Allemagne : 1er congrès de l’Alliance Sahra Wagenknecht
400 premiers membres ainsi que des invités se sont réunis à Berlin pour le congrès de l’Alliance Sahra Wagenknecht, le Bündnis Sahra Wagenknecht (BSW), fondée le 8 janvier.
- Actualité internationale, Allemagne

Harri Grünberg, participant au congrès constitutif de l’Alliance Sahra Wagenknecht nous livre son point de vue.
« Le 27 janvier, 400 premiers membres ainsi que des invités se sont réunis à Berlin pour le congrès du parti de Sahra Wagenknecht, BSW, fondé le 8 janvier. Cette fondation intervient dans une situation de crise croissante du capitalisme, de son système politique et de la menace d’une nouvelle guerre mondiale. La récession économique s’accélère, le système des partis s’effondre et le mécontentement général de la population vis-à-vis du système existant est énorme.
Si le BSW ne commet pas d’erreur fondamentale, il continuera à faire avancer le bouleversement du paysage politique allemand. La formation d’un nouveau parti de masse avec des contenus de gauche peut réussir et serait un progrès.
Ces contenus de gauche peuvent être mis en évidence en quatre points : pour le rétablissement de l’État social, les services d’intérêt général doivent être confiés au secteur public, une paix négociée en Ukraine, pour une politique sociale en matière d’énergie et d’environnement et pour la défense de la liberté qui est menacée.
Oskar Lafontaine a appelé à la fin de la guerre et du génocide à Gaza. L’Allemagne porte une responsabilité envers les Juifs pour les crimes commis à l’époque nazie, mais elle porte également une responsabilité envers les Palestiniens, qui ont également été privés de leurs droits avec la création de l’État d’Israël. Sans la Shoah, il n’y aurait pas d’État d’Israël.
L’atmosphère de renouveau était palpable lors de ce congrès du parti. L’enthousiasme était réel. Le congrès a fait preuve d’une grande discipline, indispensable pour que ce parti prenne un bon départ, ce qui n’a pas empêché la discussion de tourner court.
Le grand public devrait se rendre compte que quelque chose de sérieux est en train de naître. Mais à long terme, l’occultation des débats démocratiques et de la culture du débat sur le programme, la tactique et la stratégie, qui sont vitaux pour le mouvement ouvrier depuis sa naissance, s’avérera contre-productive pour le développement futur du parti.
En matière de culture de débat au sein du parti, le nouveau parti veut également préciser que le BSW ne représente pas Die Linke « 2.0 ». En effet, le parti Die Linke a également échoué à cause d’intrigues, de marchandages de postes et d’affrontements totalement autodestructeurs contre l’aile Wagenknecht. Sahra Wagenknecht veut éviter une évolution comparable dans le nouveau parti. Le nouveau parti ne doit pas devenir un petit parti marginal de gauche. Dans son discours, elle a appelé à une collaboration respectueuse au sein du nouveau parti.
L’insinuation selon laquelle le parti serait ouvert à la droite, colportée dans les médias par la présidente de Die Linke, Wissler, a été très rapidement balayée dès le début du congrès. L’ancienne écrivaine de la RDA Daniella Dahn a souligné le caractère antifasciste du parti. Elle a déclaré que « l’engagement sans équivoque en faveur de l’antiracisme et de l’antifascisme émane de ce congrès » et que « pour la libération du régime nazi, on est aussi redevable aux soldats de l’Armée rouge ». Elle a également rappelé les sacrifices consentis par l’Union soviétique et l’Armée rouge pour libérer leur propre pays, l’Europe et l’Allemagne de la dictature nazie.
Concernant la fonction sociale du BSW, la présidente du parti, Sahra Wagenknecht, a souligné le caractère oppositionnel du BSW : « Le BSW veut se frotter aux puissants pour lutter contre l’influence des grandes entreprises, pour cela il faut leur serrer la vis. »
Les soins de santé et les entreprises du secteur de l’énergie doivent être placés sous le contrôle de la société, exige le programme électoral européen du BSW adopté lors du congrès du parti. Les hôpitaux doivent être gérés par les pouvoirs publics et le secteur de l’énergie, du moins en ce qui concerne les réseaux électriques, doit être nationalisé.
Le point fort du congrès du parti a été la confrontation avec l’AFD et la coalition tricolore. Wagenknecht a exigé que le gouvernement tricolore disparaisse. Le gouvernement tricolore fait une politique qui passe à côté de la population qui travaille dur. « Ce gouvernement tricolore ne parle pas de la pauvreté qui s’étend et dont ils sont responsables, c’est pourquoi il faut protester en masse contre ce gouvernement. Mais aussi contre un Friedrich Merz de la CDU ».
La politique du gouvernement tricolore est responsable du succès de l’AFD. L’AFD est un parti néolibéral de droite.
Afin d’affaiblir l’AFD, Wagenknecht a appelé « les gens à descendre massivement dans la rue, pour des améliorations sociales, pour de nouvelles élections et bien sûr pour la fin des sanctions contre la Russie, pour la diplomatie plutôt que la guerre, contre les livraisons d’armes et pour un cessez-le-feu immédiat ».
Un changement de politique affaiblira l’AFD.
Aussi bien Wagenknecht qu’Oskar Lafontaine ont fait remarquer que le BSW est le seul parti pacifiste conséquent représenté au Bundestag.
Les socialistes doivent être clairs. L’émergence d’un parti qui s’appuie sur les larges couches de la population, sur les ouvriers, les artisans et les paysans, qui s’engage pour la paix, pour la mise en place d’un État social qui fonctionne, est absolument nécessaire. Les socialistes doivent soutenir ce processus et l’accompagner de manière critique et solidaire.
Le BSW reprend les aspirations de beaucoup à une politique de paix et sociale « sociale-démocrate » en bonne et due forme, telle qu’elle existait dans les années soixante-dix au profit de la classe ouvrière. La mise en œuvre d’une politique sociale-démocrate de reconstruction de l’Etat social serait déjà un énorme pas en avant par rapport à la situation actuelle. Mais la mettre en œuvre aujourd’hui se heurte aux limites du système capitaliste. »
