Etats-Unis : sous la pression de leurs membres, des syndicats poussés à rompre avec Biden
Vendredi 1 er décembre, le syndicat de l’automobile UAW a signé à son tour un appel de syndicats américains à un cessez-le-feu en Israël et en Palestine, ainsi qu’à la fin du siège de Gaza. C’est important à plusieurs titres.
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L’UAW, fort de ses près de 600 000 membres, est le plus gros syndicat signataire à ce stade : cet appel au cessez-le-feu ne reste pas confiné aux syndicats connus pour signer régulièrement de tels appels.
L’UAW est également auréolé de ses plus de 40 jours de grève, qui ont permis d’arracher fin octobre une augmentation de 25 % des salaires des travailleurs de l’automobile. Cette grève marque un tournant à gauche de la direction syndicale, qui, poussée par sa base, a appelé pour la première fois de son histoire les salariés des trois grands constructeurs automobiles américains à faire grève en même temps. La signature de l’appel à un cessez-le-feu, de la part d’un syndicat traditionnellement défenseur de l’Etat d’Israël, confirme cette radicalisation, et lie, pour les militants ouvriers américains, la combativité sur le terrain syndical et le refus de toute union sacrée avec le gouvernement Biden, y compris à propos du Moyen-Orient.
In These Times rapporte l’analyse d’Alex Press, chargé de suivre le mouvement syndical pour le magazine de gauche Jacobin : « Ce n’est pas seulement une déclaration, mais aussi un engagement à agir, de la part d’un syndicat où ce n’est pas une question simple. Après tout, certains de ses membres produisent les armes qu’Israël utilise pour massacrer des civils. »
Le syndicat de dockers ILWU de San Francisco aussi…
De même, le 18 novembre dernier, l’assemblée générale du local 10 (San Francisco, Oakland) du syndicat de dockers ILWU a adopté à l’unanimité une résolution exigeant un cessez-le-feu, et l’a communiqué au journal traditionnel de la gauche américaine, The Nation. Le local 10 a une tradition d’opposition au soutien américain à des régimes réactionnaires. Il est particulièrement connu pour son refus de décharger les navires en provenance d’Afrique du Sud dans les années 1980, en protestation contre le régime d’apartheid. La résolution adoptée a donc un contenu très concret.
La classe ouvrière américaine, comme dans tous les pays du monde, est choquée de l’atrocité de la guerre que mène Israël sur Gaza. Mais Israël est le bras armé des Etats-Unis au Moyen-Orient, et plus encore qu’ailleurs, la pression exercée sur les organisations syndicales pour qu’elles ne prennent pas position est grande.
Et, à l’inverse, les appels à un cessez-le-feu ont inévitablement un contenu d’opposition frontale à leur propre gouvernement. Pour défendre les revendications de leurs membres, et sous leur pression, des syndicats américains sont amenés à rompre avec le gouvernement Biden, et cette rupture prend notamment la forme de tels appels, qui, dans le cas de l’UAW et de l’ILWU, pourraient avoir des conséquences très concrètes.
