Retraites : « l’heure de vérité »
Elisabeth Borne l’a donc de nouveau confirmé, dans une interview au « Parisien » le 2 décembre : ce sera le recul de l’âge de départ à 65 ans, voire 64 s’il y a aussi un allongement de la durée de cotisation. C'est « l'heure de vérité », selon ce journal, alors que les confédérations syndicales sont unanimes pour mobiliser contre le projet.
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Olivier Dussopt, ministre du Travail, a dit la même chose que la Première ministre. Emmanuel Macron lui-même, sur TF1 dès le lendemain, puis dans une interview au Parisien , a répété que « travailler plus est le seul levier pour faire face aux besoins de financement massifs » et que donc il maintenait le cap de sa réforme des retraites.
La présidente des députés macroniens, Aurore Bergé, a, elle, jugé utile de s’opposer par avance à tout éventuel pseudo-compromis sur les 64 ans. Elle veut « tenir sur le fait qu’il faut aller jusqu’à 65 ans ». Elle plaide pour le « scénario dur ».
La Première ministre a aussi annoncé la poursuite des concertations jusqu’à la publication de la réforme autour du 15 décembre, avant sa présentation au Conseil des ministres début janvier pour un examen au Parlement au printemps au cours duquel elle essaiera de « trouver un chemin avec Les Républicains ».
Exigence du FMI
La réforme s’appliquera à partir de l’été 2023, donc à partir de la génération née au second semestre 1961. Les uns et les autres, et notamment Elisabeth Borne et Stanislas Guerini, ministre de la Fonction publique, matraquant, sans doute pour clore le débat, que faute de réforme, « une dette de 100 milliards d’euros serait cumulée dans les dix prochaines années » .
Tout sera dans la loi, poursuit E. Borne :
La logique de cette réforme c’est que les nouveaux recrutés des régimes spéciaux seront affiliés au régime général d’assurance vieillesse, comme tous les salariés du privé. J’insiste, cela ne concernera que les nouveaux recrutés, c’est la fameuse clause du grand-père. Les régimes impactés sont ceux de la Banque de France, la RATP, les salariés des industries électriques et gazières (IEG).
L’éditorialiste du Parisien qui présente l’interview de la Première ministre ne manque pas de rappeler le contexte, c’est-à-dire la récente exigence du FMI vis-à-vis de la France de s’engager enfin clairement sur le chemin des réformes structurelles « Sur le front social, note Le Parisien, le contexte est bouillant. D’ici à janvier, l’inflation des prix de l’énergie et des denrées alimentaires couplée à des coupures d’électricité risque d’attiser les tensions. »
Les syndicats vent debout
Un des premiers à réagir fut le président de la CFE-CGC, François Hommeril :
On a atteint la limite du foutage de gueule, le troisième cycle de concertations (sur le financement) va s’ouvrir. On se pose la question si ça vaut le coup d’y participer. Visiblement, tout est écrit. Franchement, on n’a plus envie de cautionner tout ce cinéma.
Il ajoute : « Tout ce que dit Stanislas Guerini est faux, il n’y a pas un seul mot de vrai dans ce qu’il dit, ça n’est que de la propagande. Ils ont truqué les chiffres. » Quant à la concertation, « désormais tout le monde s’en est rendu compte, c’est un écran de fumée, c’est du bidon total ». Et de donner son ressenti sur les débuts de la concertation : « Nos collègues se retrouvent face à deux stagiaires qui prennent des notes mollement en regardant leur portable. Il y a un scénario d’enfumage autour du fait que, voilà, la décision a été prise de décaler l’âge légal de départ en retraite à 65 ans. »
Dans un communiqué du 2 décembre, la CGT condamne « les provocations du gouvernement, le projet est bouclé et sera livré comme un mauvais cadeau pour les fêtes de fin d’année. La CGT rappelle l’opposition de tous les syndicats au report de l’âge légal tout comme à l’allongement des trimestres nécessaires pour une pension complète. »
Frédéric Souillot, secrétaire général de la CGT-FO, s’exprime sur Franceinfo le 2 décembre : « Nous sommes contre tout recul de l’âge de départ ou tout allongement de la durée de cotisation. Les mêmes économistes qui nous disent que notre régime sera déséquilibré nous disaient naguère qu’il serait déséquilibré en 2020 et 2021 et on fait plus de 5 milliards d’excédent budgétaire liés aux cotisations. » Et il ajoute :
Si le gouvernement persiste sur ce qui est pour lui la mère des réformes, ce sera pour nous la mère des batailles. S’il passe en force, il nous trouvera sur son chemin, on ira jusqu’au bout par la mobilisation et la grève.
Laurent Berger, secrétaire général de la CFDT, parle le 5 décembre sur France 2 : « Il y a un côté hallucinant, le gouvernement s’amuse à faire peur sur le financement, c’est un impôt sur le travail, c’est hors de question. Si le 15, ils annoncent le report de l’âge légal, il y aura mobilisation et conflit, il n’y aura pas négociation sur le report à 65 ans. »
Dans le quotidien Les Echos du 5 décembre, Leïla de Comarmond prévoit « des échanges tendus avec les organisations de salariés qui seront reçues entre le 7 et le 9 décembre au ministère du Travail ». Elle en conlut :
Les points de vue apparaissent irréconciliables. La question n’est pas de savoir si les syndicats vont mobiliser, mais quand.
Certains proposent de rechercher encore les voies du consensus
En sourdine, différents experts regrettent la méthode brutale du gouvernement et certains proposent de rechercher encore les voies du consensus au moyen par exemple d’une assemblée citoyenne sur le sujet des retraites, ou encore de réactiver le moribond CNR (conseil national de la refondation), le Sénat parle de convention nationale. Le secrétaire national du PCF, Fabien Roussel, préconise quant à lui, dans Ouest-France du 5 décembre, un « référendum sur les retraites, ça ferait du bien à la démocratie. Mieux vaut ça plutôt qu’un blocage du pays avec manifs, grèves et compagnie (sic). » Le style, c’est l’homme ! Manifestement, le fait, rappelé par la CGT, que 80 % des Français refusent la réforme des retraites de Macron a échappé au secrétaire national du PCF qui ne voit qu’un référendum pour exaucer son souhait « que tous les Français s’en mêlent ».
Ils vont s’en mêler.
A l’issue d’une réunion intersyndicale, l’ensemble des confédérations vient de confirmer, ce lundi soir 5 décembre, leur opposition à la réforme annoncée et leur décision d’une journée de grève et manifestations interprofessionnelles en janvier. (Voir ci-dessous.)
CFDT, la CGT, FO, CFE-CGC, CFTC, Unsa, Solidaires, FSU, Unef, La Voix lycéenne, Fage, Fidl, MNL « Retraites : prêt.e.s à la mobilisation » |
