire, bien sûr, ce sont les gouvernements de nos pays. Mais c’est aussi le projet de construction d’une armée européenne et d’un système européen de défense. C’est également l’impérialisme américain et l’OTAN. C’est pourquoi il est si essentiel de nous retrouver lors de conférences comme celle-ci et d’approfondir ensemble notre analyse, afin de renforcer la conscience politique et de retrouver la capacité de reproduire ce que nous avons réussi à construire en Italie en 2025. »
