Les cent jours de la Première ministre italienne

Le 29 décembre, la Première ministre italienne, Giorgia Meloni, a tenu sa conférence de presse de fin d’année. L’occasion de tirer un premier bilan près de cent jours après sa victoire aux élections législatives. Au même moment, le Sénat italien approuvait de manière définitive, avec le vote de confiance, le budget 2023.

Lors de la conférence de presse de Giorgia Meloni, la Première ministre italienne, le 29 décembre 2022 (photo AFP).
Par Ophélie Sauger
Publié le 7 janvier 2023
Temps de lecture : 4 minutes
La loi de finances 2023 : contre les plus précaires et une politique de guerre

Une loi « contre les plus précaires », comme l’indique la CGIL, la plus grande confédération italienne, sur son site internet, le 25 novembre, qui « n’intervient pas structurellement sur la pandémie salariale qui appauvrit le pays (…), réduit de fait les ressources nécessaires pour la santé, l’école et le transport public ». Cette loi maintient la réforme Fornero sur les retraites (avec allongement de la durée de cotisation) et prévoit de supprimer totalement le revenu de citoyenneté (équivalent du RSA) en 2024.

Lors d’un entretien téléphonique avec le président Zelensky, Giorgia Meloni a renouvelé « le plein soutien du gouvernement italien à Kiev dans les domaines politique, militaire, économique et humanitaire, pour réparer les infrastructures énergétiques et (pour travailler) à la future reconstruction de l’Ukraine », a indiqué le Palais Chigi (siège de la présidence du Conseil) dans un communiqué.

La dirigeante a également réitéré « l’engagement total de l’Italie dans toutes les actions visant à atteindre une paix juste pour la nation ukrainienne ». La présidente du Conseil italien a d’ailleurs confirmé son intention de se rendre à Kiev et a également invité le président ukrainien à Rome. Le 14 décembre, les parlementaires de droite, de centre-droit et du Parti démocrate ont approuvé une résolution de soutien à l’Ukraine qui autorise l’envoi d’armes dans ce pays pour toute l’année 2023 sans demander un nouveau vote au Parlement.

Des passages en force dans un contexte de résistance de la classe ouvrière

A peine arrivé au pouvoir, le gouvernement Meloni a dû faire face à la résistance des travailleurs italiens : en octobre, le jour même de la constitution du nouveau Parlement et alors que les politiques discutaient « équilibre de gouvernement », les ouvriers d’Ansaldo, la plus grande industrie de Gênes, étaient dans la rue contre la fermeture de leur usine, propriété de l’Etat, à l’appel de la Confédération générale italienne du travail (CGIL). Rejoints par les ouvriers des chantiers navals, la CGIL du secteur industrie avait alors affirmé : « Les ouvriers, les employés, les techniciens ne veulent pas payer la guerre et la crise du gaz (…). La revendication est simple : le propriétaire, c’est-à-dire l’Etat, doit fournir l’argent et les commandes à une entreprise utile à la transition énergétique. »

Quelques semaines plus tard, le 5 novembre, à Rome, avait lieu une importante mobilisation contre la guerre et pour les salaires, avec près de 100 000 personnes en manifestation, appelée par des partis de gauche et plusieurs syndicats. En décembre, plusieurs journées de grèves interprofessionnelles ont été convoquées : celle du 9 décembre à l’appel des syndicats de l’Union syndicale de Base (USB) et le 14 décembre à l’appel de la CGIL, contre le budget du gouvernement.

Meloni cherche à continuer la politique de son prédécesseur Mario Draghi

C’est dans ce contexte où la classe ouvrière italienne est tout sauf écrasée que Meloni est arrivée au pouvoir, elle-même dans un contexte de crise politique, à la suite de la chute du gouvernement de Mario Draghi (ancien président de la Banque centrale européenne).

On se souvient que dès les premiers jours du déclenchement de la guerre en Ukraine, les personnels aéroportuaires de l’aéroport de Pise, qui avaient découvert des armes dans des caisses envoyées par convoi humanitaire pour l’Ukraine, avaient appelé à une manifestation le 19 mars 2022 avec le syndicat USB qui a dénoncé « cette surprise terrible dans laquelle nous entraîne le climat de guerre du gouvernement Draghi ». En juin 2022, une série de grèves avait été déclenchée dans le secteur des transports et particulièrement celle du 17 juin appelée par les syndicats de l’USB « contre la guerre, contre toute forme de licenciements, pour la sécurité du travail, pour le salaire minimum et contre l’augmentation des prix ».

Le 24 octobre, jour de la mise en place du gouvernement, l’un des plus grands quotidiens italiens, le Corriere della Sera titrait : « Continuité et transition ordonnée », pour illustrer la poignée de mains entre Mario Draghi et Giorgia Meloni.

C’est ce week-end-là qu’avait choisi Emmanuel Macron pour se rendre en Italie et être ainsi le premier chef d’Etat à s’entretenir avec Meloni devenue Première ministre. Joe Biden, quant à lui, avait été encore plus direct en déclarant : « J’ai hâte de travailler avec Meloni. » Lors des élections anticipées de septembre, le capital financier avait fait son choix. Ce qu’avait relevé en ces termes le quotidien Le Monde : « En Italie, les milieux d’affaires penchent pour la candidate de l’extrême droite Giorgia Meloni. » Il fallait trouver un autre meneur de la politique de privatisation et d’économie de guerre. Le capital reste le capital, il sait où sont ses valeurs.  

Des militants cherchent à construire la force politique de rupture

Face à cela, des militants italiens cherchent à construire la force politique de rupture qui manquait encore en Italie. L’Unione Popolare, qui a reçu le soutien de Jean-Luc Mélenchon, avec la participation de l’organisation Potere al Popolo, construit une politique de rupture à la politique de Draghi, poursuivie par Meloni, et ce dès les élections législatives, dans un contexte où l’Italie a enregistré sa plus forte abstention jamais atteinte à des élections politiques. Avançant vers un renforcement, avec notamment l’Assemblée populaire nationale organisée le 4 décembre,

Unione Popolare est partie prenante des initiatives politiques contre la guerre et ses militants participent aux grèves et manifestations syndicales.

Cette volonté de rompre et de s’organiser offre en Italie une perspective pour les travailleurs italiens.