« A ceux-là, et nous le comprenons, qui rappellent l’Holocauste organisé par les nazis, nous disons… »
Discours de Pierre Lambert au meeting convoqué par le PCI, le 16 juin 1982, au lendemain des massacres dans les camps palestiniens de Sabra et Chatilah (extraits).
- Histoire, Palestine, Tribune libre et opinions

Présentation : En juin 1982, un meeting est convoqué par la Parti communiste internationaliste (nom de la section française de la IVe Internationale à l’époque) contre les massacres au Liban.
En effet, les troupes israéliennes avaient attaqué le Liban dans les localités de Sabra et Chatilah, il y avait un immense camp essentiellement peuplé de femmes, d’enfants, de vieillards et de malades, les hommes étant partis combattre.
L’armée israélienne encercla le camp et laissa entrer les phalangistes, milices chrétiennes fascistes, qui perpétrèrent un massacre en assassinant 2 000 enfants, femmes et vieillards sous l’oeil du boucher Sharon ministre de la Défense d’Israël.
Dans ce meeting, Pierre Lambert, qui avait échappé à la déportation, qui combattait l’occupant nazi notamment dans la construction de syndicats clandestins de la CGT, lui qui avait une vingtaine d’années durant la Deuxième Guerre mondiale, prenait la parole. Voici un extraits de son discours.
Discours de Pierre Lambert au meeting convoqué par le PCI, le 16 juin 1982
Nous avons voulu porter témoignage de ces héroïques jeunes garçons de 12 ou 13 ans qui, autour des camps de Saïda, Palestiniens et Libanais, avec des roquettes, attaquent les tanks israéliens.
Nous avons voulu porter ce témoignage de cette mère juive qui a dit sur la tombe de son fils : « C’est Sharon, c’est Begin qui sont responsables de la mort de mon fils, ce ne sont pas les Palestiniens ! » Ce sont Sharon et Begin qui sont responsables du massacre, du génocide des Palestiniens. Il fallait que ce témoignage soit porté dans un meeting. Il fallait qu’on le dise. Il fallait qu’on le proclame, cela pour, demain dans les entreprises, dans les facultés, agir, combattre.
(…) Nous sommes contre (la reconnaissance de l’Etat d’Israël) et nous avons été contre en 1947-1948 parce que nous estimons que la reconnaissance de l’Etat d’Israël signifie l’oppression des peuples de la région par l’impérialisme, leur oppression, leur exploitation par la caste des propriétaires fonciers et des bourgeoisies dites nationales. Alors nous avons discuté et nous avons combattu en relation avec le marxisme qui nous sert de guide.
Nous avons dit : en Palestine, il y a les deux composantes, arabe et juive : il faut que ces deux composantes, dans l’égalité des droits, constituent une nation palestinienne. L’Etat israélien est un facteur réactionnaire et contre-révolutionnaire. L’histoire connaît aujourd’hui des nations comme la Suisse. Nous disons : pour qu’il puisse y avoir cette nation palestinienne, qui est la seule voie du progrès et de paix dans cette région du monde, alors il faut combattre pour la Constituante palestinienne, une Constituante qui déterminera les droits égaux et les devoirs de chacune des composantes, juive et arabe, dans une seule nation. Voilà pourquoi nous sommes contre l’Etat d’Israël. On nous a rétorqué, on nous a dit depuis des années : c’est là une utopie.
Les réalistes, tous ceux qui nous ont expliqué que notre position et notre combat étaient utopiques, où ont-ils mené les peuples ? Où mènent-ils aujourd’hui cette région du monde où se déchaînent le feu, le massacre, le dénuement ?
Non, il n’y a pas d’autre issue que l’issue démocratique, et l’issue démocratique qui, seule, peut amener la paix dans cette région passe par la disparition de l’Etat d’Israël, passe par la Constituante palestinienne, édifiant la nation palestinienne avec ses deux composantes.
(…) Opprimés depuis des millénaires, les juifs ont acquis et ont conquis une culture et une tradition. L’Etat d’Israël, oppresseur, se dresse contre cette culture et ces traditions. Avec l’Etat d’Israël, c’est l’inculture, la pire réaction, l’utilisation des milices fascistes. Begin, Sharon sont les fossoyeurs de ces traditions, l’Etat d’Israël en est la négation.
A ceux-là, et nous le comprenons, qui rappellent l’Holocauste organisé par les nazis, nous disons : le corps éventré et disloqué d’un enfant juif du ghetto de Varsovie ne saurait avoir un prix plus grand que le corps éventré et disloqué de l’enfant palestinien ou libanais de Tyr, de Saïda ou de Beyrouth. Le crime des uns n’excuse pas le crime des autres. (…)
