Etat espagnol : qui commande ici ?
Le 8 août, a eu lieu au Parlement de la Catalogne la séance d’investiture du président du gouvernement autonome catalan.
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Au niveau national, le Parti socialiste, la Gauche républicaine de Catalogne (ERC) ainsi que Junts ont passé un accord préalable qui conditionnait un gouvernement en Catalogne : l’application de la loi d’amnistie ainsi que la mise en œuvre du refinancement par l’État espagnol des services publics (santé, école…) que l’État a transférés aux régions sans affecter le financement correspondant. Les trois partis prévoyaient la présidence du gouvernement de Catalogne au Parti socialiste. Le vote final a été effectivement favorable à cette investiture par 68 voix contre 66.
Carles Puigdemont, député de Junts (autonomiste), s’est présenté à Barcelone dans le but d’occuper pour l’occasion son siège de député. Depuis 2017, il est exilé en Belgique, frappé d’une poursuite judiciaire émise suite à sa décision de proclamer, alors qu’il était président de la Generalitat, l’indépendance de la Catalogne – proclamation éphémère car annulée par le Tribunal suprême.
Puigdemont, à l’heure qu’il est, est toujours sous le coup de mandat d’arrêt émis par le juge franquiste Pablo llarena qui se refuse à appliquer la loi d’amnistie votée par le Parlement espagnol.
Or, le Parlement catalan a décidé que Puigdemont ou d’autres députés visés par l’amnistie, pourraient voter par vidéo, sans nécessairement être présents. Les partisans de Puigdemont avaient décidé d’imposer sa présence et ont organisé un meeting près du Parlement.
Le 8 août, Puidgemont a pris la parole devant quatre mille manifestants, a annoncé que la lutte allait se poursuivre, puis a disparu.
Les institutions franquistes contre la démocratie
La question de fond est que le pouvoir judiciaire, hérité du franquisme, se refuse à appliquer la loi, maintient la répression contre les militants indépendantistes catalans et contre tous les mouvements sociaux.
La revue américaine Newsweek du 5 août relève : « le Tribunal suprême a décidé de mettre au défi le pouvoir législatif en refusant d’appliquer la loi d’amnistie, et poursuit, c’est une manœuvre politique… qui met en cause le principe de la souveraineté du pouvoir législatif ». « Les juges mettent en œuvre leur propre agenda », conclut l’hebdomadaire.
En Espagne les institutions héritées du franquisme, avec le roi à leur tête, exercent dans les faits un pouvoir sans contrôle, contre les parlements élus. C’est la question de la démocratie qui est ici au centre et donc de la nécessité d’en finir avec l’héritage franquiste.
Ci-dessous la déclaration du comité de rédaction d’Informacion Obrera, publiée à ce sujet :
« La véritable anomalie ! »« La seule anomalie du 8 août dernier, jour où Salvador Illa a été investi comme nouveau président de la Generalitat, et indépendamment de notre opinion sur l’ex-président Puigdemont, est que ce dernier n’a pas pu exercer, personnellement, son droit de vote en tant que parlementaire élu par les urnes. Indépendamment de savoir s’il aurait fait ce qu’il disait qu’il allait faire, la véritable anomalie est qu’il n’a pas encore été amnistié – et tous les autres condamnés –, conformément à une loi approuvée par le Congrès des députés le 30 mai 2024, et signée, malgré lui, par le roi. Encore une fois, tout le monde a pu le constater : ni le plan de « régénération démocratique » présenté par Pedro Sánchez, ni l’accord pour le renouvellement du Conseil général du pouvoir judiciaire (CGPJ) entre les directions du PSOE et du PP, ne garantissent quoi que ce soit quand, comme c’est le cas, l’armée des gens de robe se refuse à appliquer la loi.
C’est là la véritable anomalie. Face à un pouvoir judiciaire qui non seulement se refuse à appliquer la loi, mais qui, dans la continuité de ce qu’il a fait, se prépare à intervenir dans l’arène politique pour tenter de faire tomber un gouvernement légitime ; face à un pouvoir judiciaire qui se refuse à respecter ce qui a été convenu par le Congrès, qui protège le harcèlement exercé contre la personne de Pedro Sánchez, comme il l’a fait auparavant contre d’autres dirigeants politiques, avec l’aide de la plupart des médias, il appartient à toutes les organisations qui se réclament de la démocratie, de se rassembler et d’occuper leur position dans la défense des droits les plus élémentaires.
Et cela, sans aucun doute, passe aujourd’hui par l’exigence du respect de la loi d’amnistie. Que la loi soit appliquée ! Sans ambiguïté et sans délais d’aucune sorte ! Voilà qui serait une première étape pour abroger la « loi bâillon » destinée à empêcher la protestation sociale. Assez d’ajournements ! Amnistie tout de suite ! » Le Comité de rédaction d’Informacion Obrera, 10 août 2024 |
