Elections au Venezuela : Washington tente de désigner le président
Non à toute ingérence impérialiste ! Pour la souveraineté du peuple vénézuélien !
- Actualité internationale, Venezuela

Le jeudi 1er août, le secrétaire d’État américain, Antony Blinken, a déclaré que le président du Venezuela était Edmundo Gonzalez Urrutia, le principal candidat de l’opposition (dix candidats ont concouru à l’élection présidentielle vénézuélienne du dimanche 28 juillet).
La prise de position officielle de l’administration Biden prétendait trancher la polémique des résultats controversés des élections.
En effet, le Conseil national électoral (organisme auquel participe l’opposition) avait émis un deuxième communiqué le 2 août (après avoir déclaré Nicolas Maduro vainqueur le 29 juillet, quand seulement le 80 % des voix étaient comptées). Elvis Amoroso, président du Conseil, a déclaré qu’avec 96,7 % des voix comptées Maduro avait 51,95 %, Gonzalez, 43,18 %, le reste se répartissant entre les autres candidats.
Amoroso a expliqué que le système électoral avait subi plusieurs attaques informatiques, que plusieurs bureaux de vote avait été incendiés par les groupes de l’opposition d’extrême-droite pro-impérialiste et que la totalité des voix seraient publiées dans les prochains jours. Il a aussi déclaré que, conformément à la loi électorale, le Conseil a un délai de trente jours pour publier tous les résultats par bureau.
Qui a organisé les manifestations violentes ?
Depuis le lundi 29 juillet à l’appel de Maria Corina Machado (véritable chef de file de l’opposition pro-impérialiste, et officiellement assesseur du candidat Eduardo Gonzalez) des manifestations violentes ont éclaté dans tout le pays, avec un impact très inégal, mais qui ont comporté l’assaut de locaux du PSUV (Parti socialiste unifié du Venezuela, parti qui soutient Maduro), de maisons de militants connus, et détruit des statues de l’ancien président Hugo Chavez.
La police a répondu aussi violemment : à l’heure d’aujourd’hui, on compte plus de douze morts et 1 200 détenus. La violence de groupes organisés a une vieille tradition au Venezuela, notamment quand, en 2019, quand le député Guaido s’était proclamé « président » et avait bénéficié de la reconnaissance de plusieurs gouvernements, notamment des États-Unis et de l’Union européenne.
En 2018, Maduro avait été réélu et l’opposition n’avait pas reconnu cette élection et Guaido se proclamait président. Cela a duré quelques années, jusqu’à ce que les États-Unis le laissent tomber notamment parce qu’il était lié aux narcotrafiquants de Colombie.
Parallèlement, Maduro a opéré un tournant dans sa politique, a appliqué des mesures dures d’austérité, avec une réduction des salaires et des retraites (remplacées par une aide et des subsides) en contradiction avec la LOTT (Code du travail) conquis au cours de la dernière année de la présidence de Chavez en 2012.
Ce tournant impliquait de réouvrir les négociations avec le gouvernement américain. Avec la guerre en Ukraine, Biden a cherché à assurer l’exploitation du pétrole vénézuélien et a réduit quelques sanctions et promis le retrait de toutes les sanctions après les élections présidentielles… La controverse ouverte sur les résultats permet à l’administration nord-américaine de se prononcer ouvertement pour la défaite de Maduro, et active la violence organisée par les partisans de Maria Corina.
Les conditions qui permettent cela
Il ne faut pas oublier que la nation vénézuélienne subit un total de neuf cents mesures de sanction économiques, commerciales, diplomatiques et militaires de la part de États-Unis, soutenus dans plusieurs cas par des gouvernements européens ou latino-américains. Le pays est plongé dans une crise profonde, incapable de vendre son pétrole. Presque sept millions de citoyens ont été forcés à l’exil, encouragés par les États-Unis.
Le régime de Maduro, soutenu par l’armée, a réagi, essayant de faire prendre en charge la crise par les travailleurs, en contradiction avec la constitution bolivarienne en réprimant les grèves ouvrières, y compris en emprisonnant des responsables syndicaux.
Cela explique qu’une partie de la population se tourne vers l’opposition bien que le fond de son programme soit de vendre le pays aux multinationales.
Ce qui est en jeu
Au-delà du résultat électoral, dont Maduro a promis la publication à 100 % et a fait appel au Tribunal supérieur de justice pour valider les résultats, ce qui est en jeu est la souveraineté du Venezuela et sa capacité à contrôler ses richesses. Ce pays contient les premières réserves de pétrole du monde. Pour les majors américaines, c’est une question prioritaire. La société PDVSA est nationale et contrôle aussi des centaines de postes de distribution aux États-Unis.
Pour Biden comme pour Trump, c’est une affaire « intérieure ». C’est la cause des dangers de « guerre civile ». Les gouvernements du Brésil, du Mexique et de Colombie, considérés comme des amis du Venezuela, essaient ces derniers jours de proposer une médiation. Ils proposent une négociation entre Vénézuéliens, c’est-à-dire entre Maduro et Gonzalez (écartant Maria Corina, considérée à juste titre comme une agence de l’impérialisme nord-américain) et sans interférence d’aucun pays étranger.
Lopez Obrador, président du Mexique, s’est prononcé dès le début contre l’ingérence des gouvernements étrangers et avec Lula (Bresil) et Petro (Colombie), a considéré que la prise de position du gouvernement des États-Unis proclamant Gonzalez, aurait des effets négatifs.
Les manifestations du 3 août en soutien à Maduro ont rassemblé le double de manifestants que celles de l’opposition, malgré la politique de Maduro. La défense de la souveraineté de la nation est la question centrale pour une bonne partie de la population et des travailleurs. C’est précisément la condition pour pouvoir répondre à toutes les revendications sociales et démocratiques de la majorité.
4 août 2024
C’est eux-mêmes qui le disent ! Nous publions ici un long tweet de Chris Murphy, sénateur démocrate du Connecticut. S’il contient des affirmations péremptoires sur le résultat de l’élection au Venezuela ou sur l’engouement pour la candidature de Gonzalez, il expose benoîtement la préférence de l’impérialisme américain pour Eduardo Gonzalez et Maria Corina Marchado (qu’il ne nomme pas), et l’existence d’un accord entre Biden et Maduro, destiné à faire perdre ce dernier. « Il est important de comprendre ce qui est en train de se passer au Venezuela en ce moment, et comment l’équipe Biden-Harris a contribué à cerner stratégiquement le brutal Nicolas Maduro. 1) Premièrement, soyons clair : les comptes rendus que j’ai reçus montrent que Maduro a perdu l’élection présidentielle – largement. 2) Alors que nous parlons, Maduro essaie de voler l’élection, et les partisans de la démocratie au Venezuela – y compris les alliés occidentaux de Maduro – doivent joindre leurs efforts pour garantir qu’il ne puisse renverser la volonté du peuple ou maintenir un quelconque semblant de légitimité. 3) Biden a hérité d’une politique vénézuélienne complètement détraquée. Trump a donné l’impression d’une Amérique totalement irresponsable en reconnaissant un président du Venezuela qui n’était en fait pas président1Guaido, voir article ci-dessus., et en se limitant à décider de sanctions qui ont isolé Maduro et ont poussé 8 millions de vénézuéliens à fuir vers les États-Unis. 4) Biden a pris une approche différente. Il a allégé certaines des sanctions, ce qui a contenu la crise économique, amené Maduro à convoquer les élections, et contribué à unir l’opposition (que Maduro maintient fracturée). L’unité de l’opposition a amené la défaite de Maduro. 5) Maduro a quand même fait de son mieux pour trafiquer les élections, mais Edmundo Gonzalez et la Plate-forme unitaire ont galvanisé le pays. Cela ne serait pas arrivé sans la tactique de Biden de mettre en marche les élections et l’unification de l’opposition. 6) Les républicains disent que le fait que Maduro essaie de voler l’élection prouve que la stratégie de Biden n’a pas fonctionné. C’est absurde. La stratégie de sanctions de Trump n’a fait que renforcé Maduro, et si Biden avait poursuivi cette politique, Maduro aurait quand même trafiqué les élections. 7) La politique de Biden est une amélioration massive, parce qu’elle reconnaît que les sanctions contribuaient à une crise migratoire et ne touchait pas Maduro. La nouvelle approche de Biden a contribué à donner un coup de fouet à l’opposition, ce qui a abouti à mettre Maduro dans une position vulnérable. » |
