« Nous devons nous organiser contre cette économie de guerre qui va s’en prendre aux classes populaires »
La parole à Zarah Sultana, membre du Parlement britannique et co-fondatrice de Your Party.
- Actualité internationale, Contre la guerre

Zarah Sultana, membre du Parlement britannique et co-fondatrice de Your Party, a participé à un entretien avec Sophia Chikirou, députée LFI de Paris, dans le cadre des Amfis 2026. Zarah Sultana s’y est exprimée sur toute une série de sujets : son parcours personnel et politique, le racisme, la répression d’État. Elle a plusieurs fois pointé la responsabilité des gouvernements successifs, de la conservatrice Thatcher au travailliste Burnham, dans la précarisation de la population, la guerre, le génocide à Gaza. Elle a aussi évoqué l’importance qu’elle attribue aux conférences et meetings internationaux contre la guerre qui ont été réunis à Paris (4-5 octobre 2025) puis à Londres (19-20 juin 2026). Nous publions quelques extraits de cet entretien.
Zarah Sultana : « L e mouvement de solidarité avec la Palestine est extrêmement puissant au Royaume-Uni, grâce à des générations de militantisme. Il s’inscrit dans l’héritage du mouvement anti-apartheid des années 1980, lorsque les syndicats, les jeunes et toutes les composantes de la société se sont mobilisés contre Barclays et dans le cadre d’autres campagnes importantes.
Il faut se rappeler que Margaret Thatcher appelait à ce que Nelson Mandela soit pendu et que le Parti conservateur soutenait fermement le gouvernement sud-africain de l’apartheid. Il existe donc au Royaume-Uni une mémoire historique des campagnes menées par les générations précédentes, qu’il s’agisse de la guerre civile espagnole ou d’autres combats. (…)
Le gouvernement britannique est totalement complice du génocide à Gaza. Il a fourni des armes. Il a apporté un soutien diplomatique. Il a déroulé le tapis rouge aux criminels de guerre israéliens venus au Royaume-Uni en toute impunité. Il continue d’entretenir une co-opération économique et militaire avec Israël.
Nous avons autorisé l’utilisation de bases de la Royal Air Force à Chypre pour effectuer de la surveillance. Nous ne sommes même pas autorisés à savoir en quoi consiste cette surveillance ni quel type de renseignements est transmis aux Israéliens. (…)
Nous avons un gouvernement travailliste qui utilise la législation antiterroriste pour emprisonner de jeunes gens qui ont peut-être commis des dégradations afin d’empêcher l’utilisation de drones et d’armes dans le cadre d’un génocide. Ils ont été qualifiés de terroristes et emprisonnés. (…)
Lorsque nous combattons l’injustice et le génocide à Gaza, nous combattons également la répression et l’autoritarisme de notre propre gouvernement. (…) Nous devons donc tous mener ce combat jusqu’à ce que la Palestine soit libre, du fleuve à la mer. (…)
Lorsque je frappe aux portes à Coventry, les gens s’inquiètent de pouvoir mettre de la nourriture sur la table. Ils ne veulent pas que davantage d’argent soit consacré aux missiles, aux bombes et aux chars. Ils veulent pouvoir bénéficier d’un système de santé correctement financé, d’écoles qui ne tombent pas en ruine et de transports publics qui fonctionnent pendant une vague de chaleur.
Mais Andy Burnham, comme Keir Starmer, s’est engagé à consacrer 5 % du PIB à notre budget de défense. C’est une nouvelle vague d’austérité. Cela signifie que davantage de personnes, de personnes handicapées, de femmes, d’enfants et, plus largement, tous les secteurs de nos services publics seront à nouveau attaqués.
Il est donc important qu’un mouvement puissant s’oppose à cela. L’année dernière, je suis venue à Paris et, cette année, nous avons organisé à Londres une conférence contre la guerre, à laquelle la France insoumise et tant d’autres militants et syndicats ont participé, parce qu’il s’agit d’un combat mondial.
C’est un combat européen. Alors que des étudiants se mobilisent ici en Europe contre la conscription, nous menons un combat similaire au Royaume-Uni. Nous devons donc nous organiser contre cette économie de guerre qui va s’en prendre aux classes populaires, et nous devons nous battre pour un avenir meilleur. »
| Les délégués de la conférence internationale réunie à Londres le 19 juin, ont adopté un appel contre la militarisation, la conscription et contre la guerre, qui se conclut ainsi : « Nous appelons à participer à la journée du 10 octobre pour la Palestine, pour mettre fin à trois années de génocide et à des décennies d’occupation et d’apartheid ; un week-end d’action contre la militarisation et la conscription, les 21 et 22 novembre ; la journée d’action des dockers contre la guerre, en octobre, dont la date reste à confirmer. » |
