À propos du 13 octobre et de la « conférence sociale »
« L'euromanifestation du 13 octobre va mettre la conférence sociale (organisée par le gouvernement) sous pression », s'est félicitée entre autres Sophie Binet (CGT). Mais de quoi s’agit-il ?
- Actualité politique et sociale, France

A l’issue de la réunion du mercredi 30 août, où il avait convoqué les responsables de tous les partis politiques à Saint-Denis, Emmanuel Macron avait annoncé, puis confirmé dans un courrier du 7 septembre, « la tenue courant octobre d’une conférence sociale sur la question des branches où la rémunération est inférieure au salaire minimum et sur l’évolution des salaires et des revenus ».
La presse avait noté les contours flous de cette initiative aussi bien sur le fond que sur la forme.
Aucune communication du gouvernement n’a, à ce jour, précisé les contours de ladite conférence. Pourtant plusieurs déclarations commencent à préciser les enjeux de cette initiative politique.
Pour Marylise Léon, secrétaire générale de la CFDT, « c’est déjà ça ! » et elle précise souhaiter que le partage de la valeur soit au menu de la conférence sociale (Franceinfo, le 18 septembre).
Sophie Binet, secrétaire générale de la CGT, a donné son point de vue lors de la fête de l’Humanité le 16 septembre : « Ils n’en voulaient pas du tout de cette conférence sociale (…), mais l’intersyndicale est unie sur les points essentiels et cela donne un cap pour le 13 octobre et la question des salaires (…). Cette euromanifestation du 13 octobre va mettre la conférence sociale sous pression… ». Ce que confirme le communiqué de l’intersyndicale du 18 septembre.
Mais de quoi s’agit-il ? Tous les militants syndicalistes savent d’expérience que toutes ces initiatives, ces « euromanifestations », sous la houlette de la Confédération européenne des syndicats (CES), n’ont jamais permis de mobiliser et encore moins d’arracher la moindre revendication.
Rideau de fumée
Tous les syndicalistes savent aussi que la conférence sociale sur les salaires est un rideau de fumée. Comment croire à la sincérité du gouvernement de vouloir relever les grilles conventionnelles en dessous du Smic alors que c’est lui qui a décidé, sans aucune véritable négociation, que la grille des fonctionnaires qui concerne 6 millions de salariés aurait ses 7 premiers échelons en dessous du Smic ?
Ils savent enfin que la décision d’augmenter le Smic et la valeur du point d’indice des fonctionnaires au moins au niveau de l’inflation déboucherait sans délai sur l’exigence dans chaque branche d’ouverture immédiate de négociations pour revoir les minima et les grilles de rémunérations. Cela s’appelle la pratique contractuelle.
Dès lors, de quoi s’agit-il ? D’unité syndicale sur les revendications des salariés ? Ou d’unicité du « syndicalisme rassemblé » pour cautionner une « bonne conférence sociale » qui n’aurait comme résultat que de lier les mains des organisations syndicales à une politique des revenus décidée par le gouvernement et opposée en tout point à la satisfaction des revendications urgentes des salariés, du secteur public comme du secteur privé, étranglés par les conséquences de l’inflation dont profitent les capitalistes pour augmenter scandaleusement leurs marges et leurs profits ?
En dernière analyse, ce sont les salariés qui discuteront et décideront dans leurs instances et assemblées générales. Avec une seule préoccupation : comment gagner sur les revendications ? Et chacun fera ce qu’il voudra.
Reste une question : ce bel engouement pour le 13 octobre n’a pas eu d’équivalent pour la marche et les rassemblements du 23 septembre sur la répression et les remises en cause des libertés syndicales et démocratiques sans lesquelles, si Macron continue, il n’y aurait plus ni bonnes ni mauvaises manifestations.
