États-Unis : Trump face à la crise : que faire ?

L’audition de Pete Hegseth, ministre de la Défense de Trump, par la commission des crédits du Sénat américain le 21 juillet dernier, a été particulièrement tendue...

Pete Hegseth lors de son audition par la commission des crédits du Sénat américain, le 21 juillet, à Washington. (AFP)
Par Victor Cayeux
Publié le 10 août 2026
Temps de lecture : 3 minutes

Elle a largement dérivé sur la guerre encore en cours en Iran. Le coût de la guerre qui explose (réévalué à 37,5 milliards de dollars sans compter les conséquences indirectes avec l’inflation) l’absence d’atteinte des objectifs que c’était auto-assigné l’administration Trump, notamment sur le programme nucléaire iranien, le détroit d’Ormuz toujours paralysé, tout est évoqué dans une passe d’armes virulente entre les sénateurs et le représentant du gouvernement… L’exercice a de quoi surprendre un spectateur français habitué au régime de la Ve République et de son Parlement aux ordres. Mais la violence de cet échange reste inhabituelle, et surtout révélateur de l’ampleur de la crise dans laquelle s’enfonce le gouvernement américain à l’approche des élections mid terms1Élections au congrès et des gouverneurs des États à mi-mandat du président, en novembre prochain qui sont souvent vues comme un « référendum » sur la politique du gouvernement.. Car ce ne sont pas seulement les démocrates qui ont posé des questions. Une vraie fronde s’exprime y compris dans le parti républicain de Donald Trump, dont plusieurs députés sont montés au créneau contre le ministre de Trump.

L’inquiétude frappe les sommets américains devant le bourbier qui se prolonge, alors que Donald Trump déclenchait encore jeudi dernier des frappes massives contre l’Iran.

L’Iran de son côté riposte avec vigueur contre les bases américaines en Jordanie. Puis Donald Trump, deux jours plus tard, annonce l’arrêt des bombardements. Les revirements soudain de position continuent, comme sur la promesse de doter l’Ukraine de la technologie permettant de produire des puissants missiles Patriot, le 8 juillet. Décision finalement annulée le 31 juillet depuis la réunion de son cabinet à Camp David… Alors que les droits de douane devaient arriver à expiration, Trump vient de décider de nouveaux droits de douane sur les produits chinois de 12,5 %. Incapable de mettre en œuvre le retour aux USA de l’industrie américaine en Chine, il continue de batailler pour l’ouverture du marché chinois sans y parvenir. D’après Reuters, la Chine devrait même livrer 300 missiles sol-air à l’Iran dans les prochains jours (ce que Pékin dément). Tous ces développements traduisent un retour de boomerang brutal de la crise mondiale se réfractant sur la classe dominante américaine.

Israël n’est plus le partenaire exclusif des États-Unis au Moyen-Orient 

Netanyahou a publiquement révélé l’existence d’un site soupçonné d’être lié au programme nucléaire en Iran, dans la montagne de la Pioche. Interrogé par la télévision américaine sur cette révélation, Trump répond cinglant « je n’ai pas besoin de Bibi pour savoir ça, il en parle uniquement parce qu’il veut rester impliqué. Nous avons la meilleure force spatiale, avec les meilleures caméras du monde braquées là-bas. (…) Pourquoi ne pas me le dire juste à moi, pourquoi l’annoncer au monde ? Je sais exactement ce qui se passe là-bas et ce n’est pas un problème pour nous de nous en occuper ». La presse israélienne se fait l’echo du « coup de froid » entre les Américains et leur allié israélien. Le journal israélien Jerusalem-Post rapporte même que Netanyahou aurait déclaré « Il est le partenaire senior… et je suis le partenaire junior ». Pendant que les massacres en Palestine continuent, qu’un nouveau prétendu plan de paix de liquidation de Gaza est en cours d’adoption, l’impérialisme américain s’appuie sur Israël pour le contrôle de l’ordre impérialiste au Moyen-Orient, mais plus seulement. Un bombardement conjoint americano-saoudien a eu lieu contre des milices en Irak mercredi 29 juillet. Des milices liées au régime iranien, contre lequel les Saoudiens avaient soigneusement évité toute attaque jusqu’ici. La presse internationale s’inquiète d’une « ligne rouge » à nouveau franchie, menaçant d’étendre le conflit.

Autre point de froid entre Israël et Trump : un accord pour doter l’Arabie saoudite du nucléaire est même sur la table.

Mais la condition fixée par les Américains reste la même : reconnaître l’État d’Israël. La stratégie des accords d’Abraham reste la clef de voûte de son dispositif de contrôle des États arabes. L’impérialisme américain frappé de plein fouet par la crise tente de rebalayer les cartes pour maintenir son contrôle. Et dans ce processus les bombardements et les massacres continuent, et menacent encore de s’étendre.