États-Unis, Europe, Ukraine : derrière les faux semblants et les déclarations hypocrites

Une réalité incontournable : oui, il y a un intérêt commun bien compris entre Trump et les gouvernements européens pour taper sur les peuples d’Europe afin qu’ils payent l’« effort de guerre ».

Lors de la consultation européenne sur « la sécurité et la défense de l’Ukraine en Europe », le 2 mars à Londres (AFP).
Par Pierre Valdemienne
Publié le 5 mars 2025
Temps de lecture : 3 minutes

L’actualité dense de ces derniers jours invite à quelques réflexions sur le moment présent de la situation.

La décision prise par Trump et Vance de « remettre les pendules à l’heure » avec Zelensky, dont il apparaît qu’elle était parfaitement calculée1« Beaucoup de choses ont été apprises qui ne pourraient jamais être comprises sans une conversation sous un tel feu et une telle pression. C’est incroyable ce qui ressort de l’émotion, et j’ai déterminé que le président Zelensky n’est pas prêt pour la paix », (post de Donald Trump)., vaut moins pour l’Ukraine que pour tous les gouvernements européens.

Il fallait que les choses soient clairement dites, au vu et au su du monde entier : l’impérialisme américain, non seulement n’entend plus payer pour l’Europe, mais entend bien, pour reprendre la formule de Léon Trotsky, la « réduire à la portion congrue » (Europe et Amérique, 1924). Et dans des proportions significatives.

Un « revirement » de la politique américaine à l’égard de l’Europe : vraiment ?

Celles et ceux qui versent des larmes de crocodile sur un prétendu « abandon » des États-Unis, qui déplorent la « fin de l’Occident » ou qui s’alarment devant le « revirement » de la politique américaine, sous l’effet de Trump, oublient un peu vite que les États-Unis ont été constants dans leur attitude vis-à-vis de l’Europe.

Déjà, dans le fameux discours du 15 août 1971 mettant fin aux accords de Bretton-Woods (1944), le 37e président américain, Richard Nixon, déclarait : « À la fin de la Seconde Guerre mondiale, les économies des principaux pays industrialisés d’Europe et d’Asie étaient détruites. Pour les relever et protéger leur liberté, les États-Unis ont fourni 143 milliards de dollars d’aides. C’était la bonne chose à faire. (…) Mais, comme ils sont désormais économiquement puissants, le temps est venu qu’ils prennent leur juste part du fardeau dans la défense de la liberté du monde. »

La décision annoncée par Nixon à cette occasion de mettre fin à la convertibilité du dollar en or était assortie également de l’augmentation de 10 % de tous les droits de douane…

C’était un dimanche. Le lendemain, à Londres, le sous-secrétaire d’État au Trésor, Paul Volker, déclare aux gouvernements européens : « Nous ne sommes pas là pour négocier. » Ce que résumera le secrétaire au Trésor de Nixon, John Bowden Connally, à l’adresse des gouvernements européens : « Le dollar est notre monnaie, mais c’est votre problème. »

Trump serait-il devenu un « artisan de la paix » ?

Dans la continuité de cette « explication de texte » avec Zelensky, et joignant la parole aux actes, Trump vient d’annoncer le gel immédiat de l’aide militaire à l’Ukraine, pour un montant d’un milliard de dollars d’armes et de munitions. Dans la foulée, la présidente de la Commission européenne, Ursula von der Leyen, vient d’annoncer un plan de 800 milliards d’euros pour la défense en Europe.

Pourquoi Trump cherche-t-il la paix en Ukraine ? Pour répondre à un objectif : la Chine. Même la presse s’en fait désormais l’écho. Le journal l’Opinion (3 mars) le résume très simplement : « L’administration Trump voit d’abord dans le processus de normalisation avec la Russie un moyen de la tirer de l’orbite de la Chine ». Pour le journal financier, « mettre fin à la guerre » pour Donald Trump, c’est « un impératif afin de se reconcentrer sur ses dossiers domestiques et sur la Chine. »

Cette décision fait-elle de Trump un « artisan de la paix » dans le monde ? Bien naïf celui qui pourrait y croire : l’administration américaine est engagée, directement ou indirectement, dans de nombreux conflits dans le monde, en particulier au Moyen-Orient, à commencer par les massacres à Gaza, pour lesquelles elle vient de financer encore récemment 4 milliards de dollars d’aide militaire au gouvernement israélien.

Les gouvernements européens sont-ils devenus des « résistants » à Trump ?

Derrière des discours qui se veulent prétendument « combatifs », il y a les actes : il n’y a en réalité aucune résistance des gouvernements européens aux décisions de Trump, mais une soumission totale. Le président américain exige des gouvernements européens qu’ils augmentent leurs dépenses militaires à 5 % du PIB et ces derniers s’exécutent. Et en un temps record.

Il n’y a d’ailleurs aucune volonté de leur part de rompre avec les États-Unis. Le journal l’Opinion (idem) rapporte à ce sujet la chose suivante : « L’Italienne Giorgia Meloni plaide pour “un sommet d’urgence entre les États-Unis, l’Europe et leurs alliés” (…). Quant au britannique Keir Starmer, il veut sauver la “special relationship” de son pays avec les États-Unis et n’a pas manqué de transmettre une invitation du roi Charles à Donald Trump pour une visite d’État. »

De son côté, le secrétaire général de l’Otan, Mark Rutte a déclaré : « J’ai dit au président Zelensky : “Je crois, cher Volodymyr, que vous devez trouver un moyen de réparer votre relation avec Donald Trump et l’administration américaine”. »

Pour sa part, le chef de l’État a déclaré, en déplacement au Portugal : « Nous allons continuer à aider l’Ukraine, et quand je dis nous, c’est aussi les États-Unis ».

Derrière les faux-semblants et les déclarations hypocrites, il y a une réalité incontournable : oui, il y a un intérêt commun bien compris entre Trump et les gouvernements européens pour taper sur les peuples d’Europe afin qu’ils payent l’« effort de guerre ».

C’est le sens de l’opération politico-médiatique d’ampleur engagée depuis plusieurs jours pour tenter de sceller l’« union nationale » derrière Macron, l’Union européenne et Zelensky, les plus fervents défenseurs de cette union étant le Parti socialiste (PS), d’Olivier Faure à François Hollande en passant par Raphaël Glucksmann.