Lutte contre les feux de forêts : Macron avait promis…

Il y a les menaces climatiques, les menaces de catastrophes sécuritaires en matière d’incendie ou d’inondation, les menaces alimentaires qui font grandir année après année la malnutrition dans le monde… mais tout cela est-il « rentable » ? Non ? Bon, alors les promesses…

Un canadair en action dans le sud de la France (Photo AFP)
Par Gérard Luiggi
Publié le 11 août 2024
Temps de lecture : 3 minutes

Le 28 octobre 2022, en visite sur le terrain (La Teste-de-Buch en Gironde) après l’incendie gigantesque qui a ravagé plus de 20 000 ha de forêt, M. Macron annonce un plan de renouvellement complet de la flotte de canadairs, soit 14 appareils « d’ici la fin de mon quinquennat », donc 2027.

Loi de Finances pour 2023 : rien.

Loi de Finances pour 2024 : la commission du Sénat chargé d’en analyser le contenu déclare novembre 2023 que « le calendrier prévisionnel est amplement irréaliste ».

Et pour cause : l’achat de ces appareils implique en premier lieu qu’ils puissent être construits. Or ce n’est pas le cas, la société seule détentrice du brevet, (Viking Air, depuis sa vente par Bombardier) ayant annoncé qu’une telle production dépendait d’une « commande groupée suffisante », soit au moins 22. Ce qui fut fait par l’UE, mais qui n’en prévoit que 2 pour la France ! Et le contrat n’est toujours pas signé.

Des engagements dépendant « du marché » ?

Effectivement, faire dépendre du marché les exigences de protection publique des populations conduit à ce constat d’impuissance.

Les contraintes économiques sont intraitables : Si Viking Air demande des commandes suffisantes, c’est parce que, comme le souligne un rapport de la Cour des comptes de 2002, « les effets de la mondialisation ont amené les industriels à lever le pied au gré des changements de partenariats stratégiques ». Dont celle de la chaîne de construction des Canadairs, abandonnée par Bombardier.

Des « changements de partenariat » ?

Le journal Les Échos du 23 juillet 2024 publie un article à ce sujet en prenant quelques exemples en Allemagne : Continental, équipementier automobile, supprime 7 000 postes de travail. Mais elle va transférer une partie de ses effectifs à Rheinmetall, « géant allemand de la défense » qui lui « est en plein boum » (dixit Les Échos). Bosch supprime elle aussi 7 000 postes, Audi, 3 000 postes, BASF, 300… Comme l’indique R.Winkler, chef économiste à Deutsche Bank, « des pans entiers de l’industrie disparaissent, notamment parce que les coûts ne sont plus compétitifs, mais d’autres prennent le relais »… en citant S. Krause, DRH de Rheinmetall : « Peu d’entreprises en Allemagne connaissent une croissance aussi forte que la nôtre ».

Macron et Scholz tiennent néanmoins certaines promesses…

Car si l’Allemagne et la France sont en incapacité de tenir leurs promesses de construction de Canadairs, et de ne signer aucun contrat de production, ils tiennent par contre à tenir celles relatives à leurs armées respectives.

Si effectivement Rheinmetall a « une croissance aussi forte », c’est parce que le budget de l’armée allemande a atteint cette année 72 milliards d’euros, au nom de la « capacité à faire la guerre » comme le dit le ministre allemand des Armées, en livrant des chars Léopard à l’Ukraine.

Quant à la France, son ministre des Armées glorifiait dans la presse (Les Échos du 14 juillet 2023), les 413,3 milliards d’euros pour le PLM 2024-2030, face à « l’amplification de menaces comme le durcissement de la compétition entre grandes puissances ».

Pendant ce temps…
  • La DGSCGC (Direction générale de la sécurité civile et de la gestion des crises) annonce qu’elle n’a toujours aucun élément budgétaire ni calendaire quant aux 12 Canadairs commandés.
  • Benoît Quennepoix, secrétaire général du SNPNAC (syndicat du personnel navigant de l’aviation civile), précise dans une interview à Var-Matin du 27 juillet dernier que « sur les 12 Canadairs, 6 auraient dû être disponibles, mais sont seulement utilisables que 0 à 2 ». En ajoutant : « l’entreprise détenant le marché de l’entretien de ces avions (Sabena) est touchée par une quinzaine de départs compte tenu des conditions de travail, et ne dispose pas de toutes les pièces de rechange… ».
  • Un représentant de la FNSP (fédération nationale des sapeurs pompiers) précise : « les Américains s’équipent également de Canadair, et lorsqu’ils font face à des avaries, ils vont se servir en premier ».
« Menaces de la compétition entre grandes puissances » ?

Il y a les menaces climatiques, les menaces de catastrophes sécuritaires en matière d’incendie ou d’inondation, les menaces alimentaires qui font grandir année après année la malnutrition dans le monde… mais tout cela est-il « rentable » ? Non ? Bon, alors les promesses…