Incendies en Gironde : les pyromanes sont au gouvernement, en bas on s’organise pour faire face

Macron appelle à « rester unis » face aux incendies, mais ses gouvernements ont affaibli les moyens de lutte : coupes budgétaires, Canadair non renouvelés, budgets amputés pour la Sécurité civile et les pompiers...

Des agriculteurs viennent ravitailler en eau les pompiers à l’aide de citernes pour lutter contre les feux en Gironde. Ici, à Marcheprime (30 km de Bordeaux), le 26 juillet 2026. (AFP)
Par Victor Cayeux
Publié le 29 juillet 2026
Temps de lecture : 4 minutes

Depuis une réunion de crise à Bordeaux, Emmanuel Macron a appelé à « rester uni » et à « se battre pour gagner la bataille » contre le feu. « On ne fait pas le retour d’expérience en plein milieu de la bataille ». Et pourquoi serait il interdit de faire le bilan d’une situation aussi grave ? Qu’est ce qui cause cette catastrophe ? Calamité naturelle des incendies ? Réchauffement climatique face auquel on ne pourrait rien ? Ou alors est ce parce que ce gouvernement a scientifiquement désarmé tous les services publics et les structures qui permettraient de lutter et mettre fin aux incendies ? La population ne l’a pas attendu pour agir.

Nos camarades du POI de Gironde rapportent : « Les populations et les pompiers qui manquent de tout n’ont de réconfort que la solidarité active de tout le voisinage, des agriculteurs, des forestiers, de la DFCI, des élus locaux, qui force le respect. La population, avec sa connaissance du terrain, prend les choses en main. »

Des cohortes d’agriculteurs se mettent sur la route avec leurs citernes d’eau pour apporter leurs moyens aux pompiers. Des collectes de médicaments, de dons, sont organisées par les mairies, par le mouvement ouvrier, par LFI. Des maires annoncent même suspendre les appels aux dons, après avoir reçu des tonnes de colis en aide à la population. Des milliers se mettent à la disposition des services de sécurité civile pour venir en aide pour éteindre les incendies.

Comme à Valence en Espagne, lors des inondations il y a un an, en bas, on s’auto-organise pour faire face à l’incurie de ceux d’en haut. En haut c’est l’incurie : en bas on s’auto-organise. Qu’ils le veuillent ou non, il est déjà là l’acte d’accusation des responsables politiques de la catastrophe et de tous leurs alliés, qui en refusant de censurer, ou en votant les budgets avec le gouvernement, lui permettent de tenir. Sur la rocade de Bordeaux, deux banderoles indiquent : « Macron Le Pen pyromanes – soutien aux pompiers ».

Milliards pour la guerre, rien pour les canadair

On a parlé dans les précédents numéros d’Informations ouvrières de la décision meurtrière d’annuler les commandes de canadair supplémentaires. Laissant la France avec le chiffre dérisoire de cinq Canadair en état de marche… Soit moins que les six Canadair de la Croatie, petit pays classé 75e dans le classement mondial de la production…

Alors que tous les experts s’accordaient sur une recrudescence en cours des incendies, d’un coup de plume, Gabriel Attal, Premier ministre de Macron signait un décret réduisant de 53 millions le budget de la sécurité civile le 21 février 2024.

La même année ils maintenaient la commande de 90 blindés Centaures pour 67 millions d’euros et les envoyaient mater le peuple kanak en lutte pour son droit à l’autodétermination. Rappelons également que l’urgence des derniers mois, pour ce gouvernement était de faire voter 36 milliards de plus pour le budget de guerre. Le coût d’un Canadair c’est 62 millions d’euros… On pourrait, avec cet argent, acheter des Canadair, créer des postes dans les hôpitaux exsangues, dépenser sur les moyens pour faire face à la canicule dans les écoles…

Le gouvernement a organisé le désastre

Après les grands incendies de Gironde de 2022, le gouvernement, promettait l’installation d’une base de Canadair à Mont-de-Marsan dans les Landes. Engagement purement et simplement annulé sous la même présidence en 2025. La CGT forêt (ONF) explique que le Fond vert, a été divisé par trois depuis sa création en 2023 atteignant 837 millions d’euros là où l’Institut pour le climat estime les besoins à 19 milliards. Les pompiers, gravement sous équipés, ne disposent pour la plupart même pas de masques contre les fumées. Déjà 4 pompiers sont morts et 80 sont blessés. La population est intoxiquée sur des dizaines de kilomètres par les gigantesques fumées, livrée à elle-même.

Ce gouvernement ne se contente pas de ne « rien faire » face aux incendies. Il sait ce qu’il fait. Il continue les coupes budgétaires, il aggrave la situation, budget après budget.

Il est pleinement responsable de l’extension sans fin des incendies, de l’évacuation des 220 000 civils menacés par les flammes, le plus grand déplacement de civil depuis l’exode de 1940… Le même gouvernement ne trouve pourtant rien de plus important, en plein été, en pleine urgence nationale incendie, que d’attaquer méthodiquement la Sécurité sociale avec le doublement des franchises médicales et égrène les augmentations des tarifs pour la population… Et ce gouvernement de pyromanes ose appeler à l’union nationale derrière lui contre les incendies !

Plus que jamais, il y a urgence à se débarrasser de Macron et de son gouvernement, qui met en danger des centaines de milliers, qui assume de laisser le pays en flammes, pour pouvoir continuer à satisfaire les appétits du capital.

 

Pour tenter de se défausser de leurs responsabilités, nouvelle calomnie contre LFI

Repris servilement par Franceinfo, la porte parole du gouvernement Maud Bregeon tente de jeter l’opprobre sur LFI, qui a voté contre une proposition de loi « visant à renforcer la prévention et la lutte contre l’intensification et l’extension du risque incendie »… Or LFI avait dénoncé un texte d’affichage, à rebours des moyens nécessaires pour lutter contre les incendies. Le groupe avait déposé des amendements proposant de rétablir les effectifs de l’ONF tels qu’ils étaient avant 1999, proposé d’augmenter les budgets du SDIS… Autant d’amendements refusés par la majorité présidentielle. D’où le vote contre.

 

Refus d’augmenter les budgets du SDIS : le RN avec Macron

Sur les plateaux télé et sur les bancs de l’Assemblée, le Rassemblement national se pose ces derniers jours en fervent soutien des pompiers, admonestant le gouvernement sur le fait qu’on ne « peut plus considérer les incendies comme un sujet de seconde zone ».

À rebours complet de ces grandes déclarations, le parti d’extrême droite a voté contre l’augmentation des budgets des services départementaux d’incendie et de secours (SDIS)… L’amendement n° 3655 du projet de loi de finances pour 2026 (21 novembre 2025) visait à augmenter la fraction du taux de la taxe spéciale sur les conventions d’assurance (TSCA) alloué à cet effet aux départements à 10,45 % contre 6,45 % actuellement.

De même, en novembre 2024 le RN votait contre la proposition de rehausser la taxe de séjour pour financer les SDIS, en 2023, ils votaient contre la création de pare-feu d’arbres feuillus pour ralentir la propagation des flammes, et contre le plan d’entretien des chemins forestiers, nécessaires face aux feux… Et c’est en alliant encore une fois ses voix à celles du gouvernement Macron en novembre dernier, que le Rassemblement national a empêché que des moyens supplémentaires soient alloués à la lutte contre les incendies…