A l’Assemblée nationale, des députés Renaissance lessivés

La succession des « 49-3 » utilisés par le gouvernement intervient dans un contexte de crise qui traverse toutes les troupes gouvernementales à l’Assemblée nationale, nous rapporte Jérôme Legavre, député LFI-Nupes et militant du POI.

A l'Assemblée nationale, le 31 octobre 2022, les bancs dépeuplés de la "majorité" (photo AFP).
Par Jérôme Legavre
Publié le 4 novembre 2022
Temps de lecture : 2 minutes

Le gouvernement a dû brandir, le 2 novembre, une nouvelle fois, l’article 49.3 de la Constitution de la Ve République, après l’avoir déjà utilisé à trois reprises en sept jours (les 19, 20 et 26 octobre), lui permettant, même minoritaire, de faire passer en première lecture  le projet de loi de finances de l’Etat (recettes et dépenses) et le projet de loi de financement de la Sécurité sociale (idem).

Ce recours répété intervient, rappelons-le, six mois seulement après l’élection de Macron (dans les conditions qu’on sait), cinq mois à peine après les dernières législatives qui n’ont donné au chef de l’État qu’une majorité relative à l’Assemblée nationale. 

Quelques faits viennent de se produire ces derniers jours qui pourraient paraître anecdotiques s’ils n’exprimaient pas l’ampleur de la crise des institutions et du régime.

Mercredi 26 octobre (le soir de l’intervention télévisée de Macron), Elisabeth Borne utilise le 49.3 pour la troisième fois. Son arrivée était attendue depuis le début de la journée. Elle n’arrivera au parlement que quelques minutes avant minuit, pour y prendre la parole devant un hémicycle que plus de la moitié des députés avait quitté. On fait difficilement moins glorieux…

Flottement, lassitude, voire ras-le-bol

Au même moment, plusieurs articles de presse font état des flottements, de la lassitude, voire du ras le bol de députés Renaissance (ex-LREM), de plus en plus lessivés, qui ne comprennent pas pourquoi ils devraient défendre pied à pied les mesures gouvernementales alors que les débats sont systématiquement clos par l’utilisation du 49.3.

Deux jours plus tard, l’Assemblée examine dans la soirée la partie du budget consacrée à l’outre-mer. La majorité des députés présents appartient à la Nupes. Les autres groupes sont très majoritairement absents. Pour la pseudo-majorité présidentielle, seuls cinq députés sont présents. Résultat : tous les amendements défendus par la Nupes, incluant des mesures d’urgence contre la vie chère, pour l’eau potable… sont adoptés.

Très vite, le ministre de l’outre-mer, les députés Renaissance, baissent pavillon, cessent de se battre. À 2 heures du matin, la partie « outre-mer » du budget est adopté, intégrant tous les amendements de la Nupes.

Fait significatif, les rares députés Renaissance présents, qui auraient fort bien pu voter contre, ou quitter l’hémicycle, décident de s’abstenir.

Anecdotes certes, mais révélatrice de l’usure, de l’état de déliquescence de la soi-disant majorité gouvernementale (et ce au bout de quelques mois seulement…).

Lundi 31 octobre, le même scénario s’est reproduit. Les soutiens du gouvernement étaient en nette minorité. Résultat : les amendements de la Nupes portant sur la rénovation thermique des logements et en premier lieu des passoires thermiques, ainsi que sur les investissements en faveur du fret ferroviaire, ont tous été adoptés. Pour un montant total de 12 milliards…

Le 49.3 sur le volet dépenses du budget tombera deux jours plus tard.

Le gouvernement ne dispose que d’une majorité relative : au bout de quelques mois, elle est dans un sale état…