Comprendre pourquoi Macron est prêt à gouverner avec Le Pen
Au vu du nombre des votes communs des macronistes et du RN, qui peut être étonné de la décision de Macron de dissoudre l’Assemblée nationale en se donnant la possibilité de nommer Marine Le Pen, sa Première ministre ?
- Actualité politique et sociale

Macron a prononcé, le 7 juin 2024, un discours à Bayeux qui permet de comprendre la logique qui procède de la Ve République elle-même. Le site de l’Élysée a publié une vidéo du discours présidentiel qui met en valeur deux phrases faisant référence aux deux discours que de Gaulle avait, il y a 80 ans avant lui, prononcé dans cette ville :
– En 1944, de Gaulle « a restauré l’autorité de l’État » dit Macron. La vérité, c’est qu’en concurrence avec les USA venus pour coloniser le pays, il a empêché, avec notamment l’aide de Maurice Thorez, du PCF, que la révolution ne sorte de la crise révolutionnaire ouverte par l’effondrement de l’État français. Cette crise révolutionnaire, en revanche, nous a permis d’arracher la Sécu, la Fonction publique, toutes ces conquêtes que Macron veut rayer de la carte.
– En 1946, ajoute Macron, de Gaulle a porté « l’ambition d’une république nouvelle ».
Qu’a donc dit de nouveau, de Gaulle en 1946 à Bayeux ? Ceci en particulier : « Tout nous conduit donc à instituer une deuxième chambre dont, pour l'essentiel, nos conseils généraux et municipaux éliront les membres. (…) Il sera normal d'y introduire, d'autre part, des représentants des organisations économiques, familiales, intellectuelles, pour que se fasse entendre, au-dedans même de l'État, la voix des grandes activités du pays. »
Le corporatisme, projet permanent de la Ve République, de Macron à Le Pen
En réalité, cela n’est pas nouveau. « Organisations économiques » recouvrent les syndicats. Sous prétexte de lutter contre le fascisme, de Gaulle proposait ni plus ni moins, d’introduire dans sa Constitution, l’intégration des syndicats dans les institutions politiques, c’est-à-dire la vieille recette des régimes corporatistes (Mussolini, Hitler, Pétain, Franco, Salazar…). Ce système qui supprime les syndicats indépendants, est au cœur des régimes fascistes. De Gaulle a accompagné ce projet de celui de la « participation capital-travail » dans les entreprises, assujettissant les salariés aux intérêts des actionnaires-propriétaires de leur propre entreprise.
Comment de Gaulle le justifie-t-il ? Il dit dans sa conclusion : « Soyons assez lucides et assez forts pour nous donner et pour observer des règles de vie nationale qui tendent à nous rassembler quand, sans relâche, nous sommes portés à nous (…)
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