Liban : Interview de Castro Abdallah, secrétaire général de la FENASOL
Interview exclusive de Castro Abdallah secrétaire général de la centrale syndicale libanaise FENASOL : « Vive la solidarité internationale ». Il répond aux questions d'Informations ouvrières et revient sur la situation au moment où Israël bombarde le Liban.
- Actualité internationale, Liban

Peux-tu nous décrire la situation au Liban face à l’agression israélienne ?
On ne peut pas comprendre la situation actuelle du Liban face à l’agression israélienne sans replacer les choses dans leur contexte historique. Ce qui se passe aujourd’hui n’est qu’un maillon d’une série d’attaques qui a débuté en 1948 et qui continue de s’intensifier, voire de gagner en brutalité et en cynisme, car les gouvernements influents sur la scène internationale sont partiaux, en faveur d’Israël.
L’agression sioniste contre le Liban remonte à 1948 (l’année de la Nakba palestinienne) : des bandes israéliennes ont franchi la frontière sud du Liban, occupé une quinzaine de villages et perpétré un massacre dans la ville frontalière de Houla, qui a coûté la vie à 93 citoyens. Les sionistes ont alors tenté d’imposer un fait accompli en pénétrant au Liban, en s’installant dans les villages qu’ils avaient occupés et en atteignant le fleuve Litani pour s’approprier une partie de ses eaux, mais ils se sont retirés à l’intérieur des territoires palestiniens occupés après la signature de l’accord de trêve avec le Liban à Rhodes, le 23 mars 1949.
Malgré l’accord de trêve, les sionistes ont poursuivi leurs agressions et leurs opérations militaires, qui ont touché la plupart des villages et des villes frontalières, et même les villages du Sud éloignés de la frontière. Les agressions et les invasions se sont ensuite répétées ; ces agressions se sont traduites par l’invasion des villages, le massacre des citoyens, la destruction des structures économiques et sociales, et ont contraint les habitants à l’exode à plusieurs reprises.
Les agressions les plus importantes ont sans doute été la première invasion du Sud-Liban en 1978, au cours de laquelle Israël a occupé plusieurs villages frontaliers, et celle de 1982, lorsqu’ils ont envahi le Liban et atteint la ville de Beyrouth ; ce fut le point de départ de la résistance libanaise. Certains partis et citoyens ont alors décidé de recourir à la résistance contre l’occupant envahisseur. Puis vint l’agression de 1996, au cours de laquelle Israël a commis le massacre de Qana, qui a coûté la vie à des civils libanais qui s’étaient réfugiés dans une tente de l’Onu, suivie de l’agression de 2000, lors de laquelle la résistance a réussi à libérer certaines zones, puis de l’agression de 2006, au cours de laquelle le Sud a été libéré à l’exception de trois villages qu’Israël prétendait être syriens…
Au cours de ces années de guerre, les habitants du Sud et d’une partie de la région de la Bekaa ont vécu sous l’occupation, ont enduré des souffrances, ont vu leurs maisons détruites et occupées, leurs vergers incendiés, et ont perdu beaucoup de leurs proches. Des générations ont grandi dans l’instabilité, ont été déplacées à plusieurs reprises, abandonnées à leur sort, souffrant sans que les autorités libanaises ne s’en soucient – des autorités issues d’un système confessionnel mis en place par le colonialisme français, puis entretenu par l’impérialisme américain et ses partenaires, les régimes des pays arabes… Un système de corruption politique et de clientélisme. Car tous les gouvernements qui se sont succédé au pouvoir étaient soumis aux diktats du Fonds monétaire international et à ses prescriptions partiales contre les travailleurs et les peuples… Un système qui se moque que son peuple souffre de l’occupation israélienne.
C’est de là qu’est née la résistance, portée par les épaules et les âmes des habitants qui ont décidé de faire ce que leurs gouvernements successifs avaient négligé de faire pour les défendre, ces gouvernements dont la mission principale consistait à exécuter les instructions du Fonds monétaire international, des banquiers et des ambassadeurs des pays impérialistes…
La guerre entre le Liban et Israël n’a donc pas commencé après le 7 octobre, mais elle nous a toujours été imposée, depuis la création de ce qu’on appelle l’État d’Israël, cette entité dont les responsables ont ouvertement déclaré leur ambition de s’emparer de la région, à commencer par le Liban…
Et nous voici aujourd’hui confrontés à une guerre dévastatrice que nous livre Israël, soutenu par les États-Unis et ses alliés. Une guerre par les armes, une guerre économique et politique. Nos souffrances ne sont pas nouvelles, mais cette fois-ci, elles sont plus cruelles. Des centaines de raids, des tonnes de missiles et d’explosifs qui assassinent les enfants, les femmes, les jeunes et les personnes âgées. Des ordres d’évacuation des zones ont contraint les gens à fuir, constituant une forme de transfert… Des bombes au phosphore et des pesticides toxiques ont rendu la terre inhabitable pour plusieurs années à venir, et ils tentent de grignoter environ 30 kilomètres au-delà du fleuve Litani jusqu’à la mer pour contrôler les richesses pétrolières et gazières.
On craint une montée du racisme à l’égard des déplacés libanais, un racisme qui nous rappelle les guerres civiles sectaires que le Liban a connues !

Quelles sont les revendications de la FENASOL dans ce contexte… et quel rôle jouez-vous au niveau national et auprès des déplacés ?
En tant que fédération nationale, et au fil des ans, la FENASOL, à travers ses institutions et ses antennes sur le territoire national, a combattu la mentalité raciste et les politiques de restriction des libertés, en particulier la liberté d’opinion et les libertés syndicales. Nous avons toujours mené des combats pour la libération et le changement, nous avons défendu les droits et les libertés au Liban et sur la scène internationale, et nous nous sommes rangés du côté de toutes les causes justes, dont la plus importante est la cause palestinienne.
Au niveau national, nous nous opposons aux politiques et aux diktats du Fonds monétaire international. Nous soutenons notre peuple et nos travailleurs ; nous vivons avec eux, nous nous efforçons de les aider, de leur venir en aide, de les héberger et de leur fournir toute l’aide possible malgré nos moyens modestes, conséquence de l’effondrement financier et du vol des fonds des déposants – dont nos économies – commis par les autorités, les cartels, les magnats de la finance et les banques. Nous traversons une période difficile, confrontés à des politiques économiques injustes ainsi qu’aux conséquences de l’agression sioniste incessante.
La fédération a mis en place une cellule de crise dès le début de la guerre et a publié un communiqué diffusé à ses amis du mouvement syndical pour soutenir notre pays en exigeant un cessez-le-feu immédiat, ainsi qu’en apportant son aide pour permettre au syndicat de remplir ses devoirs envers nos concitoyens et nos travailleurs.
Nous considérons que ce que nous traversons touche tous les travailleurs et tous les peuples libres, et que notre combat est celui des peuples libres contre l’impérialisme. Vive la solidarité entre les travailleurs et les peuples.Vive le mouvement syndical.
