Meeting de Glucksmann

Derrière les pseudo-discours de « rupture », les défenseurs du système.

Par Tom Dussine
Publié le 14 juin 2026
Temps de lecture : 3 minutes

Le 13 juin, lors d’un meeting aux Docks d’Aubervilliers, qui a réuni péniblement quelques milliers de militants (on est bien loin des 26 000 de Jean-Luc Mélenchon le 7 juin dernier…) Raphaël Glucksmann a promis de « rebâtir une République des travailleurs ».

Au cours de son intervention : pas un mot sur Gaza. Pas un mot sur les retraites. Quelques jours plus tôt, il confiait à un journaliste de France 2 en marge d’un déplacement : « Si je vous avais dit toute la vérité [sur les retraites], j’aurais flingué ma campagne. » Si Glucksmann s’est bien gardé de dévoiler trop son programme, ses soutiens venus l’applaudir au meeting trahissent le fond. En effet, toute la gauche du capital était présente.

Le premier rang résume tout : Carole Delga, présidente PS d’Occitanie. Yannick Jadot, sénateur écologiste de Paris. Marisol Touraine, ancienne ministre de la Santé de François Hollande, qui s’est empressée de soutenir Macron dès 2017. Laurence Rossignol, sénatrice PS. Bernard Kouchner, ancien ministre des Affaires étrangères de Nicolas Sarkozy et la journaliste Anne Sinclair étaient présents également.

Ce gratin-là n’est pas une coïncidence. Il est la ligne politique réelle du candidat, bien plus parlante que ses envolées contre les oligarques du numérique.

Laurence Rossignol en bonne place

C’est sous le gouvernement Jospin, avec le soutien de l’aile socialiste dont Rossignol faisait partie, qu’a été votée la loi du 9 mai 2001 autorisant le travail de nuit des femmes, au nom de l’égalité professionnelle. Depuis, les études n’ont cessé de s’accumuler. L’Inserm a établi que travailler deux nuits par semaine pendant plus de dix ans multiplie par trois le risque de cancer du sein chez les femmes non ménopausées. Le Centre international de recherche sur le cancer classe le travail de nuit comme cancérogène probable depuis 2007. En 2023, une infirmière de Moselle a obtenu pour la première fois en France la reconnaissance de son cancer du sein comme maladie professionnelle, après vingt-huit ans de nuits à l’hôpital. Ce bilan massif et passé sous silence est le résultat d’une loi présentée comme un progrès féministe. La sénatrice était au premier rang du meeting consacré à cette « République des travailleurs ».

Houlié et Rousseau : les macronistes de la première heure

Les deux députés Place publique à l’Assemblée nationale viennent directement de la galaxie macroniste. Aurélien Rousseau a été directeur de cabinet d’Élisabeth Borne de 2022 à 2023, participant à ce titre à l’élaboration de la réforme des retraites, avant d’être nommé ministre de la Santé par Macron. Sacha Houlié, lui, est un macroniste des premières heures : co-fondateur des « Jeunes avec Macron », député Renaissance de 2017 à 2024, président de la commission des lois sous Macron. Il a rejoint Place publique en juin 2025 avec pour ambition affichée de construire « une alternative au duel des extrêmes entre le RN et Jean-Luc Mélenchon ». Traduction : barrer la route à LFI. Ces deux hommes sont aujourd’hui le socle parlementaire du candidat qui promet de rompre avec dix ans de macronisme.

Le changement dans la continuité

Si l’on résume, un macroniste de la Santé, un co-fondateur des Jeunes avec Macron, une ministre de Hollande reconvertie en soutien de Macron, une élue régionale qui coupe la parole aux syndicalistes quand ils parlent de nationalisation : voilà les gens qui vont « rebâtir la République des travailleurs ». Ce n’est pas un programme de rupture : c’est toujours celui de la défense du système et des institutions de la Ve République incarné depuis 2017 par Emmanuel Macron. Le changement dans la continuité donc.

Fibre Excellence

Delga et la gauche au service du capital

Le cas Carole Delga mérite qu’on s’y arrête. La veille du meeting, le 12 juin, la présidente d’Occitanie co-animait une conférence de presse consacrée à l’avenir de Fibre Excellence, dernier fabricant français de pâte à papier dont le sort devait être tranché par le tribunal de commerce le 17 juin. Autour de la table : la région PACA, les syndicats CGT, CFDT et FO, et Sophie Binet en visioconférence. Belle image d’union nationale pour sauver les emplois.

Sauf que le représentant de Force ouvrière, René Sale, a dit ce que personne ne voulait entendre : l’offre de reprise présentée comme la solution naturelle, celle du management actuel adossé aux mêmes actionnaires qu’en 2021, prévoyait un gel des salaires pour trois ans. « En 2021, lors de la reprise, les actionnaires avaient voulu revenir sur l’ensemble des acquis collectifs. Les salariés ont payé. Et aujourd’hui on est revenu au point de départ », a-t-il résumé. Ses interventions ont fait l’objet de tentatives d’interruption de la part de Carole Delga elle-même, alignée sur la position de Sophie Binet. L’État versait des aides de chômage partiel pendant que les salariés perdaient déjà du salaire. Et la nationalisation, seule issue réelle, était soigneusement écartée : l’État « ne veut pas en entendre parler ». Pourtant, face à l’urgence, la CGT et FO sont favorables à une nationalisation temporaire de Fibre Excellence, présentée comme une solution immédiate pour éviter la disparition du groupe.

La fin de la conférence fut éloquente. Un journaliste rappela que les députés venaient de voter pour la deuxième fois la nationalisation d’ArcelorMittal et demanda si une démarche similaire était envisagée. Silence. Le député PS présent admit qu’il n’existait aucune proposition en ce sens. Un intervenant fit alors remarquer qu’une telle proposition de loi existait bien, déposée par les députés LFI. Malaise. Fin de la conférence. Le lendemain soir, Carole Delga était au premier rang d’Aubervilliers, applaudissant Glucksmann promettre de rebâtir la « République des travailleurs ».