« Payez-nous d’abord, puis nourrissez vos enfants »

Trump exige une augmentation de 5 % des dépenses militaires des Etats européens. On comprend ce que cela signifierait pour le budget des écoles, des hôpitaux, des services publics et des pensions de retraite. Mais peu importe pour Macron, Scholz et von der Leyen...

L'envoyé américain au Moyen-Orient Steve Witkoff, le secrétaire d'État Marco Rubio, le conseiller à la sécurité nationale Mike Waltz, le ministre saoudien des affaires étrangères Prince Faisal bin Farhan al-Saud, le conseiller à la sécurité nationale Mosaad bin Mohammad al-Aiban, le conseiller en politique étrangère du président russe Yuri Ushakov, et le ministre russe des affaires étrangères Sergei Lavrov participent à une réunion au palais de Diriyah à Riyad, le 18 février. (AFP)
Par Stéphane Marati
Publié le 19 février 2025
Temps de lecture : 2 minutes

Mardi 18 février, en Arabie saoudite, le secrétaire d’Etat américain, Marco Rubio, a rencontré le ministre russe des Affaires étrangères, Sergueï Lavrov, pour discuter de l’Ukraine et des affaires du monde. L’Ukraine n’a pas été invitée. L’Union européenne non plus. Selon l’ancien général et envoyé spécial de Trump pour l’Ukraine et la Russie, Keith Kellogg, l’intention des Etats-Unis était bien de discuter de l’Ukraine à Riyad mais aussi des relations entre la Russie et la Chine, au moment où les Américains veulent redéployer leurs forces stationnées en Europe dans le Pacifique.

Rappelant qu’il y a « un nouveau shérif » à Washington, le vice-président américain J.D. Vance a appelé « l’Europe (à prendre) des mesures importantes dans les années à venir pour assurer sa propre défense ». Voici ce qu’en dit Bloomberg : « “Protéger” l’Ukraine et ses frontières coûtera aux pays européens 3 100 milliards de dollars supplémentaires au cours de la prochaine décennie. Ces 3 100 milliards de dollars ne sont basés que sur l’augmentation du budget militaire global des Etats membres de l’UE à 3,5 % et non aux 5 % exigés par Trump. Si l’UE augmente son budget à 5 %, cela se traduira par des dépenses supplémentaires de plus de 5 000 milliards de dollars et une grande partie servira à acheter des systèmes d’armes américains ». Un objectif de dépenses partagé par le secrétaire général de l’Otan et les principaux dirigeants européens réunis à Paris, le 17 février

Prolonger l’agonie du vieux monde… Ou rompre avec ce système

On comprend ce que cela signifierait pour le budget des écoles, des hôpitaux, des services publics et des pensions de retraite. Mais peu importe pour Macron, Scholz et von der Leyen. Leurs intérêts sont ailleurs.

Trump exige désormais de Kiev le contrôle de 50 % des revenus existants et futurs issus des ressources naturelles de l’Ukraine. Comme le résume The Telegraph : « Payez-nous d’abord, puis nourrissez vos enfants ». Même le ministre de la Défense de Singapour – pourtant habituellement modéré, fulmine : « L’image des Etats-Unis a changé : d’un libérateur, ils sont devenus de grands perturbateurs, puis des propriétaires cherchant à gagner un loyer ».

Pourtant, les germes de la nouvelle situation mondiale dans laquelle nous entrons étaient déjà là. Il n’a fallu qu’une élection américaine pour les révéler au grand jour. Reste, comme l’a écrit le Financial Times, que « les partis au pouvoir et leurs dirigeants connaissent une vague de dégagisme sans précédent depuis 1905 », symptôme révélateur de la résistance des peuples qui refusent cette marche interminable au chaos et à la désagrégation.

En France, comme dans d’autres pays, la seule question qui se pose désormais est la suivante : prolonger l’agonie du vieux monde et replâtrer ses institutions, au nom du combat, prétendument, contre Trump et ses alliés, en appelant, comme le font les macronistes, le Parti socialiste mais aussi les dirigeants des confédérations syndicales, à la stabilité du pouvoir. Ou bien rassembler, avec LFI, les forces puissantes, mais jusqu’ici contenues par les directions du mouvement ouvrier, qui veulent rompre avec ce système.