Sophie Binet et l’union de la gauche

Le 17 mai, Sophie Binet, secrétaire général de la CGT, était l’invitée d’Edwy Plenel pour l’émission en ligne de Mediapart « A l’air libre » à l’occasion de la republication du programme du Conseil national de la Résistance « Les Jours heureux » qu’elle vient de préfacer.

Sophie Binet, le 25 avril. (AFP)
Par Rosalie Albani
Publié le 24 mai 2024
Temps de lecture : 2 minutes

Le 17 mai, Sophie Binet, secrétaire général de la CGT, était l’invitée d’Edwy Plenel pour l’émission en ligne de Mediapart « A l’air libre » à l’occasion de la republication du programme du Conseil national de la Résistance (CNR) « Les Jours heureux » qu’elle vient de préfacer.

Au cours de l’entretien, Sophie Binet alerte : « Il est minuit moins le quart. L’extrême droite ne cesse de gagner du terrain ». « On a l’impression, explique-t-elle, d’avoir en face de nous une série d’épiciers qui sont chacun sur leurs petits intérêts de boutique et qui ne se rendent pas compte de la gravité de la situation. On est dans un moment où l’extrême droite est en train d’arriver au pouvoir dans de plus en plus de pays du monde. Si la France, puissance nucléaire bascule à l’extrême droite, c’est un basculement mondial. »

Pourtant, c’est bien Macron qui vient en quelques jours d’interdire le réseau Tik Tok (la France est la première « démocratie occidentale » à le faire !), d’envoyer l’armée et de décréter l’état d’urgence en Nouvelle-Calédonie, s’appuyant sur le vote majoritaire à l’Assemblée nationale du dégel du corps électoral… grâce au vote pour des députés RN.

Elle développe alors la méthode : « L’unité syndicale, l’unité des forces sociales précède souvent l’unité politique (…). Pour nous, l’unité c’est dans nos statuts, c’est identitaire. On travaille donc d’abord sur l’unité avec cette intersyndicale qu’on a réussi à faire vivre sur la réforme des retraites… Et qu’on continue encore à faire vivre malgré nos différences. On fait en sorte au vu de la compréhension commune que nous avons de la gravité du moment d’avoir la capacité de dépasser nos intérêts de chapelle pour nous rassembler sur l’essentiel. »

L’essentiel aujourd’hui pour un syndicaliste, ce devrait être de tout mettre en œuvre pour faire échec « à la réforme » de l’assurance chômage, à la liquidation du statut de la fonction publique, pour défendre les libertés et des droits (comme le droit de grève) remis en cause par Macron-Attal, lutter pour le cessez-le-feu à Gaza… Pas vraiment ce à quoi s’attellent les directions des confédérations syndicales aujourd’hui…

Avec Hollande ?

« Il faut que cet exercice que nous avons été capables de faire comme organisations syndicales donne des idées à la gauche politique. L’extrême droite arrive toujours au pouvoir quand la gauche est divisée. C’est la division de la gauche qui est responsable de l’arrivée de l’extrême droite au pouvoir. »

Mais alors faire l’union de la gauche avec qui ? Avec Glucksmann, qui vient d’annoncer qu’il était contre la retraite à 60 ans et pour laquelle « l’intersyndicale » s’était pourtant unie en demandant le retrait du projet de réforme des retraites du gouvernement ? Avec Léon Deffontaines et Marie Toussaint qui hurlent avec les loups quand il s’agit d’accuser La France insoumise d’antisémitisme ?

Francis Parny, militant des Insoumis communistes, pointe ce problème de fond sur son compte X : « L’unité n’est pas une fin en soi. L’unité syndicale a-t-elle permis la victoire contre la retraite à 64 ans ? L’unité avec Hollande a-t-elle permis une autre politique ? Avec la Nupes, il y avait une unité sur un programme alternatif au libéralisme. Qui a renié sa signature ? »

En effet, le PS, le PC et les Verts ont ardemment œuvré pour faire exploser la Nupes, accord électoral appuyé sur programme de rupture de La France insoumise qui avait permis de faire élire 151 députés et de finir en tête devant le RN lors du premier tour des élections législatives. Deux mois auparavant, ces formations politiques avaient chacune présenté des candidats à l’élection présidentielle barrant ainsi la route du second tour à Jean-Luc Mélenchon. Décidément, les faits sont têtus.