En Grande-Bretagne, les travailleurs repartent à l’assaut

En raison du deuil national observé pour le décès de la reine, les grèves prévues pour cette période avaient été reportées. Les syndicats des transports ferroviaires ont rouvert la lutte et organisé une grève massive le weel-end des 1er et 2 octobre.

(Photo correspondant)
Par Jean-Pierre Martin
Publié le 6 octobre 2022
Temps de lecture : 2 minutes

Ce samedi 1er octobre, tous les syndicats des travailleurs du transport ferroviaire, RMT, Unite, Aslef, TSSA, ont appelé à faire grève. Le pays entier était paralysé, les trajets n’étant plus assurés qu’à 11 %. Michael Lynch, le responsable du syndicat RMT, s’est exprimé une nouvelle fois : « C’est le gouvernement qui a provoqué ce conflit en proposant de supprimer nos emplois, de réduire nos retraites et de réduire nos salaires face à l’inflation. » Cette fois, la grève a rassemblé l’ensemble des syndicats de travailleurs du transport ferroviaire.
Cette exigence du « tous ensemble » sera discutée dans le congrès du TUC qui va s’ouvrir le 18 octobre. L’organe fédérateur des syndicats britanniques avait en effet reporté sine die le congrès prévu fin septembre en raison du deuil national décrété après la mort d’Elizabeth II. La motion, présentée par Unite1Unite et Unison sont les deux plus importants syndicats de Grande-Bretagne., appelle le Conseil général du TUC à « faciliter et encourager la coordination des grèves entre les syndicats afin que les travailleurs en conflit puissent exploiter le plus efficacement possible la puissance syndicale pour gagner ». Cette coordination des grèves, dans le temps et sur les objectifs, est aussi demandée par Unison.
De nouvelles grèves sont attendues cette semaine dans le rail et le métro londonien. Il en va de même pour les employés de Royal Mail (la poste), de British Telecom, des éboueurs, des dockers… Des grèves sont aussi en préparation dans l’éducation, la santé. Et c’est par dizaines de milliers que les travailleurs britanniques se sont lancés dans la grève.

 
L’abîme se creuse sous les pas du gouvernement Truss

Alors que le mouvement de grèves tend ainsi à se donner une colonne vertébrale, le gouvernement de Liz Truss, plus impopulaire que jamais depuis l’annonce des mesures budgétaires, précipite le Parti conservateur dans une nouvelle crise2Le recours massif à l’emprunt pour financer le budget a provoqué une chute de la livre sur le marché des devises. En quelques jours, la livre est tombée à 1,04 $, au plus bas depuis 1985.Elle a perdu 20 % de sa valeur depuis le 1er janvier, renchérissant d’autant le coût des importations. Le Royaume-Uni emprunte sur les marchés financiers aujourd’hui à 3,8 %, contre 1 % en 2021. La Banque d’Angleterre doit procéder dans l’urgence à un crash-test des banques britanniques pour vérifier la solidité de leurs capitaux propres bancaires.. Selon un sondage Yougov, 51 % des Britanniques souhaitent sa démission. Des députés conservateurs parlent ouvertement d’une motion de défiance à son encontre alors que leur parti vient d’ouvrir son congrès annuel à Birmingham.
Cette impopularité favorise mécaniquement le Parti travailliste, parti d’opposition quasi institutionnel. Mais la classe ouvrière, en lutte aujourd’hui pour la sauvegarde de ses moyens d’existence vitaux, sait qu’elle n’a pas grand-chose à attendre de la direction actuelle du Labour, tant cette dernière a montré, à maintes reprises, son caractère anti-ouvrier et antidémocratique : purges à l’encontre des militants corbynistes, pression sur les députés pour les empêcher de se rendre sur les piquets de grève, soutien à l’Otan et à sa politique guerrière, soutien sans faille aux institutions monarchiques, etc.
La désagrégation de l’économie britannique s’accélère de jour en jour. Seule la classe ouvrière britannique, luttant et s’organisant sur ses objectifs propres, est à même d’ouvrir une perspective. Ce mouvement a commencé.